Savez-vous ce qui est bien plus dur qu’il n’y paraît ? Se sentir vraiment vivant. Ce que je veux dire, c’est que nous sommes constamment dans l’action, ou du moins, dans le scrolling. Mais nous ne vivons pas nécessairement. 
Vous connaissez ça, on est occupé jusqu’à l’épuisement, mais on languit aussi. On se sent un peu mort à l’intérieur. On connaît tous plus ou moins cette sensation. C’est en partie la raison qui fait que nous veillons à être occupés ou à nous distraire. Mais nous ignorons quoi faire. 
Eh bien, j’ai compris quoi faire. On a besoin de plus s’amuser. 
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(Encouragements et applaudissements) 
Vous pensez sans doute que vous vous amusez suffisamment, et ça, c’est parce que notre discours usuel, est persillé du mot «amusant » pour décrire tout ce qui concerne nos loisirs, même si ce n’est pas techniquement amusant, et que c’est une perte de temps. On navigue sur nos réseaux sociaux, par exemple, par amusement, même si cela nous culpabilise, par rapport à un peu tout. On dit souvent qu’on trouve une activité amusante, qu’on devrait refaire ça - 
(Rires) 
en réaction à des choses qui ne le furent pas et qu’on n’a pas envie de refaire, jamais. 
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Mais ce n’est pas notre faute si on est un peu négligent dans notre usage du mot «amusant ». Même le dictionnaire a de la peine à en définir les contours. Il dit qu’amusant est le fait d’être divertissant, agréable, ou source d’un plaisir léger. C’est destiné aux enfants dans les aires de jeux. Cela semble frivole et facultatif. 
Mais dans nos souvenirs marqués particulièrement par l’amusement - et je vous encourage à vous y plonger - ces souvenirs que vous décrivez comme - pardonnez-moi l’usage de termes scientifiques - «super chouette » - vous remarquerez qu’il y a quelque chose de plus profond. J’ai rassemblé des milliers d’histoires de personnes du monde entier. C’est impressionnant car quand on relate les souvenirs qui étaient les plus amusants, on évoque en fait des souvenirs de notre vie parmi les plus joyeux et les plus chers. 
Donc, l’amusement n’est pas un simple plaisir léger. Ce n’est pas dédié aux enfants. Et ce n’est certainement pas frivole. Au contraire, l’amusement est le secret qui fait qu’on se sente en vie. 
Aujourd’hui, je souhaite vous proposer une nouvelle définition, plus précise de ce qu’est l’amusement. Je souhaite vous montrer en quoi cela est étonnamment bon pour l’homme, et vous proposer quelques suggestions de choses que nous pouvons mettre en pratique dès maintenant pour en ressentir le pouvoir. 
Nous devons d’abord commencer en acceptant le fait que l’amusement est un sentiment, pas une activité. C’est crucial car la plupart du temps, quand on pose la question, on répond avec une liste d’activités que l’on apprécie. On dit que danser est amusant, ou faire du ski, peu importe, ou le pickleball. Tout le monde semble aimer cette forme de tennis. 
(Encouragements et rires) 
Certes, c’est amusant, mais nous connaissons tous ces moments où quelque chose coince, et ce qui est censé être amusant finit par ne pas l’être. Au contraire, on connaît tous ces choses qui nous paraissaient peu amusantes mais qui s’avérèrent ridiculement amusantes. Le hasard joue. Mais quand on s’amuse, quand on éprouve ce sentiment, il est très aisé de le reconnaître, car les gens qui s’amusent semblent rayonner de l’intérieur. 
Par exemple, me voici avec mon mari en train de nous amuser. Voici des présidents qui s’amusent ensemble. 
(Rires) Voici l’archevêque Desmond Tutu qui s’amuse avec le Dalaï Lama. 
(Encouragements et rires) 
Ces deux-là semblent toujours, fréquemment... 
(Rires) 
s’amuser ensemble 
(Rires) 
Comme vous le voyez dans ces photos, le vrai amusement produit une sensation viscérale de légèreté et de joie qui irradie. Un jour, j’ai demandé à ma fille, qui avait alors cinq ans, quelle couleur l’amusement a, elle a de fait répondu : «les rayons du soleil ». 
Mais quels sont ces rayons de soleil, ce sentiment que nous appelons amusement ? Les histoires qu’on me relate sont intéressantes car, bien que les détails soient différents, et souvent très banals, elles véhiculent la même énergie. On retrouve de façon constante trois facteurs au point que je pense qu’ils constituent une nouvelle définition, plus exacte de celle du dictionnaire. Ces trois facteurs sont l’esprit ludique, la connexion et le flow. 
L’esprit ludique, ce n’est pas le fait de jouer, ou, Dieu nous en préserve, faire semblant. Cela signifie une attitude joviale de faire les choses pour le fait de les faire, sans accorder d’attention au résultat. C’est oublier le perfectionnisme. Quand on s’amuse, on se départit de nos protections, on ne se prend pas trop au sérieux. 
La connexion, c’est la sensation de partager une expérience unique. Je pense que cela est possible dans certaines circonstances de s’amuser seul, mais pour ressentir un lien avec son moi, son environnement, ou une activité. Mais la majorité des histoires que l’on me relate, les meilleurs souvenirs d’amusement associent une autre personne. C’est vrai aussi pour les introvertis. 
Le flow, c’est cet état d’engagement et d’attention totale dans notre tâche du moment qui fait qu’on en perd le sens du temps. Les sportifs durant un match, par exemple, ou des musiciens qui jouent un morceau. Ce moment dans la zone. C’est possible d’être dans le flow sans éprouver de plaisir, dans une dispute par exemple, mais on ne peut pas éprouver du plaisir si on n’est pas dans le flow. 
Certes, l’esprit ludique, la connexion et le flow sont tous cool séparément. Mais quand on les ressent ensemble, c’est magique. On s’amuse. Ce n’est pas simplement agréable, c’est aussi bon pour nous. En fait, l’amusement a tant d’effets positifs que je suis convaincue que ce n’est pas uniquement le fruit de la prospérité de l’humanité, mais sa cause. 
On fait le plein d’énergie quand on s’amuse. Quand ils me racontent des histoires d’amusement, les gens rayonnent. C’est comme si on avait allumé une flamme en eux, et cette énergie et cette chaleur sont communicatives. Il y a tant de choses qui nous éteignent. Mais l’amusement nous éveille. Il nous rend présent. Nous sommes nombreux à faire des efforts pour être mieux présent, on fait du yoga, on médite, et tout cela est très bien, mais comme l’amusement est un état de flow, quand on s’amuse, on est forcément présent. Il ne peut pas être autrement. 
L’amusement nous unit aussi. On vit dans un monde polarisé, et nous le savons tous, nos problèmes sont épineux. Mais quand on s’amuse avec les autres, on ne distingue plus leurs vues politiques divergentes, leur nationalité ou religion. On crée un lien avec eux en tant qu’être humain. Et prenons le temps de constater que cela est le premier pas sur le chemin de la collaboration pour résoudre ces problèmes. 
L’amusement nous rend en meilleure santé. La solitude et l’anxiété, que nous sommes nombreux à avoir ressentis ces deux dernières années, causent des changements hormonaux qui augmentent les risques de maladies. Mais quand on s’amuse, on est détendu et socialement connecté. Et ces deux éléments ont un effet positif sur la santé. Ça m’époustoufle chaque fois que j’y pense, mais s’amuser est bon pour la santé. 
Enfin, s’amuser est plaisant. On a tous désespérément envie d’être heureux. On lit des livres et on télécharge des applis sur le bonheur, mais dès l’instant où on s’amuse, on est heureux. J’en ai conclu qu’il se pourrait que le secret du bonheur durable soit de se ménager davantage de moments de plaisir chaque jour. 
Comment faire ? Comment s’amuser plus ? Eh bien, d’abord, surtout, ne suivons pas les suggestions des magazines sur comment plus s’amuser. J’en ai lu quelques-uns et j’ai trouvé des idées comme - ça ne s’invente pas - «Rôtissez une dinde ». 
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«Aménager un autel en l’honneur de vos êtres chers décédés ». 
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«Regardez un documentaire sur le changement climatique ». 
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Et mon favori : «Décorez votre table de cucurbitacées ». 
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Aucune bonne idée, là-dedans. La chose la plus efficace pour s’amuser davantage est de se concentrer sur les ingrédients de l’amusement : faire tout ce qu’on peut pour remplir notre vie de moments ludiques, de connexion et de flow. Voici quelques idées comment faire. D’abord, il faut réduire nos sources de distraction pour augmenter notre flow. Tout ce qui nous distrait nous extrait du flow et nous empêche de nous amuser. Et quelle est la reine de toutes les sources de distraction pour la plupart de nous ? Oh, merci. 
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C’était une question rhétorique, mais oui, nos téléphones. 
J’ai signé un livre intitulé : «Comment rompre avec son téléphone ». Mon opinion est claire à ce sujet, mais je vous promets que nous n’aurez pas vraiment de plaisir en restant vissé à votre téléphone. Je vous mets donc au défi de ne pas avoir votre téléphone en main autant que possible afin de pouvoir suivre ma deuxième suggestion : augmenter la connexion en interagissant davantage avec d’autres vrais êtres humains. Je ne suis pas sans ignorer que la raison de garder notre téléphone en main est précisément d’éviter de devoir passer du temps et d’interagir avec des êtres humains en chair et en os. 
Mais je vous promets que cela en vaut la chandelle et que ce n’est pas aussi difficile qu’il y paraît. Voici comment faire. D’abord, on croise le regard de quelqu’un. Oui, dans les yeux, pas au milieu du front là où la caméra du Zoom se trouve. 
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Ensuite, dites : «Salut ! » Et si ça se passe bien, présentez-vous. Si ça se passe bien, posez éventuellement une question, quelque chose qui suscite la curiosité, mais pas trop personnel ou menaçant, une question comme : «Qu’est-ce qui vous passionne ? » Ou : «Qu’est-ce qui vous a amusé aujourd’hui ? » Vous serez étonné combien ce petit moment de connexion vous fera vous sentir bien. 
Si vous trouvez quelqu’un avec qui créer du lien, proposez-lui de s’associer à vous pour tenter ma troisième suggestion : augmenter le taux d’espièglerie en trouvant des occasions de vous rebeller. Je ne pense pas à une rébellion à la James Dean. Je pense à une déviance ludique, à des alternatives qui ne respectent pas les règles de l’adulte responsable et qui donne la permission de se faire éjecter de sa propre vie. Une femme m’a dit un jour qu’elle se souvenait d’un vendredi matin récent comme un moment de grand amusement. Avec des amies, elle venait d’oublier d’aller travailler, de prendre soin des enfants. Elles avaient emporté à boire pour aller en cachette à la séance du matin de «Bad moms ». 
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Il reste enfin une dernière chose que vous pouvez faire pour vous amuser davantage. 
[Rôtissez une dinde] Je plaisante. 
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Faites-en une priorité. Cela peut sembler évident, mais une des grandes raisons pour ne pas s’amuser suffisamment, c’est que ce n’est pas une priorité. S’amuser est toujours le dernier sur la liste. Sa voix ne porte pas. Je ne dis certes pas qu’il faut sortir son agenda et noter : «Samedi, de 16:00 à 18:00, session d’amusement. » C’est le meilleur moyen pour ne pas s’amuser. Mais si vous savez que vous vous amusez systématiquement en présence d’une personne précise, veillez à passer du temps avec elle. Si vous savez qu’une activité génère souvent un flow ludique et de connexion en vous, veillez à y consacrer un peu de temps. Gérez l’amusement sérieusement. Car c’est sérieux. Cela fait quelques années que je fais cela et je suis étonnée combien de nombreux pans de ma vie sont influencés. Je suis plus créative, plus productive, plus résiliente. Je ris davantage. M’assurer que j’ai suffisamment de plaisir fait de moi une meilleure partenaire, un meilleur parent, une meilleure amie. Et cela m’a convaincue d’une chose dont j’espère sincèrement pouvoir vous convaincre, c’est que ma fille avait raison. L’amusement est un rayon de soleil. C’est ça qui distille l’énergie de la vie. Et plus on le ressent, plus on sent que l’on vit vraiment. 
Merci. 
(Encouragements et applaudissements) 
