Merci d’être présent aujourd’hui car je suis super excitée à l’idée de vous annoncer que nous sommes à l’aube d’une exploration de l’espace majeure. L’avenir de l’exploration spatiale ne ressemble en rien de connu. Nous pouvons même difficilement imaginer cet avenir. 
Pourquoi ? Nous explorons l’espace depuis les années 50. Qu’est-ce qui a changé ? Eh bien, pour la toute première fois, on va utiliser des vaisseaux spatiaux géants pour nos voyages dans le système solaire. Voici le lanceur Starship, développé par l’entreprise SpaceX. Ce véhicule pourra lancer plus de masse, de charge utile, il a plus de puissance et pourra être lancé à nouveau, encore et encore, bien davantage qu’aucun autre lanceur avant lui. 
Le Starship et son booster à charge lourde sont un système de transport entièrement réutilisable. Il n’est donc pas nécessaire d’assembler un nouveau véhicule chaque fois que l’on veut voler. Et donc, cela fait que le prix des vols est diminué et que l’on peut voler plus. Historiquement, les fusées étaient utilisées une seule fois. Mais quand on y pense, construirions-nous un avion pour le faire voler une seule fois et le jeter ? Ce serait ridicule car le prix du vol serait trop élevé et il n’y aurait pas beaucoup de vols non plus. Prenons un peu de hauteur par rapport à ce fait. Pensez au dernier rover que nous venons d’envoyer sur Mars. C’est une mission époustouflante qui nous envoie encore plein de données sur Mars. Le lancement de cette mission a coûté 243 millions de dollars. Cela signifie environ 200 000 dollars le kilo de charge. pour envoyer ce rover sur Mars. Voilà la situation actuelle. SpaceX a pour objectif de coût de lancement du Starship de l’ordre de quelques millions de dollars. Cela signifie que nous pourrions envoyer le même rover sur Mars pour environ 1800 dollars par kilo. 200 000 dollars par rapport à 1800 dollars par kilo. La différence est énorme. Et ce sera sans doute encore moins cher car on pourrait faire entrer 100 rovers dans un seul Starship tant il est grand. C’est incroyable. 
Il n’y a pas que SpaceX. De nombreuses entreprises commerciales assemblent des lanceurs de toutes dimensions, pour toutes sortes d’objectifs. C’est vraiment super car cela contribue à rendre l’espace plus accessible. Voici une image avec les lanceurs d’aujourd’hui comparé au puissant lanceur Saturn V de la NASA. Saturn V, c’est la fusée qui a envoyé les astronautes sur la Lune dans les années 60 et 70. Le dernier Saturn V fut lancé en 1973. Très honnêtement, je n’étais même pas née. Je trouve donc cela profondément injuste qu’il n’y ait plus eu de fusées plus puissantes depuis lors. Je souhaite mettre en relief que les changements que j’évoque ne sont pas des petites avancées progressives dans la science des fusées. Ce sont des technologies révolutionnaires qui nous offrent des capacités totalement nouvelles susceptibles de changer le paradigme de l’exploration spatiale. Et ce qui va arriver, c’est une transformation de notre situation actuelle, qui est organisée autour de missions à façon, spécialisées et uniques, vers une exploitation spatiale de masse et de grande échelle. Et la raison pour cela est que nous sommes libérés des contraintes traditionnelles de masse et de coûts sous lesquelles l’industrie aérospatiale a travaillé pendant des décennies. 
Un type de véhicule nous a obligé à changer de discours sur l’exploration spatiale et l’architecture des vaisseaux : le Starship. Le système entier est conçu pour être plus puissant que Saturn V. Et le Starship lui-même sera capable de lancer plus de 100 tonnes de charge utile en orbite autour de la Terre, à la surface de la Lune, de Mars, et plus loin encore. 100 tonnes de charge utile ! C’est hallucinant. C’est un chiffre si dément que personne ne l’aurait évoqué il y a encore peu de temps car dans les voyages spatiaux, on cherche constamment à réduire la masse. Il faut miniaturiser les composants et avoir une instrumentation la plus légère possible à cause de ces contraintes de masse et de coût. Et maintenant, on a le problème inverse : on doit imaginer comment remplir cette charge utile de 100 tonnes. Qu’est-ce qu’on va envoyer dans l’espace ? C’est une question luxueuse et un problème merveilleux. 
Comment est-il possible 
d’envoyer un volume aussi grotesque dans le système solaire ? Starship peut faire le plein dans l’espace avec du méthane et de l’oxygène. Dit simplement, on lance le premier Starship dans l’espace. Avec la charge utile qu’on veut envoyer quelque part dans l’espace. On lance cela en orbite. Ensuite, on lance un autre Starship, qui est en fait une citerne, un autre Starship tout simplement, mais rempli de propergol. Ces deux véhicules entrent en contact et s’accouplent en orbite autour de la Terre. La citerne peut alors faire le plein du premier Starship. Fondamentalement, on remplit les réservoirs avant de partir pour un très long voyage. C’est ainsi que l’on peut envoyer autant de charge utile dans le système solaire. 
Cela est crucial à comprendre car la Terre est un puits de gravité impressionnant. Il faut beaucoup d’énergie, et donc de carburant, pour sortir de la gravité de la Terre. Et donc, faire le plein dans l’espace signifie réajuster l’équation en orbite avant d’envoyer ces charges utiles là où elles doivent aller. C’est fantastique. On a une nouvelle capacité, et c’est ainsi que cela fonctionne, mais la partie vraiment excitante arrive maintenant : qu’allons-nous faire de cette capacité ? 
Songez à ceci : les scientifiques, dont moi, ont longtemps été fascinés par la possibilité de vie sur Europe. Europe a un sous-sol salé et liquide, de l’eau océanique. Et nous nous demandons si la vie est possible là-bas. Selon nos stratégies exploratoires actuelles - il y a une mission en projet pour étudier Europe, qui est en orbite autour de Jupiter et qui volera par intermittence à proximité d’Europe, pour la mesurer à distance ainsi que ses océans. Mais que pensez-vous d’un avenir où nous étudierons les océans d’Europe avec des sous-marins que nous aurons envoyés dans l’océan même. Nous pourrons étudier l’océan depuis son intérieur et nous chercherons directement des signes de vie. Et dans la foulée, on devrait envoyer des submersibles sur Encelade aussi. Encelade est une lune de Saturne. Elle est incroyable. Elle a aussi des fonds sous-marins, un océan salé d’eau liquide, car nous observons des geysers de glace d’eau sortir de son pôle sud. Il n’y a pas qu’Europe et Encelade. En dehors de notre système solaire aussi, on trouve des mondes d’océan. Et si on a bien appris une chose sur la vie sur Terre, qui est aussi un monde océanique, c’est que la vie dépend de l’eau liquide pour survivre. D’où la question : y aurait-il aussi une vie dans ces autres océans ? 
Il y a encore d’autres possibilités. En astronomie et en astrophysique. Voici une image magnifique prise par le télescope Hubble dans la constellation d’Orion. C’est une nébuleuse - une région où les étoiles naissent. Pour comprendre ces mécanismes dans l’univers, on a  besoin de télescopes géants dans l’espace qui nous renvoient de telles données. Dans un Starship, on peut charger un télescope au diamètre trois fois plus grand que Hubble. On pourrait même en mettre plusieurs. Et cela est important car pour les télescopes, la taille compte. Ces engins sont comme des seaux collectant la lumière. Or on souhaite collecter le plus de photons possible pour voir des objets ténus et pour vois des objets extrêmement éloignés. Car un télescope est une machine à remonter le temps. Plus un objet est éloigné, plus il est ancien, car il faut un temps immensément long pour que cette lumière voyage jusqu’à nous. C’est pour ça que ça s’appelle la vitesse de la lumière. Avec des télescopes géants, on peut tenter de résoudre ces questions, chercher des exoplanètes, par exemple, hors de notre système solaire, et comprendre la formation des étoiles et des systèmes planétaires, et observer l’aube cosmique, littéralement la naissance du temps, et comprendre notre propre place dans l’univers. 
Mais il n’y a pas que la taille des télescopes. On peut aussi en réduire les coûts. Le télescope James Webb, JWST, un instrument fantastique, incroyable. Ce télescope est relativement grand et donc n’entrait dans aucun lanceur existant. Alors, on l’a plié, comme un origami, pour qu’il rentre dans la fusée. Avec de grands lanceurs capables de lancer de grands télescopes, on peut les envoyer dans l’espace une fois leur assemblage terminé. Il n’est plus nécessaire de les déplier dans l’espace. 
La latitude scientifique que cela engendre est incroyable. Mais c’est bien davantage. On parle d’exploration. Car pour la première fois dans l’histoire de notre planète - soit, un peu plus de quatre milliards et demi d’années, pour ceux qui mesurent le temps - on est sur le point d’avoir la capacité scientifique et technologique d’envoyer des humains construire un avenir sur une autre planète. Voici comment on pense le faire cela sur Mars. On va d’abord envoyer des vaisseaux sans équipage sur Mars. Nous devons prouver que nous pouvons faire atterrir nos engins en sécurité avant d’envoyer des humains. Mais on utilisera la charge utile des Starship pour envoyer les éléments indispensables pour permettre une présence durable sur Mars. On commencera avec ce que nous appelons l’URIS l’utilisation des ressources in-situ. Cela signifie de vivre avec ce que l’on trouve sur place. Car quand on envisage une vie durable sur Mars, on ne peut pas rester dépendant de la Terre. Il est impensable d’acheminer vers Mars tout ce dont nous avons besoin. Vous savez, vivre des ressources locales est un facteur critique pour la survie de l’humanité depuis l’émergence de notre espèce. Durant des millénaires, nos ancêtres  apprennent comment utiliser les ressources locales pour, par exemple, fabriquer des outils, cultiver des aliments ou produire de l’énergie. Nous avons de la chance, je crois. Nous vivons sur une planète accueillante. Nous sommes ici aujourd’hui car nous avons tout ce dont nous avons besoin. Mars, c’est différent. Mars est impitoyable. Et si on tombe à court de nourriture, de combustible, d’oxygène, on meurt. Nous devons donc prévoir très précisément nos ressources locales. Et notre première ressource sera l’eau gelée que nous puiserons. 
Il y a beaucoup d’eau gelée sur Mars : de la glace terrestre, des glaciers recouverts de rochers. Nous disposerons de glace. Traditionnellement, quand on évoque l’envoi d’humains sur Mars, on pense de quelques personnes qui voyagent avec peut-être un petit rover pour se mouvoir et explorer un peu. Mais le Starship propose une rupture telle que nous pouvons parler de l’envoi d’équipements de construction pour développer l’infrastructure indispensable à une présence massive sur Mars. On pense à des camions-bennes, des pelleteuses, des appareils de forage, tout ce qui sera nécessaire pour créer des ressources locales et plus. 
(Rires) 
Il y a autre chose à faire avant l’arrivée des humains : c’est la recherche d’une vie martienne indigène. Il s’agit donc d’une question scientifique prioritaire. Y a-t-il une vie sur Mars ? Nous devons aussi réaliser une vérification approfondie pour garantir que le site d’atterrissage est sûr pour permettre la venue, la vie et le travail des humains. 
Une fois que les robots auront fait ce travail précurseur, les humains pourront venir. C’est seulement alors que l’on construira une base et qu’on progressera vers une civilisation sur Mars. Imaginez cela un instant. À ce stade, il y aura vraiment des Martiens, sauf qu’ils seront comme vous et moi. Et cela va au-delà de Mars car avec le développement de notre capacité d’envoyer des humains dans le système solaire, nous pourrons nous poser les questions : sommes-nous seuls dans l’univers et les humains sont-ils capables de prospérer sur une autre planète ? 
Les opportunités ouvertes par ces vaisseaux surdimensionnés sont sans précédent et ne ressemblent en rien à ce que nous connaissons. Ils transforment complètement le paradigme de l’exploration spatiale. Il aura fallu toute l’histoire de notre planète pour atteindre ce jour. Je pense que nous vivons dans une époque formidable car notre prochaine action changera définitivement la trajectoire de l’histoire de l’humanité. L’heure est venue de saisir notre chance et de disséminer l’humanité dans le cosmos. 
Merci. 
(Applaudissements) 
