Tous les livres sur l’éducation canine sont fondés sur l’hypothèse 
du chien parfait, ou proposent de bien éduquer son chien en 10 étapes. Mais la science nous dit que c’est faux. Les mauvais comportements d’un chien nous apprennent une chose : et ce n’est pas qu’il est un mauvais chien. Cela nous dit combien les chiens ont une expérience du monde différente de la nôtre. C’est crucial de comprendre cela pour éduquer un chien heureux. Je commencerai donc par clarifier ce qu’est un mauvais comportement. 
D’abord, un mauvais comportement n’est pas un mauvais comportement. C’est de la communication. C’est de la collecte d’information. C’est la surprise, l’excitation, parfois l’ennui. C’est un aperçu de leur développement. 
Par exemple, c’est de la communication. Aboyer sur un visiteur. On trouve cela grossier, mais ce ne l’est pas, le chien nous parle : « Il y a quelqu’un. » Et vous encouragez cela en vous dirigeant vers la porte, souvent en aboyant sur votre chien. Bravo ! Vous communiquez. 
C’est de la collecte d’information. Un chien qui vous renifle de près n’est pas impoli. Les chiens sentent le monde avec leur truffe. De près, ils vous regardent et découvrent des choses sur vous. Leur nez est suffisamment aiguisé pour dire où vous avez été, ce que vous avez mangé, même si vous avez caressé un autre chien en cachette. 
Cela nous indique leur développement. Si votre chien a entre six mois et deux ans, ce n’est plus un chiot, comme on le pense souvent. Votre chien est un ado, un ado dans un corps mûr de 30 ans qui traverse cette phase. 
Et comme un ado de 14 ans avec des comportements saugrenus - distanciation ou provocation - cette phase chez les chiens est influencée par les hormones. Celles qui conduisent à la maturité sexuelle ont d’autres conséquences, comme une sensibilité accrue au toucher et moins de self-control. Leur cerveau est littéralement recâblé, principalement les zones qui régulent les émotions et le jugement. 
Vous constaterez une posture de défi face à votre autorité. Ils pourraient alterner entre la timidité et vous suivre à la trace. Ils peuvent aussi mordiller plus les objets. Mordiller en particulier est une façon de soulager le niveau d’hormone du stress. Donc, un mauvais comportement ne devrait pas être décrit comme tel. 
Deuxièmement, ce que nous considérons comme un mauvais comportement est de notre fait. C’est notre faute. Si leur comportement nous paraît mauvais, cela met en relief le fait que l’on n’a pas transmis à notre chien ce qui nous est important d’une façon qu’il comprend. 
Les chiens ne comprennent pas les règles byzantines de l’interaction sociale entre humains, ou les règles de la maison, ou ce que nous considérons comme un comportement approprié. Les chiens ne comprennent pas les pronoms que l’on donne aux objets. « C’est mon lit, c’est ton lit. » Ou l’identité que l’on donne aux objets. « C’est une chaussure, c’est un jouer à mâchouiller. » 
Mes recherches montrent que même quand nous pensons qu’ils savent avoir commis quelque chose de mal, avec ce regard de culpabilité si familier aux amis des chiens, ce regard n’est pas un signe de culpabilité. C’est un regard de soumission appris qu’ils prennent quand on est fâché afin que nous ne les punissions pas. Ils font très bien cela. 
Souvent, leurs mauvais comportements apparents est en fait un environnement mal conçu de notre part. Tout comme on ne laisse pas un enfant seul avec un couteau, on ne devrait pas laisser un chien seul avec une assiette de fromage. Si vous laissez traîner vos souliers favoris, qui ont votre odeur, au milieu du salon et que vous quittez la maison, vous avez conçu un environnement qui inclut un objet qui sent vous. C’est un dispositif enrichi. Votre chien va s’emparer de vos souliers et interagir avec d’une façon qui risque de vous contrarier. Autrement dit, c’est notre faute. 
Dès que l’on comprend que ce que nous avons appelé mauvais comportement peut être traduit de façon plus constructive en ce que le chien fait vraiment, vivre avec des chiens va changer notre vie. Les mauvais comportements deviennent des occasions de voir ce que le scientifique autrichien Jakob von Uexküll appela « umwelt » - la perception du monde ou la perspective d’une autre espèce. 
Après avoir étudié les chiens, la transformation profonde dans ma vie a fait que je considère mon propre chien totalement différemment. Un chien qui court derrière un vélo ? C’est un aperçu de l’histoire de son évolution. C’est un descendant du loup, dont il a conservé un vestige instinctif de chasser tout ce qui bouge vite, des proies potentielles. Le vélo s’arrête, la poursuite aussi. 
Votre chien vous saute dessus et lèche votre visage pour vous accueillir ? Cela aussi est un vestige de ses ancêtres. Un loup qui chasse rentre dans sa meute et y est accueilli par tous ses membres qui lui lèchent la gueule. En fait, ils essaient de pousser le loup de retour à régurgiter un peu de chair qu’il vient de chasser. Si vous ne voulez pas que votre chien saute, mettez-vous à sa hauteur. Et si vous lui crachiez un morceau de sandwich, il sera ravi. 
Quand les chiens se reniflent le pelage, ou qu’ils viennent nous sentir, nous et tous nos invités, on a un aperçu de leur perception en tant que créatures olfactives. Leur nez comporte plusieurs centaines de millions de cellules olfactives en plus que nous. Alors, promenons-les pour exercer leur nez, là où ils en ont envie, pour renifler autant qu’ils le souhaitent. 
Un mauvais comportement de votre chien est une occasion d’apprendre 
sur cette créature étrange qui nous est devenue si familière, mais qui reste néanmoins incomprise. Quand on observe leur communication, on peut l’écouter. Quand on voit ce qu’ils perçoivent, on se rapproche, un pas à la fois, de la canitude. Et cela fait que nous avons de meilleures relations avec eux. N’est-ce pas notre objectif ? 
Merci. 
Whitney Pennington Rodgers : Je trouve vraiment intéressant dans votre discours, et dans votre livre aussi, le point crucial suivant : nous ne comprenons pas ce qu’un soi-disant mauvais comportement de notre chien nous dit. Quel est votre message sur les raisons qui font que c’est un vrai défi pour les « parents » de chiens, et non des propriétaires, de comprendre réellement cela ? 
Alexandra Horowitz : Ceux qui ont eu plusieurs relations avec des chiens sont toujours surpris par cela. Parce que... lorsqu’on voit un chien dans la vie publique, ils ont une interaction très coopérative avec l’homme. Les chiens que l’on observe dans la rue, au parc, en randonnée, peu importe, accompagnent une personne de façon coopérative, comme s’ils comprenaient vraiment de quoi il s’agit. Et d’une certaine manière, ils sont à un point où, même sans comprendre totalement ce qu’il se passe tout le temps, leurs comportements sont suffisamment flexibles pour suivre ce que leur famille humaine leur demande de faire. 
Mais ce n’est pas instantané. Alors on a l’impression que cette apparence... que notre souvenir d’un ancien chien, qui était si coopératif, qui semblait connaître nos émotions et anticiper ce que nous allions faire, eh bien, notre nouveau chien n’a pas encore appris tout cela, mais on a le sentiment que cela devrait faire partie de ce qu’ils sont. Que cela devrait faire partie de leur héritage génétique. La capacité du chien à devenir sensible au comportement humain et à apprendre beaucoup à notre sujet fait partie de leur héritage génétique, mais pas la compréhension. C’est une chose de connaître les chiens, et une autre très différente de connaître chien et humain, et de glisser doucement dans la société humaine. 
WPR : J’ai aussi beaucoup apprécié la comparaison que vous faites. Vous nous en avez parlé auparavant, la comparaison entre être le parent d’un être humain et le parent d’un chien. Je suis une relativement jeune maman. Mon enfant - humain - va avoir deux ans. Je suis curieuse de savoir quelles compétences un parent peut acquérir de son expérience à éduquer un chien. 
AH : C’est intéressant car les gens parlent souvent d’éduquer un chien comme une sorte de préambule à un bébé. Mais j’ai plutôt le sentiment qu’avoir un bébé m’a préparée à accueillir un chiot, (Rit) cette longue période sans sommeil, vous savez, quand l’enfant apprend à se caler. Un chiot va faire pareil. 
Mais si on prend les choses dans l’autre sens, le sens traditionnel du chiot en prélude au bébé, il s’agit d’avoir une créature totalement dépendante, n’est-ce pas ? Les chiens peuvent se débrouiller, mais quand ils sont dans une maison, je vis dans un appartement, mais c’est pareil, ils sont dépendants de nous pour tout. On a tendance à oublier cela. On décide quand ils mangent, on décide quand ils peuvent sortir et faire leurs besoins. On décide quand ils vont se promener. On décide, souvent c’est nous qui décidons quand ils se socialisent et quand ils doivent rester calmes. La vie entière des chiens est structurée autour de ce mode humain. 
C’est ce qui arrive à l’enfant aussi, plus lentement dans le temps, car les jeunes parents, comme vous le savez, doivent reconstruire leur propre vie autour du bébé. Mais l’important, c’est que le bébé va finalement pouvoir rester calme et coopérant près de vous pendant votre vidéo conférence et passer le temps. Et avec un chiot, nous attendons cela de lui aussi, alors qu’il n’est pas humain, et sans même lui accorder plusieurs années pour apprendre. On suppose qu’il va apprendre relativement instantanément et être toujours coopératif, et comprendre finalement ce qu’il se passe. Mais ce n’est pas le cas. 
Un enfant, la satisfaction d’avoir un enfant, est qu’ils comprennent, n’est-ce pas ? On peut leur parler dans une langue qu’ils vont comprendre, on sait qu’ils vont évaluer ce qu’on leur dit et transmet dans cette langue. Or le chien, même celui qui arrive à apprendre des mots, ne comprend pas notre langue, pourtant, on leur parle comme si c’était le cas. C’est très bien. J’aime les gens qui font ça, je fais pareil. Mais ne tombons pas dans le piège de croire qu’il nous comprend. 
WPR : C’est un très bon conseil. Alexandra, nos membres nous envoient de très nombreuses questions. J’aimerais vous en poser quelques-unes. Voici une question de Ann, TED Member : « J’aimerais savoir comment mieux gérer un ménage avec plusieurs chiens de plusieurs générations, 13, 8 et 4 ans. » 
AH : D’accord. C’est une très bonne question et félicitations pour votre famille élargie. Ça doit faire une super ambiance. 
Il faut prendre conscience, quand on a plusieurs chiens, que chaque chien est aussi un individu. Quiconque ayant un seul chien sait cela, mais on a tous le sentiment que notre chien est spécial. Quand on en a plusieurs, on a plusieurs individus, et il faut les traiter de façon distincte. Les préférences de votre chien de 13 ans ne sont pas les goûts de votre chien de 8 ans. Il y a sans doute des choses qu’ils font ensemble et en coopération. Mais je suis sûre qu’ils aiment aussi souvent passer du temps seul. Peut-être pour être seul avec vous ou un autre membre de la famille, duquel ils se sentent proches ou particulièrement attachés. 
WPR : On a aussi quelques questions sur le langage, ce que vous évoquiez précédemment, le fait que les chiens ne pourront jamais parler notre langue. Une question si oui ou non et dans quelle mesure ils comprennent vraiment. Les TED Members Gordon et Agatha posent la même question sur la compréhension qu’a le chien, ou pas, de nos tons et gestes. Agatha, en particulier, a une question sur les boutons que les chiens peuvent utiliser pour communiquer en langage humain, et si cela améliore vraiment la communication, si le chien comprend vraiment la signification de ces boutons. 
AH : Certes, les chiens comprennent une bonne partie de ce que nous disons. Ils apprennent des mots et certains chiens sont très forts quand il s’agit de les apprendre. On connaît bien Chaser, ce Collie célèbre qui a appris mille mots. John Pilley, qui a travaillé avec Chaser, a passé huit heures par jour, tous les jours, avec lui, pour lui apprendre mille mots. Et c’était des jouets, quelques verbes ou des actions qu’elles pouvaient prendre avec ceux-ci. 
C’était sémantiquement et du point de vue de la syntaxe totalement inédit pour un chien de montrer une telle capacité. Mais à moins de parler spécifiquement et clairement à son chien, huit heures par jour, sur un nombre limité de sujets, le chien ne va pas comprendre. Il n’y a aucune raison qu’il comprenne. 
Cela ne signifie pas une absence de communication. Quant au dispositif avec les boutons, devenu certes si populaire, mais qui doit encore être l’objet d’études scientifiques, on n’a pas de preuve pour étayer le fait que cela représente ce que le chien pense, ou que cela élargit leur capacité à communiquer. Toutefois, ce qu’ils pourraient potentiellement faire, c’est traduire dans un langage que nous comprenons les choses qui intéressent le chien, mais qui s’expriment autrement. 
Imaginons que je sois un chien et que j’ai envie de sortir, 
je peux vous le faire savoir - chaque chien aura sa propre façon - en aboyant, en m’approchant de vous pour attirer votre attention, en regardant la porte, en allant jusqu’à la porte, en vous apportant la laisse. De nombreuses choses semblables sont de la communication. Si on ignore tous ces signaux de communication, mais que j’ai un bouton sur lequel je peux appuyer, en tant que chien, qui dit : « Je veux sortir », alors, ça pourrait fonctionner. Mais je pense que si le chien essaie de communiquer ça, il peut le faire sans bouton. Le meilleur effet, selon nos connaissances actuelles, c’est de nous permettre de comprendre plus facilement. 
Mais la communication était déjà là avant. Les chiens sont de grands communicateurs. Ils comprennent beaucoup des sujets dont nous parlons, mais pas linguistiquement parlant, ce moyen si important pour les humains, qui nous permet de discuter sur Zoom maintenant. Admettre cette lacune linguistique n’est pas un déni de leur intérêt ou de leur capacité à communiquer. 
WPR : La TED Member Ginger est curieuse sur l’âge le mieux approprié pour éduquer un chien, et en lien avec ceci, elle souhaite entendre votre avis sur les colliers d’éducation électroniques et l’éducation comportementale. 
AH : D’accord, en ce qui concerne la première question, je rappelle que je n’éduque pas les chiens de façon explicite. Mais cela ne signifie pas que je ne les prépare pas à la vie dans la société humaine et à vivre de façon coopérative et heureuse dans notre famille. Je le fais bien sûr. Selon moi, tout commence avec la socialisation entre chiens, avec d’autres personnes, toutes sortes de bruits et des choses surprenantes avant d’avoir le chien. 
Les premières semaines, environ dès la quatrième semaine de sa vie, jusqu’à la neuvième, on est dans la période de socialisation. Le chien a vraiment besoin d’être exposé à toutes sortes de situations qu’il est susceptible de rencontrer plus tard. Quand on fait ça, le chien s’acclimate à ces situations. C’est une forme d’éducation. C’est différent d’éduquer le chien pour venir ici ou s’asseoir. Mais c’est l’éduquer sur son monde. Il y a des avions dans le ciel, il y a des gens qui sortent de leur voiture. Il y a d’autres chiens, et des gens, des chats, des oiseaux. 
Dans cette période, le chien réagit avec intérêt et curiosité. Si on n’expose pas son chien à plein de bruits différents, aux gens, aux choses, durant leur période de socialisation, qui se prolonge bien après l’adoption du chiot, le chien peut devenir peureux. Il gère difficilement les choses. Il devient anxieux, parfois agressif vis-à-vis de ces choses-là. Ce genre d’éducation commence dès qu’on rencontre son chien. Et je pense que cela mène à la meilleure solution. 
Quant à la deuxième question, je honnis les colliers électroniques. Il n’y a aucune raison d’utiliser ça avec un chien, jamais. C’est mon avis. Cela leur apprend seulement qu’ils peuvent être punis sans raison. Car ils ont beaucoup de mal à associer ça avec le comportement qu’ils viennent d’avoir. 
Et cela est en lien avec ce que j’ai dit au sujet de l’idée que l’on se fait d’un comportement ou d’un objet : « C’est ma chaussure », comme si cela allait devenir une information qui a du sens et importante pour le chien et que ça ne se mâchouille pas. 
De même, si le chien se promène le long d’une propriété et qu’il reçoit une décharge au niveau du cou parce qu’il a traversé une barrière invisible, par exemple, il pourra apprendre à éviter la zone entière de la propriété, ou apprendre à ne plus se promener, ou que l’oiseau qu’il venait de voir au même instant, par hasard, est dangereux. Le chien ne fait pas les associations que nous souhaitons, par exemple : « Il y a une barrière autour de la propriété, » ou : « Tu as aboyé, mais arrête de le faire. » C’est un dispositif d’apprentissage médiocre et dangereux. 
WPR : Dimitris, un TED Member a une question au sujet d’apprendre des tours à un vieux chien et à partir de quand un chien est vieux. Pourriez-vous nous en dire davantage à quoi ressemble le développement après la première année ? Il n’y a sans doute pas un plateau, mais que voyons-nous ? 
AH : La plupart des chiens, et cela varie d’une race à l’autre, mais ils seront dans l’adolescence jusqu’à deux ans environ. On peut s’attendre à ce qu’ils aient atteint leur taille d’adulte après un an environ et à ce qu’ils grandissent encore un peu. Mais ils restent des ados, mais des ados très grands, très forts et plein d’énergie. 
Dans cette deuxième étape de leur vie, ils sont parfois désobéissants, peu coopérants et impulsifs, ils sont pot-de-colle un moment et l’instant suivant, ils vous ignorent complètement. Ça continue ainsi, 
Les occasions de socialiser aussi. J’ai dit qu’il y a une grosse période de sociabilisation durant laquelle il convient de les exposer aux choses qui feront partie de leur environnement, afin qu’ils puissent avoir la meilleure interaction. Cela reste le cas, certes un peu moins fort, durant leur seconde année de vie, quand leur cerveau évolue encore. C’est comme le cerveau d’un adolescent humain. Le cerveau adolescent du chien continue de se développer pendant cette période. 
Après cela, ce sont des adultes. L’analogie avec les humains est adéquate. Ils peuvent apprendre des choses nouvelles, mais parfois, ils deviennent plus lents. On peut exposer progressivement le chien à un nouvel environnement s’il est craintif ou anxieux, plutôt que le projeter tout de go dans un nouvel environnement qu’il n’a qu’à l’accepter, parce que le monde tourne ainsi. L’apprentissage peut être plus lent, mais il a lieu. 
Et le chien peut apprendre jusqu’à la fin de sa vie. Je me souviens que notre chien, Finnegan, dans les derniers mois de sa vie, il a vécu jusqu’à 14,5 ans, a brusquement développé un intérêt pour les jouets en puzzle, avec de la nourriture cachée sous des petits compartiments et il faut tourner une manivelle pour le déverrouiller et ouvrir le compartiment. Il a découvert ça à 14 ans. Il n’était pas aussi rapide qu’un chiot, mais il a appris sans aucune difficulté. Il s’est intéressé au travail olfactif, une sorte de jeu qui consiste à sentir les odeurs et trouver ce qui sent ainsi, quand il a eu sept ans. Il a joué à ça avec acharnement. 
Je vous invite à continuer de stimuler votre chien. Des recherches s’intéressent au cerveau vieillissant du chien. Comme pour le cerveau humain, il a besoin de stimulation pour continuer de se développer, sans quoi il s’atrophie. 
WPR : Ne pourrait-on pas dire que certaines raisons qui font rendre les chiens sont liées à cette incompréhension sur les mauvais comportements ou ces points que vous suggérez, le fait que nous ne comprenions pas pourquoi les chiens se comportent comme ils le font, et que l’on trouve cela embarrassant ou un trop grand défi au lieu d’y voir une occasion d’interagir différemment avec le chien ? 
AH : Certes, vous parlez de défi, c’est un terme vraiment génial. C’est un réel défi de demander à un animal de venir chez nous et de vivre en communauté, proprement, en nous comprenant pleinement. Et cela ne devrait pas être aussi surprenant. Mais on néglige souvent ce fait. 
Surtout durant leur adolescence, vous pensiez avoir éduqué votre chien, qu’il avait appris les règles de la maison et tout ce qu’il doit savoir pour avoir une cohabitation coopérative, mais vous regardez par la fenêtre et votre chien galope comme un fou et désobéit, etc., etc. C’est à cette période que l’on abandonne les chiens dans un refuge. 
L’auteur d’un très bon livre sur l’adolescence : « La sauvagerie », dit fondamentalement que, dans ce cas, chez les chiens, l’adolescence est souvent une sentence de mort, car s’ils se comportent mal et que la personne l’abandonne, ils courent le risque de l’euthanasie, alors qu’ils n’ont rien fait de mal, simplement parce qu’il y a trop de chiens. Il nous incombe de savoir, en tant que société, un peu plus de ce qu’il se passe vraiment. Je ne souhaite pas dire du mal du plaisir de vivre avec un chien, mais je souhaite que les personnes sachent ce qui les attend et aient conscience qu’il y aura des défis, mais qu’en retour de cela, malgré et même grâce aux défis, ils trouveront la relation satisfaisante qu’ils espèrent. 
WPR : La TED Member Gloria se demande si les chiens perçoivent les couleurs. 
AH : C’est une très bonne question, Gloria. Car pendant très longtemps, on pensait que ce n’était pas le cas. La science n’était pas bonne, en fait. Mais ils voient en couleurs, ils ont une vision bi-colore - chez l’homme, elle est tricolore. Nous avons des photorécepteurs pour trois couleurs et les chiens pour deux. Ils ne distinguent pas bien les rouges, les oranges et les jaunes. On ignore à quoi ces couleurs peuvent ressembler, sans doute un peu comme des couleurs adjacentes. Par exemple, quand on sort dans la pénombre, on a l’impression que les couleurs sont atténuées. On pense que cela doit ressembler à la vision des couleurs des chiens. Mais ils voient bien la couleur. 
Ils ont d’autres grandes capacités visuelles, comme celle de discerner les mouvements beaucoup plus vire que nous. Ils voient bien quand la lumière est faible ou pendant la nuit. Leurs yeux sont adaptés à quelque chose d’un peu différent que nos yeux qui voient trois couleurs. 
WPR : La TED Member Aria souhaite savoir pourquoi les chiens sentent notre haleine. 
AH : C’est une super information sur nous. Et en fait, il y a actuellement des études sur l’air expiré. On essaie de voir si les chiens peuvent discerner quel air expiré inclut des notes cancéreuses pour distinguer les patients qui ont un cancer du poumon de personnes saines. 
Mais notre haleine contient beaucoup d’informations, pas seulement sur... sur ce que nous venons de manger, mais aussi sur notre état de santé. Vous savez, les médecins, les médecins humains utilisaient l’odeur comme source de diagnostic beaucoup plus fréquemment jusqu’au début du 20e siècle. Par exemple, l’odeur des personnes diabétiques est plus sucrée. Alors, en sentant l’haleine d’un patient, le médecin captait plus d’informations sur ce qui est source de souci pour le patient, et les chiens aussi. Savent-ils qu’une personne est diabétique ? Non. Mais s’ils savent que quelque chose a changé, que vous avez mangé autrement, ou que vous êtes malade, peut-être un rhume, votre haleine pourrait les rendre curieux. Je suis toujours attentive si mon chien est particulièrement intéressé par mon haleine le matin. 
WPR : C’est intéressant. C’est leur façon de nous aider. 
AH : (Rit) Oui, si on les écoutait, ils diraient sans doute quelque chose, même sans la connaissance de ce qu’il se passe. 
WPR : Dans le même fil de pensée, voici une question d’un participant anonyme : Pourquoi les chiens mangent-ils leurs crottes ? Est-ce de la curiosité, veulent-ils qu’on réagisse ou bien est-ce quelque chose de plus crucial ? 
AH : Il y a beaucoup de théories sur ça. Ça s’appelle la coprophagie et ce n’est pas rare. Votre chien ne fait rien d’horriblement bizarre. Parfois, ils mangent les excréments, les leurs ou ceux des autres chiens, car cela leur apporte des nutriments qu’ils ne trouvent pas dans leur régime. Il reste en fait beaucoup de nutriments car nous et les chiens les laissons transiter sans les digérer. Cela peut-être le signe de carences. 
Certains chiens agissent ainsi pour effacer leur propre odeur. Vous savez, la manière dont le chien va faire pipi marque leur odeur. Ils le font parfois ostensiblement, assez haut sur un tronc d’arbre ou un réverbère, simplement pour s’assurer que d’autres chiens sentiront son odeur. Les excréments aussi transmettent cette information. Mais si, par exemple, le chien n’a pas envie de laisser ses informations quelque part, peu importe la raison, il peut s’agir d’un chien à proximité qu’il n’a pas envie de croiser, alors, il pourrait manger ses excréments. 
Si on a puni le chien auparavant pour avoir soulagé un grand besoin, il pourrait les manger. Il y a beaucoup de raisons possibles. C’est difficile de savoir, aussi il est préférable d’en parler au vétérinaire et déterminer s’il n’y a pas des carences alimentaires que le chien essaie de compenser. 
WPR : Alexandra, vous nous avez confié beaucoup de super informations, fascinantes et utiles, pendant cette conversation. J’aimerais conclure tout doucement. Y a-t-il quelque chose de précis parmi tout ce que vous avez dit que vous souhaiteriez que nous retenions et que vous espérez nous voir mettre en pratique dans notre relation avec notre chien ? 
AH : Je pense que le plus difficile à comprendre chez notre chien, qui nous regarde dans les yeux et suit notre regard, qui se promène avec nous et qui est un compagnon si aimant, c’est qu’il vit dans un monde parallèle de perception des odeurs où nous ne sommes pas très présents, voire que nous évitons. Or tous les chiens que je croise qui savent vivre dans ce monde-là, sentent toutes les choses qu’ils ont envie de renifler, et les promener pour une balade odorante, rend le chien plus heureux. Les personnes aussi s’en trouveront plus satisfaites en comprenant ce que leur chien sait bien faire, alors, n’hésitez pas, faites une balade odorante. C’est tout. 
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