Je m’appelle Luisa Neubauer. J’ai grandi dans l’une des régions les plus privilégiées du monde, à Hambourg en Allemagne. Enfant, de même que je croyais que mes parents s’occuperaient de moi, je croyais que les gouvernements s’occuperaient des problèmes mondiaux. J’ai grandi dans un monde où on me disait que les choses continueraient à s’améliorer pour tous. J’ai grandi dans un conte de fées. 
L’histoire de l’Allemagne fait partie de ce conte de fées, ou plus précisément, le rôle joué par les combustibles fossiles en Allemagne. L’impact le plus évident des combustibles fossiles en Allemagne est celui des émissions qui montent en flèche. L’Allemagne est le quatrième pays le plus responsable de la crise climatique, mais, en grandissant, je l’ignorais. Par contre, je croyais ceci. Sans combustibles fossiles, la croissance économique serait impossible. Sans croissance économique, il n’y aurait pas d’emplois, pas de richesse, pas de paix. L’Allemagne brûlait ainsi du charbon, du pétrole et du gaz, quelle qu’ait été leur provenance. 
Ce conte de fées n’est pas propre à l’Allemagne. Il en existe d’autres versions partout. Il m’a fallu des années pour savoir ce qui était à l’origine de ce conte de fées. Dès que je l’ai su, je suis devenue militante pour le climat. Avec des milliers d’autres, nous avons organisé  les plus grandes manifestations pour le climat qu’on ait jamais vues. Les gens n’ont pas tardé alors à nous qualifier de naïfs, et la plupart d’entre eux nous trouvait très radicaux. Pourtant, nous n’avions fait rien d’autre que rompre les contes de fées et plutôt dire la vérité. 
Et puisqu’on entend partout des contes de fées, dire la vérité sur la crise climatique, c’est comme déconstruire tous ses aspects. Par exemple, on dit que la crise climatique est d’origine humaine, et bien que des humains y aient participé, les humains y contribuent beaucoup moins que les combustibles fossiles. La crise est possible par l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz et par les systèmes économiques fondés sur le profit qui la sous-tendent. Dire que la crise climatique est d’origine humaine sous-entend qu’elle est un accident de la nature humaine, tandis qu’elle est causée par un groupe relativement restreint dans quelques secteurs dans le monde : les secteurs industriels des combustibles fossiles, leur marketing, et leurs sympathisants politiques. 
L’industrie des combustibles fossiles  raconte prolifiquement des contes de fées. Il y a 50 ans, ces industriels savaient bien  que leur activité nous conduirait à une catastrophe climatique. Dans les années 70, 80 et 90, ils ont eu l’occasion  d’utiliser leur connaissance pour déclencher une transition vers l’énergie renouvelable. Ils ont décidé que non. Ils se sont plutôt mis à raconter des contes de fées. Ils ont lancé des campagnes trompeuses. Ils ont nié leurs propres recherches scientifiques sur le climat qu’ils avaient faites eux-mêmes. Et par là, ils nous ont volé notre toute première occasion historique de passer à l’action. 
Pour beaucoup d’entre nous, il est désormais trop tard. Les sécheresses, les incendies et les inondations se produisent en 2022. Il n’y a plus aucun endroit sûr. Puisqu’on ne peut plus  nier les catastophes, les industriels des combustibles fossiles ont inventé de nouveaux contes de fées, mais cette fois-ci ils se présentent comme une partie de la solution. Ils l’appellent la « transition ». Ils nous promettent des innovations. Ils nous parlent de la croissance verte. On dirait que c’est magnifique. En plus, c’est puissant. Cette fois-ci, on veut  vraiment croire que les Equinor, les Total, les Shell, et tous les autres, ne vont sûrement pas nous nier une autre occasion de passer à l’action, hein? 
J’aimerais y croire, moi aussi. Mais je ne le crois pas grâce à deux simples vérités. La première, c’est que nous ne pouvons plus nous permettre de prendre du retard. Quiconque nous dit qu’il ne faut que davantage de temps ne comprend pas la logique de base qui sous-tend la crise. Quand j’étais à l’école à Hamboug, on avait 90 minutes pour finir un examen de maths. De quelque sorte, l’industrie des combustibles fossiles est en train de passer cet examen. Mais au lieu qu’elle ait 90 minutes, elle dit qu’elle le finira dans neuf ans. J’aurais échoué à l’école avec une telle attitude. 
Et la deuxième vérité - et c’est l’équation simple à l’origine de la crise climatique, à savoir limiter à 1,5 degrés le réchauffement mondial, ou se rapprocher de ce seuil d’aussi près que possible, on ne peut pas mettre en œuvre de nouvelles exploitations de combustibles fossiles. Aucun nouveau projet  ne peut être lancé. Mais les industries des combustibles fossiles prévoient actuellement 195 mégaprojets neufs, lesdites « bombes climatiques », chacun d’entre eux étant émetteur  de plus d’une gigatonne de CO2. Alors que tournent en douceur les éoliennes dans la pub passée à la télé, les industries des combustibles fossiles sont en développement partout en se moquant de la disparition de nos chances de créer un monde de justice climatique. 
Après tout, il ne s’agit pas juste du climat. A Hambourg il y a 30 ans, lorsque ma grande-mère avait installé son premier panneau solaire sur le toit et qu’on avait commencé à parler de l’ « Energiewende » allemande, on estimait que l’Allemagne pourrait  atteindre l’indépendance énergétique. Ça ne s’est pas produit. Pourquoi? Les industries des combustibles fossiles se sont mises à plaider contre les politiques environmentales. Avec leurs sympathisants politques, ces industries ont failli mettre fin à la transition énergétique en Allemagne. L’industrie de l’énergie solaire a perdu plus de 100.000 emplois, et au fur et à mesure que se ralentissait la transition énergétique, l’Allemagne importait plus de combustibles fossiles de Russie que tout autre pays. Nous assistons maintenant à l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, facilitée par des rouages de guerre de combustibles fossiles que financent des pays  tels que l’Allemagne. 
Les combustibles fossiles ne se limitent ni à prendre des vies 
et des moyens de subsistance, ni à détruire le climat. Ils renforcent des autocrates qui déclenchent des guerres, menacent les démocraties, et menacent les systèmes d’énergie dans des pays tels que l’Allemagne, et d’autres dans le monde, jusqu’à ce qu’ils tombent à genoux. J’ai grandi dans un monde où, d’une manière ou d’une autre, les combustibles fossiles protégeraient la démocratie, l’économie et la paix. Mais la vérité, c’est que, au XXIème siècle, nous devons voir les combustibles fossiles comme la plus grande menace pour la démocratie, pour l’économie, et pour la paix. 
Et donc, quel rôle peuvent jouer 
les industries des combustibles fossiles au XXIème siècle? Pour les cadres et les conseils d’administration, pour les actionnaires et toutes les concernés, les messages sont simples : arrêtez de développer les combustibles fossiles et arrêtez de nous mentir. 
Peut-être ne devrions-nous pas croire que ces messages 
parviendront aux bonnes personnes dans le peu de temps qui nous reste. Et donc il y a d’autres messages pour tous les autres. Le premier, si les industries des  combustibles fossiles n’écoutent pas les gens et la science qui leur disent d’abandonner les combustibles fossiles, on ne devrait pas les écouter non plus lorsqu’elles rabâchent des contes de fées sur leur volonté de faire partie de la solution. 
Le deuxième, si l’industrie des combustibles fossiles n’arrête pas la destruction de notre vie, surtout dans les endroits  les plus touchés, nous devons arrêter les industries nous-mêmes. 
Et le troisième, si les industries des combustibles  fossiles établissent les règles de la transition dont nous avons terriblement besoin, la transition ne s’achèvera jamais. Le peuple devra établir les règles pour qu’elles soient justes et qu’elles soient établies à l’heure. Ces règles devront se fonder sur la science qui, heureusement, nous informe sur tout ce qu’il y a à savoir. 
Donc c’est un appel à tous, partout, aux personnes ordinaires d’arrêter la vie normale et de commencer à construire un nouvel avenir, pour que nous retrouvions à un moment donné une nouvelle normalité. Le nouveau lendemain ne conviendra pas à ceux qui nous ont mis dans ce pétrin, à qui nous n’avons  aucune raison de nous fier, et qui souhaitent s’installer à la même table que nous, mais qui ne seront jamais à nos côtés. Le lendemain conviendra à tous les autres. On donnera la priorité au peuple sur les profits et à nos vies sur les combustibles fossiles. Ce sera juste, et finalement, ce sera sans danger. Je dirais donc :  « Mettons nous au travail ». 
Merci. 
(Applaudissements) 
