Mes tatouages reflètent ma vie et croyez-moi, j’en ai vraiment beaucoup. Mon art corporel raconte une histoire. Mon tatouage pour le VIH se trouve sur l’une de mes rotules, l’articulation qui, après ma carrière professionnelle de rugby, a été brisée en morceaux, mais qui m’a aussi permis de réussir  l’un des Ironman les plus durs au monde. Et également, tout récemment, un semi-marathon. J’ai fait cela pour montrer ce que c’est de vivre avec le VIH, et aussi pour prouver que le VIH ne me limite en rien, physiquement ou mentalement. 
Le crâne est noir, macabre, menaçant. Il représente la mort imminente que je sentais m’attendre quand j’ai reçu mon diagnostic. Les ailes en dessous de mon tatouage de crâne, représentent la liberté que j’ai éprouvée, quand j’ai enfin trouvé ma voix. J’étais presque comme un homme mort  qui revient à la vie. La couronne qui orne la tête du crâne me montre comme un homme prêt à prendre la tête du groupe, qui veut faire avancer la campagne contre la discrimination et la désinformation, qui veut saluer et mettre en lumière la vérité de chacun, sans jamais demander de faire rien que je ne ferais pas. 
Je n’ai pas toujours été comme ça. En 2019, j’ai été victime d’un chantage, par quelqu’un qui voulait de l’argent pour garder le silence. Cette même année, un journaliste se rend chez mes parents, frappe à leur porte, et leur demande leur avis sur ma séropositivité. À ce moment-là, je ne l’avais même pas dit à mes parents moi-même. Cela m’a obligé à partager ma séropositivité avec le monde entier, sans que je n’y sois prêt. J’étais encore sous le choc de la stigmatisation du diagnostic. La stigmatisation, c’est être perçu de manière négative à cause d’une caractéristique donnée, comme l’origine ethnique, le handicap, la sexualité ou les problèmes de santé. Et ça finit par pousser à émettre un jugement moral sur les gens, qui affecte la façon dont ils sont traités. 
J’ai passé toute ma vie d’adulte sous les feux des projecteurs. Je suis un ancien joueur  professionnel de rugby, j’ai joué une centaine de fois pour mon pays, le Pays de Galles, j’ai été capitaine des Lions britanniques et irlandais. J’ai toujours senti la foule m’encourager depuis les tribunes. Depuis ce temps, j’ai été invité à plusieurs émissions télévisées. J’ai vécu une vie incroyable. Je me suis senti aimé par mes proches et mon pays. J’étais ce joueur de rugby fort et robuste, qui venait d’un milieu ouvrier simple pour devenir l’un des plus grands dans ce sport. 
J’étais marié à une femme, mais je vivais dans le mensonge. En 2009, quand je suis devenu le premier joueur professionnel de rugby ouvertement gay, cela a été un moment décisif pour moi, pour le sport et pour la société. Et même si cela semblait être un moment décisif, malheureusement très peu m’ont suivi depuis. 
Je vis aujourd’hui avec le VIH. J’ai mis du temps avant  de m’en rendre compte, car de l’homme qui avait remporté tout ce dont il avait rêvé, je devenais quelqu’un qui, tout à coup, vivait dans un mensonge, qui avait honte, était embarrassé, isolé, qui avait peur de mourir, peur d’en parler, peur de parler à ma famille, qui avait peur de perdre tout et tous ceux pour lesquels j’avais travaillé si dur et que j’aimais tant. J’avais peur qu’à partir de maintenant, je sois défini par un virus. 
J’ai senti les effets dévastateurs de la stigmatisation et de la honte, c’est pour cela que je suis décidé à changer la perception par les gens du VIH et des autres maladies stigmatisées. Et voici la raison. La stigmatisation et ma honte n’étaient pas fondées médicalement. La science et la médecine ont fait de grands progrès ces 20 dernières années, surtout à propos du VIH, qui devraient être davantage célébrés qu’ils ne le sont. Mais la mentalité des gens est très en retard. Le fait est que je prends un comprimé par jour. La médecine moderne empêche le VIH en moi de se transformer en sida. Elle supprime le virus de mon organisme. Il devient indétectable. Je ne peux donc pas le transmettre à mon mari. Je peux vivre une vie normale, saine et heureuse. Pour de vrai, je n’ai jamais été autant heureux. 
(Applaudissements) 
Dans les années 1980, le VIH était perçu comme une peine de mort. On l’a appelé « la peste gay ». Ces mythes et ces malentendus existent encore aujourd’hui. La prise de conscience de ce qu’est de vivre avec le VIH reste bien trop faible. Je peux vous dire que je vis toujours la stigmatisation aujourd’hui, les gens qui s’éloignent de moi dans un restaurant ou ceux qui ne veulent pas me serrer la main. Les gens se comportent de la sorte par peur, parce qu’ils cherchent à se protéger. Mais le résultat, c’est que cela crée un sentiment de honte. Et cette honte fait que plus de gens contractent le virus et moins de personnes bénéficient d’un traitement précoce, parce que les gens pensent que le VIH ne les affecte pas, qu’il ne touche que les hommes gays et bisexuels, alors que dans le monde, 54 % des gens vivant avec le VIH sont des femmes. En Angleterre, en 2020, pour la première fois en dix ans, il y a eu plus de nouveaux cas de VIH parmi les hétérosexuels que parmi les hommes homosexuels et bisexuels. 
En vérité, tout le monde peut attraper le virus, le dépistage est la seule façon de connaître votre statut, mais la stigmatisation bloque le dépistage et les nouveaux cas continuent. Aux États-Unis, huit nouveaux cas sur dix proviennent de personnes non diagnostiquées ou qui ne prennent pas de médicaments. L’ONUSIDA a un objectif, celui d’en finir avec l’épidémie à l’horizon 2030. Mais il sera très dur à atteindre si la stigmatisation continue de freiner le dépistage et la recherche de soins. 
Quand j’ai été mis au pied du mur par mon maître chanteur et par les médias, j’ai voulu me battre. Je voulais reprendre le contrôle de ma vie. Je voulais savoir ce que c’est d’être libre. Je voulais savoir et j’avais le droit d’être capable de revivre. Et je voulais que ceux dans la même situation que moi, aient également ce droit. S’attaquer à la stigmatisation est un défi permanent. Il faut un effort collectif de la part des dirigeants politiques, des professionnels de santé, des associations de défense des droits, et, plus important encore, de nous tous, le grand public. L’éducation est la clé. Plus les gens sont informés, plus la vérité se transmet. Même de simples discussions entre deux personnes peuvent changer les esprits. 
Nous devons désormais normaliser le fait de parler du VIH et d’autres maladies stigmatisées, et je vous encourage tous à lutter contre la stigmatisation, qu’il s’agisse de santé mentale, d’origine, de handicap ou de sexualité. Nous devons aussi nous attaquer aux inégalités et à la discrimination. Je m’estime chanceux, de vivre au Royaume-Uni, étant donné les progrès réalisés à cet égard, car je suis conscient que des gens vivent avec le VIH dans le monde entier et souffrent de discrimination, qui les limitent dans ce qu’elles peuvent faire ou ne pas faire, ou même où elles peuvent vivre ou ne pas vivre. 
Au Royaume-Uni, des changements récents ont finalement été effectués pour que les personnes vivant avec le VIH puissent rejoindre l’armée et être déployées, ou suivre une formation de pilote de ligne. Ces changements ont uniquement eu lieu, grâce à la détermination et au combat des personnes impliquées, des personnes qui ont la ferme volonté de créer des environnements sûrs et exempts de stigmatisation. 
La stigmatisation existe aussi là où on s’y attend le moins, dans la santé. Nous voulons tous que les professionnels de santé s’en tiennent aux faits, mais ce n’est pas toujours le cas, surtout en dehors des spécialistes du VIH, et cela doit absolument changer, pour éviter les impacts dévastateurs sur les personnes séropositives, en les décourageant d’accéder aux soins. 
Alors, je suis très, très fier de diriger la campagne « Combattre le VIH ». Et nous nous concentrons sur ce premier point, l’éducation. Avec nos partenaires caritatifs, le Terrence Higgins Trust et ViiV Healthcare, qui est une association entièrement axée sur l’éradication du VIH et du sida, nous utilisons le pouvoir de la science, de la sensibilisation et du sport pour changer les attitudes des gens. Nous misons sur le sport comme  acteur de changement, l’amour de la célébrité et les histoires marquantes de personnes vivant avec le VIH pour faire changer le comportement et la perception des gens, que ce soit par le biais de campagnes médiatiques, d’un podcast avec d’autres gens ayant été stigmatisés ou d’initiatives sur le terrain. Je suis passionné, passionné de démontrer que le VIH ne fait obstacle à rien, que ce soit par ma participation à un Ironman, à un semi-marathon ou juste avec mes exercices de gym quotidiens. Car quand les gens pourront dépasser le fait que le VIH n’est plus une peine de mort, et qu’avec un traitement efficace, il peut devenir indétectable dans votre corps, et donc non-transmissible sexuellement, alors les personnes vivant avec le VIH pourront vivre sans craindre le rejet ou l’aliénation. 
Et donc, le combat continue, car dans certains endroits du monde, de nouveaux cas sont détectés, et la stigmatisation continue d’exister dans ces pays-là. Je peux vous assurer qu’un jour, nous atteindrons notre objectif. 
Pour que dès lors qu’une personne est stigmatisée, quelle que soit la source de cette stigmatisation, nous puissions tous contribuer à la combattre. Nous avons tous un rôle à jouer. Lorsque vous voyez ou entendez des cas de stigmatisation, trouvez la force de les contester et de les corriger, que ce soit à la maison en famille, avec vos amis ou même en société au sens large. 
Les ailes sous mon tatouage me donnent la force de dépasser la stigmatisation et la honte du VIH. Et croyez-moi, vous tous, faites-moi confiance, si je peux y arriver, tout le monde peut. Et alors, et seulement alors, nous aurons une vraie chance d’éradiquer le VIH pour toujours. Alors s’il vous plaît, s’il vous plaît, aidez-moi, car ensemble, nous pouvons lutter contre la stigmatisation. 
Merci beaucoup. 
(Applaudissements) 
