Peu après la sortie de mon livre, j’ai reçu un email. Il disait : « Votre livre est la seule chose qui m’a sauvé du suicide. Vous m’avez sauvé la vie. » Ce qui est un peu étrange pour un livre sur le ménage. 
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Et si une nouvelle approche du ménage pouvait nous donner une meilleure approche pour gérer la santé mentale ? 
Je ne suis pas décoratrice d’intérieur ni influenceuse lifestyle. Je suis simplement une psychologue avec un TDAH. Et en février 2020, j’ai eu mon second enfant. Avec le premier, j’avais souffert d’anxiété post-natale, et comme mon mari venait d’accepter un poste exigeant qui allait beaucoup l’occuper, j’avais donc méticuleusement développé un plan post-partum. Ma famille se relaierait pendant les 60 premiers jours. L’équipe du ménage viendrait une fois par mois. Le groupe des jeunes mamans déposerait des plats. Et mon premier irait à la maternelle. J’étais si fière de ce plan, mais il s’est arrêté avant même d’avoir commencé. 
Parce 2020, c’est le début du confinement lié au COVID et tout ce soutien a disparu du jour au lendemain. En un éclair, mes jours se sont transformés en problèmes d’allaitement, crises de larmes pour mon premier et dépression. La vaisselle s’est entassée pendant des jours. La pile de linge a atteint une taille impressionnante. Et on pouvait difficilement passer d’une pièce à l’autre. Quand j’aurais dû rattraper du sommeil, allongée dans mon lit la nuit, je me disais : « Je suis en train d’échouer. Peut-être que je ne suis pas capable d’être une bonne mère pour deux enfants. » 
J’ai décidé un jour de poster une vidéo humoristique sur TikTok à propos de ma maison changée en désastre. 
(Rires) 
Des plans drôles du désordre et de la vaisselle et de mon plat à enchilada sur un rythme endiablé. Certainement dans le but d’en rire plutôt que d’en pleurer. Et j’ai reçu un commentaire. « Fainéante. » Ça pique, ouais. Mais je dois aimer ce genre de punitions car j’ai posté d’autres vidéos de ma maison en bazar. 
(Rires) Vidéo après vidéo sur tous les trucs et astuces étranges que je faisais pour y remettre de l’ordre tout en gérant le sentiment d’être débordée. Je m’étais préparée à recevoir de nouvelles critiques. Mais ce qui s’est passé a été tout autre. Dans les commentaires sous mes vidéos, des centaines d’histoires sont apparues. Des histoires comme celle d’Amanda, qui, après avoir perdu son bébé au second semestre, se tenait figée devant son évier ayant oublié comment faire la vaisselle. Comme celle de Lula, dont la maladie chronique et la dépression rendaient difficile le brossage de dents. Une histoire après l’autre de personnes avec une dépression, un TDAH, de l’autisme, un burn-out, un deuil, toutes ayant du mal avec les tâches quotidiennes. Et ça peut vous sembler étrange que quelqu’un ait des difficultés face à des tâches si simples. Mais sont-elles simples ? 
Étudions ce qui se passe quand on fait la lessive. Visualisez votre pile de linge, OK ? Combien de vêtements propres vous reste-t-il ? Ça peut attendre demain ou faut-il en laver maintenant ? Faut-il prioriser, trier ou prétraiter quelque chose ? Quelqu’un vous a-t-il appris à faire ça ? Plus de lessive. Avec trois jobs, quand passer en acheter ? Pouvez-vous l’acheter ? Et si oui, laquelle choisir ? Vous ramenez ça chez vous. Choisissez un programme. Lequel ? Googlez-le. Et vous avez des soucis de mémoire, vous repenserez à cette lessive dans trois jours quand elle sera moisie. Pas grave, relancez-la et mettez-la au sèche-linge. Vous l’oublierez aussi, le linge sera froissé. Resséchez-le. Il ne reste plus qu’à le sortir et le plier. Mais vous avez aussi trois jeunes enfants. Donc vous n’avez pas eu une seconde à vous depuis un moment. Quand vous avez ce temps, choisissez entre finir la lessive, manger un sandwich ou faire la sieste. C’est fini ! Vous n’avez fait aucun des trois, vous avez fixé le mur. Vous avez une fatigue décisionnelle car gérer seule le foyer vous a épuisée. 
Pour certains, toutes les étapes et compétences qui font partie des tâches quotidiennes sont automatiques. Mais pour des millions de gens, le mode automatique ne fonctionne pas. Pire encore, imaginez devoir faire tout ça quand votre mère vient de mourir, quand vous venez d’être licencié, ou quand vous utilisez toute votre énergie afin de ne pas vous suicider aujourd’hui. 
Si vous faites une thérapie, c’est peu probable que votre psy vous parle de votre linge sale. J’exerce dans la santé mentale depuis une décennie. J’ai été en thérapie encore plus longtemps et la seule fois où un soignant m’a parlé de choses comme la cuisine, le ménage ou le brossage de dents, j’étais adolescente, dans un hôpital psychiatrique. Pourtant, des centaines de milliers de personnes me disaient, dans les commentaires, que ces tâches quotidiennes sont un problème majeur dans leur vie. 
Et je me suis demandé : et si on commençait là ? Et si on commençait par ces tâches quotidiennes ? Est-ce que rendre ces tâches plus faciles améliore la santé mentale plus vite ? 
Durant les deux ans où j’ai posté et écrit sur le lien entre santé mentale et tâches quotidiennes, j’ai inventé une philosophie qui vise exactement cela. Tout a commencé avec une idée simple. Cuisiner, nettoyer, faire la lessive, ça ne fait pas de vous une bonne personne. Ni une mauvaise. Écoutez-moi. Les tâches du quotidien sont moralement neutres. 
Je sais que si vous regardez Martha Stewart depuis des années... 
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et que vous faites défiler tous les jours l’esthétique Pinterest parfaite, vous pouvez penser qu’avoir du mal avec ces tâches, c’est un échec moral. Que c’est parce qu’on est fainéant, irresponsable ou immature. Mais avoir un placard organisé ne fait pas de vous un héros. Et vivre avec une pile de linge sur le sol ne fait pas de vous un raté. Vous savez où est le T-shirt que vous voulez, simplement... 
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Il faudra fouiller un peu pour le trouver. 
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La vérité, c’est que ce n’est pas à propos de moralité. C’est à propos de fonctionnalité. Est-ce que votre maison vous convient ? Pas à un invité hypothétique qui viendrait inspecter votre placard. 
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J’ai parlé d’Amanda, qui avait perdu son bébé et oublié comment faire la vaisselle. Elle m’a dit que quand son mari partait au travail, elle s’allongeait sur le sol à côté du berceau vide et qu’elle se disait : « À quoi je sers si je ne peux même pas faire la vaisselle ? » Mais ça a changé quand elle a commencé à voir ces tâches comme moralement neutres. Tout à coup, la vaisselle dans l’évier n’était plus une représentation de son échec en tant qu’épouse, mais, à la place, elle regardait la pile et se disait : « De quoi ai-je besoin pour fonctionner demain matin ? » Et retirait deux tasses à café de la pile. Elle avait son café le matin suivant, et c’était un peu plus simple de se lever du sol. Quand on se libère de l’idée qu’on est une bonne ou une mauvaise personne grâce à ces tâches, on peut arrêter de penser à la bonne façon de les faire. À la façon dont on devrait les faire, et plutôt commencer à penser à ce qu’on peut faire avec nos obstacles actuels pour améliorer notre qualité de vie, aujourd’hui. Et c’est la partie amusante. Parce que vous pouvez personnaliser une vie qui fonctionne pour vous. Quand Lula a compris que ses problèmes de brossage de dents n’étaient pas des échecs moraux, elle a gagné la confiance nécessaire pour en parler à son dentiste, et ensemble, ils ont trouvé des solutions pour contourner ses obstacles. Elle utilise des brosses à dent jetables imprégnées de dentifrice qu’elle garde dans son bureau, du fil dentaire qui reste dans son salon, et un dentifrice sans rinçage sur ordonnance. Car, en décomposant les éléments d’une routine d’hygiène dentaire, en s’assurant que chaque étape est adaptée à ses besoins physiques et mentaux, pour la première fois en un an, elle a fait chaque étape de cette routine pendant deux semaines. Elle dit que depuis que ses dents sont propres, elle est un peu moins angoissée par les problèmes de demain. 
Cette méthode marche pour toute tâche avec laquelle vous avez du mal. Demandez-vous simplement « Qu’est-ce que j’essaye de faire et comment le faire à ma manière ? » Lors d’un rare moment où je pliais du linge... 
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J’ai regardé un body pour bébé que je pliais et je me suis dit : « Pourquoi je plie ça ? » 
(Rires) 
Les bodies ne se froissent pas tellement. 
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Et si c’était le cas, on se fiche qu’un bébé porte un body froissé. 
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En plus, j’allais sûrement la changer quatre fois avant le déjeuner. 
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Ça n’a pas besoin d’être plié. Je l’ai dit à voix haute et je me suis littéralement préparée pour la police du linge ? Je ne sais pas. Il y a des règles pour la lessive. Pour la première fois, j’ai arrêté de penser à comment la lessive doit être faite. À la place, j’ai réfléchi à comment je pouvais la rendre fonctionnelle pour moi. Et j’ai regardé les pyjamas en polaire, les sous-vêtements, les shorts de sport et les débardeurs, et j’ai réalisé que presque aucun de mes vêtements n’avait besoin d’être plié. Et je n’en ai plié aucun depuis. 
(Acclamations et applaudissements) 
J’ai mis tous les vêtements de ma famille dans un placard de la buanderie, et maintenant je les jette dans des bacs organisés, sans les plier. 
(Acclamations et applaudissements) 
Ma nouvelle devise, c’est : « Assez bien, c’est parfait. » 
(Rires et applaudissements) 
Tout ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bâclé. 
(Rires et applaudissements) 
Vous devez vous donner la permission d’en faire un peu. De le faire avec des raccourcis. De le faire en brisant toutes les règles. Et de remplacer cette petite voix qui dit : « Je suis en train d’échouer » par une autre qui dit : « Je traverse un moment difficile. Et les gens traversant un moment difficile méritent la compassion. » 
Si c’est trop dur de se laver aujourd’hui, prenez les lingettes bébé. Ce n’est pas la façon normale de faire, mais vous méritez d’être propre. Si c’est trop dur de faire à manger, sortez des assiettes en carton et réchauffez un plat surgelé. Vous cuisinerez et ferez la vaisselle un autre jour, mais pas aujourd’hui. Mais d’ici-là, vous méritez de manger. Si vous êtes trop déprimé pour faire la plonge, prenez un grand sac Ziploc et gardez-le dans votre chambre. Car en plaçant une assiette sale dans un grand sac Ziploc que vous scellé, ça gardera les insectes à distance. Et il sera là quand vous serez prêt à retourner dans la cuisine. Car vous méritez un environnement sain même si vous ne pouvez pas sortir du lit. Je pourrais vous partager des centaines d’autres solutions de génie trouvées par des gens après avoir accepté que les tâches du quotidien sont moralement neutres. D’après mon expérience, les gens sont d’une créativité époustouflante quand on leur apprend seulement comment se parler avec compassion. 
Et si la santé mentale débutait par là ? En changeant l’idée que les tâches du quotidien ne sont pas des mesures extérieures de votre valeur mais simplement des tâches moralement neutres que vous pouvez personnaliser pour prendre soin de vous. Car, s’il est vrai que, en dépit de ce que vous traversez, vous méritez un espace fonctionnel, que pourriez-vous mériter d’autre ? 
Merci. 
(Applaudissements et acclamations) 
