Salut, je m’appelle Katherine, et je suis fan du capitalisme, une grande fan. Mais dans la vingtaine, en tant que journaliste libertaire, j’ai commencé à voir que certains ne trouvaient pas le capitalisme aussi séduisant que moi. Ce n’est pas grave, mais pour tout vous dire, je pense que ces choses que vous pensez ne pas aimer au sujet du capitalisme, sont en fait des choses à ne pas aimer au sujet du gouvernement. 
Mais avant de nous plaindre, je vais vous chanter une petite chanson que vous connaissez sans doute. N’hésitez pas à chanter avec moi. Ne stressez pas, je ne vais pas vraiment chanter. Il y a 200 ans, en 1820, le taux mondial de pauvreté absolue, que l’on définit de façon imparfaite comme moins de 1,90 $ par jour, était de 84 %. C’est énorme. Aujourd’hui, la Banque mondiale estime ce taux à 9 %. Durant la même période, l’espérance de vie est passée de moins de 30 ans à 72 ans. Et on constate des gains aussi remarquables dans l’accès à la nourriture, l’eau, le logement, l’éducation, pendant cette même période. Elle coïncide si parfaitement avec l’essor du capitalisme mondial que je refuse totalement de croire à une coïncidence. 
Il me semble que parfois, nous sommes si engoncés dans nos conversations sur ce que le capitalisme pourrait ou devrait être, que l’on oublie ce qu’il fut et ce qu’il est. J’aimerais donc passer un peu de temps sur les plus grands succès du capitalisme. Cela inclut l’ampoule électrique, les téléphones mobiles, des engrais bon marché et l’aviation commerciale. Les capitalistes d’aujourd’hui travaillent sur des trucs cools comme les cryptomonnaies, la géo-ingénierie ou la viande végétale. D’ailleurs, j’ai appris récemment qu’il existe une version alcoolisée sans sucre du Tropicana. 
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J’ignore totalement si ceci étaye ou pas ma position, mais il fallait que vous le sachiez. 
(Rires) 
Donc, parmi toutes les activités commerciales miraculeuses, on trouve le gouvernement. Cela signifie que nous avons deux problèmes. Le premier est que les gouvernements n’aiment pas voir de nouveaux produits étranges. Deuxième problème : les gouvernements n’aiment pas quand les vieux produits familiers disparaissent. 
Évoquons les nouveaux produits, dans un premier temps. En fait, le capitalisme est un système émergent. Et comme tous les mécanismes évolutifs, il est alimenté par les mutations. Dans notre cas, les mutations, ce sont les gens bizarres qui essaient de nouveaux trucs. Or quand on a besoin de très grands progrès, de grands projets vraiment inédits, cela signifie que l’on a besoin de gens vraiment très bizarres. Elon, c’est à toi que je pense, mec, j’ignore si tu es ici aujourd’hui. 
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Avant l’avènement du capitalisme moderne, être bizarre était une calamité. Dans le meilleur des cas, toute nouvelle idée finissait par pourrir faute d’opportunités ou de ressources pour avancer. Dans le pire des cas, tenter une chose héroïque et inédite risquait de vous mettre en porte-à-faux avec les puissances du moment quand ces puissances étaient absolues. Imaginez avoir le projet d’ouvrir une nouvelle route commerciale entre l’Europe et l’Asie pendant les guerres anglo-néerlandaises. C’était la meilleure façon de se retrouver du mauvais côté des canons. 
Je ne dis certes pas que tous les gens bizarres nourrissent des idées brillantes 
pour éviter l’apocalypse, qui puissent aussi devenir une entreprise économiquement viable. La plupart des nouvelles idées sont mauvaises. Ce n’est pas sans raison que personne ne les a réalisées avant. Comme la plupart des mutations finissent dans un cul-de-sac de l’évolution. Mais c’est très bien ainsi car un capitalisme qui fonctionne bien est caractérisé par un volume incroyable d’échecs entrepreneuriaux. Les gouvernements n’aiment pas quand une vieille entreprise tombe en faillite. Ils préfèrent faire affaire avec les démons taxables et réglementés qu’ils connaissent bien. Mais c’est dommage, car la caractéristique que je préfère dans les entreprises, c’est leur possibilité de périr. Quand c’est le cas, naturellement, cela a un impact dur sur les clients, les employés, les communautés, votre épargne-retraite. Ma famille fut interdite de faire ses courses chez Walmart pendant une génération, après que Walmart a mené l’épicerie de mon grand-père à la faillite. Je comprends bien. Mais en même temps, la faillite est le destin de presque toutes les entreprises et c’est pour cette raison précise que le capitalisme marche. Dites-vous que quand une entreprise fait faillite, elle libère sur le marché du travail, des ressources et des talents qui seront mieux employés ailleurs. Imaginez un arbre tombé dans la forêt, qui, en pourrissant, nourrit les nouvelles pousses. Bonne nouvelle pour les fans comme moi de la mortalité des entreprises : de la liste originelle de Fortune 500, en 1955, il ne reste que 52 entreprises. Cela signifie que 90 % ont coulé, ont fusionné, ou sont sorties de la liste tout simplement. Et la mortalité des entreprises semble s’accélérer. La durée de vie d’une entreprise listée par S&amp;P 500 était de 61 ans fin des années 50. Aujourd’hui : moins de 18 ans. 
Pour mieux appréhender cette dynamique de naissance et mort des entreprises, je vais vous relater deux histoires très largement simplifiées. La première concerne General Motors et l’autre Facebook. Je ne les ai pas choisies car je pense qu’elles sont spécialement mauvaises, voire inhabituelles. Elles agissent de manière logique dans un système qui ne fonctionne pas bien. 
Parlons de General Motors. Elle fait partie du nombre restreint d’entreprises qui faisaient partie de la liste originelle de Fortune 500 en 1955 et qui est toujours en haut de la liste. Pourtant, lancer une entreprise automobile, ce n’est pas évident. Peu importe l’époque. C’est une chose impressionnante qui fut jadis un luxe ridicule, dont on a fait un besoin essentiel quotidien. Mais, le gouvernement s’est habitué à GM et GM s’est habitué aux gouvernements. Et en 1981, le gouvernement utilise son droit d’expropriation pour faire disparaître un quartier entier de la classe ouvrière à Detroit, simplement parce que GM veut construire une usine là-bas. Cette protection continue jusqu’à la crise financière de 2008 quand le gouvernement opère un sauvetage financier massif de GM. Ce n’est pas une faille dans le marché, c’est une faille du gouvernement. Le marché aurait dépouillé GM de sa valeur il y a bien longtemps. 
Parlons de Facebook. C’est un peu la même histoire. Des gens un peu déjantés qui essaient un truc nouveau pour voir si ça marche. Au début, souvenez-vous, Facebook était fun. On a trouvé de bons coups et retrouvé des chiens perdus. Les soirées d’alumni sont tombées en obsolescence, et ça, c’est génial. 
(Rires) 
Quelques personnes ont amassé une fortune et le reste du monde, nous, nous nous portions un peu mieux. Mais 14, 15 ans plus tard, Facebook est constamment convoqué au Congrès pour prendre la responsabilité de tous les péchés des grandes techs. Pour autant, Mark Zuckerberg adopte une attitude conciliante. Il demande simplement qu’on lui permette de contribuer à la rédaction des réglementations qui régiront son entreprise, et, par ailleurs, ses concurrentes. Cela se complique toutefois, car même si des parlementaires œuvrent avec les lobbyistes de Facebook pour rédiger la réglementation de ce secteur, d’autres ont introduit un projet de loi pour briser Facebook et le punir d’être devenu si grand. Entre temps, un échantillon informel de la génération Z dans ma vie m’a informée que Facebook, c’est «relou ». 
(Rires) 
TikTok grignote les parts de Facebook et le rapport financier de Meta pour le premier trimestre cachait une surprise. Sa capitalisation boursière était tombée sous le niveau décrit par ce projet de loi qui cherche à punir les entreprises d’être trop grandes. Une plaisanterie fait sourire le Congrès : Facebook finira par éviter cette réglementation en se nanifiant, mais hélas, elle entraînera dans sa chute ses concurrents. 
C’est un exemple typique du laxisme des politiciens 
qui faillissent dans leur rôle de dirigeants. Deux siècles de capitalisme mondial nous ont certes apporté la prospérité. Mais il reste des problèmes à résoudre. Comme un sage l’a affirmé : «plus d’argent » rime avec «plus de tourments » 
(Rires) 
Pour avancer, il convient de déterminer ce que les secteurs privés et publics font chacun de mieux et les aider à rester dans leurs compétences. Dans le cas de l’État, je vois d’un œil favorable le fait que la réponse à ce qu’il fait de mieux soit : rien. 
(Rires) 
Mais ne devenons pas tous anarchistes pour autant. Il est manifeste que les institutions libérales, l’État de droit, une justice honnête ou la propriété privée sont des dispositifs très puissants quand on veut nourrir l’innovation. Vous savez ce que les marchés font de mieux. Ils permettent aux gens d’essayer des trucs, ils envoient des signaux forts quand ça ne fonctionne pas, et ils alimentent une courbe incroyable de croissance et d’éradication de la pauvreté. 
Si l’optimisme est de mise pour un monde radicalement meilleur, pour persévérer sur cette voie que nous a tracée le capitalisme, nous ne pouvons pas laisser les États collaborer avec le monde des affaires pour ruiner le moteur du marché. Les gens bizarres essaient des choses et il arrive que pouvoir échouer s’avère être notre meilleur espoir en tant qu’espèce. 
Merci. 
(Applaudissements) 
