L’énergie et les données sont les devises principales de notre monde d’aujourd’hui. Ces dernières décennies, la transmission des données auparavant câblée est devenue sans fil. Cela a contribué à la démocratisation de l’accès à l’information. Pourrions-nous faire de même avec l’énergie ? Pouvons-nous envoyer de l’énergie quand on le veut, où l’on veut et dans la quantité voulue et en cours de route, éliminer le dernier câble ? Si on y arrivait, les possibilités seraient infinies. De la Terre à l’espace. 
Permettez-moi de partager mon rêve d’un transfert d’énergie sans fil. Tout commence par une chose familière : les ondes. Les ondes sont essentielles dans nos vies. Vous entendez ce talk grâce aux ondes acoustiques. Vous pouvez voir ce talk grâce à une forme d’ondes électromagnétiques appelées lumière. Et, si vous regardez ce talk sur Internet, vous utilisez probablement une connexion sans fil, qui repose sur des ondes radio, sans fil. Quand on a deux ondes de même fréquence qui ondulent et qui se rejoignent à un point dans l’espace, elles s’additionnent et créent une onde qui est deux fois plus haute mais qui transporte quatre fois plus d’énergie. Si ces mêmes ondes se rejoignent dans un endroit de l’espace, mais qu’une des deux est en retard d’une demi-période, elles s’annulent et on obtient très peu d’énergie, voire aucune. 
C’est la base d’un processus connu depuis très longtemps appelé interférence. L’idée est la suivante : si vous vous asseyez au bord d’un étang, que vous plongez vos deux mains dans l’eau et que vous les remuez de haut en bas, chaque main produit une onde. Mais à cause de l’interaction entre ces ondes, vous obtiendrez plus d’énergie dans certaines directions et moins d’énergie dans d’autres. Est-il possible d’orienter ça dans une seule direction ? Eh bien, on a besoin de plus de mains. Et elles doivent être parfaitement synchronisées. Mais si on y arrive, alors, la plus grosse partie de l’énergie va voyager tout droit. 
C’est un phénomène remarquable car quand chaque main prise individuellement, chaque petite source d’énergie, devrait envoyer celle-ci partout. Mais en harmonie, elles peuvent orienter l’énergie dans quasi une seule direction. Si c’est le timing qui est à l’origine de ce phénomène, on peut peut-être jouer avec. Ne pourrait-on pas le perturber et observer ce qui arrive ? Que se passe-t-il si chacune de ces sources est en retard par rapport à sa voisine ? Dans ce cas, que se passe-t-il si elles commencent par aller dans des directions différentes et que l’on modifie cette orientation simplement en contrôlant le timing et rien d’autre ? En fait, modifier l’orientation devient possible sans aucun mouvement mécanique. Cela peut donc être presque instantané. 
Et on peut aller plus loin encore. On pourrait imaginer créer une loupe. Un système focal sur lequel projeter de l’énergie, sa plus grande partie, 90 % environ. Et comme on peut contrôler le timing, on peut créer différents points focaux et projeter l’énergie sur ceux-ci. C’est ça la base du transfert sans fil d’énergie. C’est comme avoir une armée de fourmis qui travaillent en parfaite synchronisation. Et chacune de ces fourmis contribue à une petite part de la production d’énergie. Mais en tant qu’ensemble, elles l’envoient au bon endroit. 
Or force est de constater que tout est dans le timing, comme c’est le cas pour la vie et la comédie. 
(Rires) 
On a donc adopté ce concept pour développer des puces électroniques, des circuits intégrés, qui génèrent un peu de puissance. Mais en tant qu’ensemble, elles sont conçues pour travailler de façon synchronisée et diriger les petites antennes qui transmettent l’énergie. Cette armée de fourmis, cette armée d’antennes, collabore pour créer les points focaux d’énergie. Je vais à présent vous montrer quelques exemples qui illustrent le mécanisme de tout ça. 
Dans ce cas illustratif, on a un générateur qui envoie de l’électricité à deux récepteurs, sans fil. C’est la précision de la définition des points focaux qui est cruciale. Le panneau LED montre quand il reçoit l’énergie. On voit donc clairement que l’énergie va là où elle doit aller, et pas ailleurs. Il est possible d’utiliser ces générateurs depuis le plafond des salles de conférences ou du salon, pour transmettre de l’énergie aux dispositifs qui en ont besoin. 
On va allumer une ampoule avec ce générateur fixé au plafond. Si on bouge l’ampoule, on constate qu’il n’y a pas d’énergie à cette nouvelle position, mais le système va suivre et trouver l’ampoule et lui transmettre l’énergie. On voit très bien que c’est un système de traçage dynamique. On peut utiliser ça pour transmettre de l’énergie à une ampoule, à une deuxième, ou aux deux simultanément. 
On peut utiliser cela pour transmettre de l’énergie à un drone, par exemple. En voici un, sans batterie, qui est uniquement propulsé par notre générateur en bas de l’image. On exploite le même système de traçage pour suivre le drone. 
Maintenant que nous savons 
qu’il est possible de transmettre de l’énergie sans fil, la question est de savoir jusqu’à quelle distance. Jusqu’où peut-on aller ? Pourrait-on mettre des panneaux photovoltaïques dans l’espace, des panneaux solaires dans l’espace, collecter l’énergie et la transmettre, sans fil, vers la Terre ? 
L’idée n’est pas nouvelle. Elle apparaît pour la première fois dans une nouvelle de science-fiction d’Isaac Asimov en 1941. J’adore cette histoire parce qu’elle parle d’un robot qui a conscience de lui-même. Et les humains lui décrivent l’idée d’un robot qui a une conscience et le robot réplique : « Et vous espérez que je vais croire une notion aussi irréaliste et folle ? Mais pour qui me prenez-vous ? » 
La première question qu’on me pose presque toujours, c’est : « Pourquoi vouloir mettre des panneaux solaires dans l’espace ? Pourquoi pas dans le désert, c’est plus simple, non ? » Il y a plusieurs raisons. D’abord, dans l’espace, on capte huit fois plus d’énergie car il n’y a pas de cycle du jour et de la nuit. Il n’y a pas de nuages, ni de saisons, et il n’y a pas d’absorption atmosphérique. Et comme on peut maintenant transmettre l’énergie où on veut et quand on veut, de façon dynamique, on a en fait une énergie mobilisable. De surcroît, c’est une énergie disponible en toutes circonstances. On peut l’utiliser, par exemple, sur une île isolée après un ouragan, où il n’y a plus d’électricité. Ou dans une zone de guerre, où les infrastructures de génération électrique sont sous attaque. On peut imaginer transmettre de l’électricité dans des villages isolés en Afrique sub-saharienne où il n’y a aucune infrastructure électrique. Cela démocratise l’accès à l’électricité. On peut la transmettre au-dessus du cercle arctique. 
Tout cela est super. Mais la question est de savoir pourquoi on n’a pas encore réalisé ça alors qu’on connaît cette formidable technologie depuis longtemps. 
En fait, quand on tentait de concevoir un tel système auparavant, on l’imaginait comme un éléphant énorme. On doit lancer et installer des panneaux solaires immenses dans l’espace, capter l’énergie et la générer, et puis la projeter sur une immense antenne parabolique pour la transmettre vers un lieu fixe sur Terre. Envoyer des objets dans l’espace coûte cher. On parle de dollars - au pluriel - par gramme. Le deuxième problème est que, même si on peut financer tout cela, assembler un objet si complexe dans l’espace dépasse nos capacités actuelles. 
Alors, on a trouvé une autre approche : on a créé des structures flexibles, comme du textile, pour fabriquer nos générateurs. On utilise le pouvoir extraordinaire de l’électronique, des circuits intégrés et de l’électronique flexible, pour créer ces structures très légères et souples, comme du tissu, que l’on peut enrouler et emballer. On obtient des satellites emballés pour le lancement et qui se déploient dans l’espace, où chacune des unités fera plusieurs dizaines de mètres de long. On peut alors embarquer de grands lots et créer une constellation qui vole dans l’espace pour former une station d’électricité qui envoie de l’énergie verte sur Terre. Ces constellations volent en formation autour de la Terre. Manifestement, ce n’est pas aussi grand que la planète. On parle d’un kilomètre pour la constellation. Or notre planète est un peu plus grande. 
On développe une preuve de concept, un démonstrateur technologique, que l’on a appelé Maple, qui démontre la puissance des structures flexibles et des circuits électroniques pour générer et transmettre l’énergie dans l’espace. On a intégré cela à deux autres démonstrateurs technologiques de structures déployables et photovoltaïques développées par trois équipes dirigées par deux collègues et moi-même. On les a intégrés dans un satellite lancé récemment. L’objectif de notre expérience est de démontrer la transmission d’énergie sans fil depuis l’espace. 
Cela me ramène à la promesse d’un transfert d’énergie sans câble et de l’impact potentiel pour nous. Je suis convaincu que cette technologie est trop captivante pour disparaître. Elle apparaîtra forcément dans nos vies, sous une forme ou une autre. Et cela sera fascinant. 
Merci. 
(Applaudissements) 
