Donc, quand je suis née en Chine au début des années 1980, mon pays était encore un lieu de pauvreté. Nous vivions avec des aliments rationnés des cuisines communales et même à Pékin, il y avait trois nuits de panne de courant chaque semaine. Je me souviens avoir lu des poèmes avec mon père à lumière des bougies. Un souvenir spéciale d’une période où les chinois avaient peu de choses. 
Et trois décennies plus tard, la Chine est devenue un pays d’abondance, particulièrement lorsqu’il s’agit de pouvoir technologique. De la haute technologie à la technologie d’entreprise à quotidienne, il n’y a rien que vous ne puissiez trouver, que des choses inimaginables. Je peux acheter une cannette de coca en scannant mon visage. Il y a quelques années, J’ai demandé du dentifrice de ma chambre d’hotêl, et il m’a été livré par un robot. J’ai vu des personnes dans des montagnes tibétaines reculées mettre de la musique avec des baladeurs alimentés par des panneaux solaires et la technologie solaire chinoise éclairer les maisons des enfants africains qui étudiaient à la lumière des bougies, comme moi dans ma jeunesse. 
Donc cette vague d’innovations s’est produite même si la Chine reste un pays en développement, avec juste un peu plus de 10 000 dollars de PIB par habitant. Aujourd’hui je vous propose donc un regard différent, un qui montre un modèle unique qui a favorisé l’innovation et le développement technologique. 
Mais le système est loin d’être parfait. Et comme vous, je m’inquiète des tensions croissantes d’une course à la technologie. Mais je pense aussi que, comme dans n’importe quelle relation, une meilleure compréhension de chacun permet de trouver des objectifs communs sur lesquels travailler plutôt qu’une spirale qui nuit à tous 
Donc je suis une économiste, à cheval sur plusieurs mondes, en fin de compte Un pied à Londres, où je fais mes recherches. Et un pied en Chine, où je passe du temps avec ma famille et fais aussi un peu de travail. Et si j’avais un troisième pied, ce serait aux USA, où j’ai été éduquée. Je comprends donc pourquoi il y a tant de malentendus et d’incompréhension sur ce mégapays qui a défié les idées reçues. 
Commençons donc par la façon dont la Chine innove. L’innovation ne se limite pas à inventer la prochaine nouveauté, comme l’iPhone ou l’impression 3D ou encore envoyer des personnes sur Mars. Des technologies qui passent de zero à un. Il peut s’agir de nouvelles applications, de modèles d’entreprise, de meilleurs processus qui réduisent les coûts. Ces innovations sont importantes individuellement. Tout ce qui nous rend plus légers, plus sains et plus efficaces, tout compte. 
TikTok n’est donc peut-être pas la première application de vidéos courtes, mais elle a recueilli plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde. La société chinoise BYD n’a pas créé la première voiture électrique. Mais par rapport au prix de Tesla, les taxis électriques à 15 000 dollars d’une portée d’un demi-million de kilomètres peut conduire à une réduction des émissions et à une adoption massive. Et de la même manière, Les portables chinois pourraient ne pas être aussi révolutionnaires que l’iPhone, mais dans les pays africains, leur part de marché dépasse largement la moitié. 
Cela résout donc un gros problème pour les pays en développement, qui est le manque d’accès à des technologies appropriées. Et même si la Chine n’a pas encore beaucoup de technologies zero à un, -- du moins pas encore -- ça ne veut pas dire qu’elle ne maîtrise pas la haute technologie. Elle a réalisé le premier appel vidéo quantique, et a lancé le premier drone transportant un passager dans les airs. 
Allons donc derrière les scènes. Maintenant, oui, beaucoup diraient que la Chine a l’argent, des marchés, du talent et des tas de données, ce qui est essentiel à l’ère de l’information. Mais ce n’est pas tout. Ce succès s’explique par une approche « nationale », ou ce qu’ils appellent un système « juguo ». Transformer une idée ou une découverte scientifique en un succès commercial nécessite un écosystème d’innovation. L’alliance d’universités, de laboratoires nationaux et d’industries, sans parler du financement qui couvre des cycles d’investissement longs et incertains. 
Peut-être pensez-vous que les technologies révolutionnaires sont les produits de stars, comme Steve Jobs ou Elon Musk. Mais à chaque fois que vous utilisez internet, le GPS ou que vous criez sur Alexa, vous devez remercier le gouvernement américain. Nous oublions souvent que le programme Apollo, le projet Manhattan, même l’ascension du Japon à la gloire des semi-conducteurs, étaient tous les systèmes horizontaux avec le soutien critique de l’État. 
Maintenant, le système « juguo » chinois est une nation entière derrière un objectif strategic. Mobiliser les ressouces nationales en ratissant plus loin, sans comptabiliser les coûts. Et c’est le même système qui est utilisé pour récolter le plus grand nombre de médailles d’or olympiques. Donc grâce à cet écosystème, la Chine est devenue le plus grand consomateur et producteur de VE en moins d’une décennie. Qui a vendu le plus de voitures que le reste du monde en 2020. 
Maintenant dans l’Ouest, nous parlons souvent « d’inciter » les consommateurs à faire de meilleurs choix. En Chine, l’adoption des transports de nouvelle génération s’est faite ainsi. En partie grâce à l’état qui a mis en place 4 millions de stations de recharge dans tout le pays, reliant les chaînes des fabricants de batteries aux contrôles et aux fabricants. Aujourd’hui, il y a 140 000 chargeurs aux États-Unis dans l’ensemble du pays. 
C’est donc en quelque sorte, l’approche de la « nation entière ». Mais ce n’est pas l’histoire que je veux vous raconter. Il y a une histoire encore plus nuancée qui se passe sur le terrain. Nous l’appelons « l’économie des maires » et c’est un système économique décentralisé qui stimule la créativité à la source. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas une approche centralisée dominée par un État tout-puissant. 
Voici comment ça marche. Nio est donc l’une des trois premières entreprises de VE en Chine. Ses voitures sont conduites partout dans les rues de Pékin et Shanghai. Maintenant, deux ans après sa cotation au Nasdaq en 2018, elle était au bord de la faillite. Maintenant, à ce point, le gouvernement local de Hefei, une petite ville dans l’est de la Chine avec cinq millions d’habitants, l’a convaincue d’y installer son siège. Le gouvernement local a injecté un milliard de dollars en échange d’une participation de 25%, a obtenu davantage de prêts pour l’entreprise et surtout, a organisé toute une chaîne d’approvisionnement autour de Nio. Il n’a fallu qu’une année pour que la production de Nio augmente de 81% et que sa capitalisation boursière passe de 4 à 100 milliards de dollars. Et le gouvernement local de Hefei a été remboursé en l’espace d’un an, et la vie de Nio a été sauvée. 
Ainsi pour chaque gouvernement local derrière un Nio, il y a un autre maire derrière un concurrent. Il y a littéralement des centaines d’entreprises de VE qui luttent pour vivre dans une concurrence sans merci. Donc, si vous êtes une entreprise technologique prometteuse, les gouvernements locaux feront tout pour aider. Supprimer les formalités administratives. Vous trouver plus de financement. Trouver un emploi pour votre conjoint. C’est du gâteau. Ils sont un guichet unique, comme ils aiment s’appeler. Dans le cadre de l’appel d’offres vigoureux pour le deuxième siège d’Amazon, il y a eu des offres créatives. Un État a envoyé un cactus géant en guise de cadeau. Un autre a proposé de renommer une ville Amazon. Mais il s’agissait essentiellement d’allègements fiscaux, Pas tout à fait comme ce que les maires de Chine avaient à offrir. 
Mais bien sûr, les USA ne sont pas étrangers au soutien des grandes entreprises comme SpaceX et Tesla, offrant des milliards de bénéfices. Mais en Chine, c’est ce mariage entre les fonctionnaires locaux hyper-chargés et les entrepreneurs intrépides de tout genre qui est au cœur de son modèle. Et voici pourquoi. Le gouvernement local de Hefei, celui qui a fait un tabac avec Nio, ce n’est pas en soi le retour sur investissement qui a été recherché. Mais c’était en attirant des entreprises comme Nio qu’il cherche à créer une sorte de mini Silicon Valley. Un fouillis industriel, un puits de talents, un commerce de détail et une industrie de services prospères qui leur permet d’avoir plus de jobs et de recettes fiscales. Et devinez quoi ? Leurs biens immobiliers et terrains valent soudainement plus, tout ça par l’économie de l’agglomération et des effets multiplicateurs, parce que les maires locaux sont actionnaires de la ville entière. 
En résumé, c’est cette centralisation politique et décentralisation économique qui est en fait une simple représentation du modèle chinois. Ce modèle est utilisé pour l’urbanisation, la croissance et l’innovation. 
Aujourd’hui, malgré toutes ses réussites, il y a eu des coûts considérables. Déchets dans le sillage, investissement inefficaces, paris erronés. Certains de ces défis sont sur le point d’être relevés, comme la pollution de la nature, mais il y en a d’autres avec un besoin urgent d’être corrigés. Je ne prétends pas qu’il existe une solution universelle ou qui est parfaite ou qui peut être facilement reproduite. Mais nous savons qu’il y a plus d’une façon de faire marcher les choses. Et reconnaître qu’il y a une certaine sagesse dans l’approche de la Chine ne signifie pas qu’il faut tout approuver. Je pense qu’il y a quelque chose à apprendre de chacun. Et pour un, la Chine n’est pas restée sur le tarmac à attendre un envol de la technologie. Plutôt, c’était le grand coup de pouce à partir de la base. 
Je suis donc venue aux USA dans le cadre d’un échange d’étudiants en 1997, et j’ai été fascinée. J’ai vu d’énormes possibilités entre l’Est et l’Ouest, qui rivalisaient, collaboraient et s’encourageaient mutuellement. J’y crois encore, même si le gel s’est installé l’air va rester froid pendant un moment entre les deux plus grandes économies du monde. Certains peuvent craindre l’innovation massive de la Chine. Certains n’aiment pas la rivalité, ce qui est rarement agréable. Mais avoir quelqu’un dans son rétroviseur vous aide à garder le rythme. 
L’essor technologique du Japon dans les années 1980 a poussé les USA à réformer leur système d’innovation et revenir à la tête dans les années 1990. Après, les US ont fait de même avec le Japon, nous avons donc tous des produits moins chers et de meilleure qualité. Aujourd’hui, l’entreprise chinoise BYD, pousse Tesla vers le haut en vice-versa. Tesla a opté pour un fabricant de batteries chinois, ce qui incite le gouvernement allemand à faire plus dans ce domaine. Et c’est cet apprentissage mutuel et la menace constante d’être dépassé qui repousse les frontières de la technologie plus loin et au-delà. Mais une chose est sûre, c’est vrai, ça ne se produit pas dans l’isolement géographique. 
Donc... Je suis venue ici, et j’imagine les possibilités entre les deux pays, et je comprends qu’il y existe des inquiétudes sur la sécurité nationale que les pays devront respecter. Mais tout n’est pas une question de sécurité nationale. Les milliards de dollars ou plus en jeu avec le désengagement économique entre les deux plus grands pays peut faire beaucoup comme éradiquer la malaria, mettre fin à la faim mondiale, conserver la biodiversité et plus. Donc n’oublions pas qu’il y a des choses plus importantes dans la vie. Comme un avenir plus radieux pour nos enfants et une Terre plus propre. N’oublions pas que dans les pays émergents, il y a encore beaucoup de misère inutile. Et que leurs habitants ont également le droit de profiter de la dignité de la vie que ceux qui ont plus de chance. 
Et c’est ainsi que tout cela s’est produit, il me semble que nous avons besoin des technologies les moins chères et les meilleures, plutôt que de se soucier de leur origine ou de qui les dominera. 
Merci. 
(Applaudissements) 
