Les entreprises qui réussissent n’investissent pas dans leurs talents pour que la concurrence les débauche. Elles cultivent la motivation de leurs employés pour un développement mutuel et inspirent leurs parties prenantes à s’engager avec le même esprit. Je suis convaincue que la rétention des talents cet outil même utilisé par les entreprises fructueuses pour se développer peut être appliqué pour développer des quartiers agréables pour y naître et grandir. 
Je viens du South Bronx, à New York. 
(Encouragements) 
Hé oui, 
(Applaudissements) 
C’est le genre de quartier dont certains diront qu’il est passé maître dans la répulsion des talents. 
Dans les années 80, je marchais devant ces maisons en ruines pour aller prendre le métro qui m’amenait au lycée, un des meilleurs du pays, l’école des sciences du Bronx. J’étais sûre que certains seraient là ce soir... Dans les quartiers comme le mien, l’inégalité est un fait accompli pour les gens qui y vivent et par tous ceux qui n’y vivent pas et nous observent. Ce sont des quartiers où les écoles, la santé publique, l’air et l’eau, les parcs et les arbres, le choix alimentaire et les opportunités professionnelles sont pires que partout ailleurs dans la ville. On trouve majoritairement des HLM, des centres de soins, des refuges pour les sans-abri, des magasins d’alcool et des prêteurs sur gage. Peu de banques, mais de guichets pour encaisser les chèques ou des prêteurs sur gage qui vous font payer l’usage de votre propre argent. J’appelle ces communautés modestes. Je ne les appelle pas pauvres ou défavorisées, car sincèrement, la modestie implique quelque chose de plus large et plus profond et que l’inégalité est un fait bien établi. 
Songez à de telles communautés près de chez vous. Elles sont partout, ce sont des villes dans la ville, ce sont des réserves, des villes de la Ceinture de la rouille et ailleurs dans le monde. Et les enfants intelligents qui y grandissent voient leur réussite mesurée à l’aune des kilomètres qu’ils mettent entre eux et leur quartier. Je fais partie de ces enfants-là et je suis devenue promoteur immobilier et consultant en stratégie. Je travaille dans le pays mais le South Bronx est mon laboratoire de recherche et de développement où je mets en pratique un développement réparateur des communautés. Ce même coin de rue qui fut une maison en ruine est devenu le foyer de mon café hip hop, qui a gagné des prix, sauf fausse modestie, The Boogie Down Grind. 
(Applaudissements et encouragements) 
Il est à deux rues de la maison de mon enfance, et à côté de là où j’habite maintenant. J’ai accueilli mon moi capitaliste, mon moi socialiste et mon moi libertaire parmi d’autres traits de ma personnalité. Mais je souhaite vous parler comment le capitalisme, l’esprit qui le sous-tend et son application, détermine les résultats. 
Le capitalisme américain a encouragé l’esclavage. Et il a encouragé Black Wall Streets, ces communautés de personnes noires anciennement sous le joug de l’esclavage ou leurs enfants directs. Ils y ont développé des affaires prospères, de la richesse et des communautés. La ville de Greenwood en est la plus célèbre, à Tulsa, dans l’Oklahoma. Les Black Wall Streets furent détruites, incendiées, et des personnes noires furent assassinées sauvagement par des hordes de blancs, qui n’en subirent aucune conséquence. Était-ce la faute du capitalisme ou bien celle d’un biais culturel blanc ? Ou une distinction restée latente jusqu’à aujourd’hui ? D’aucuns préfèrent certes ne pas en entendre parler, mais imaginez ce que cela fait d’être dans cette situation. 
L’Amérique a quand même une stratégie de rétention des talents, ou quelque chose de similaire, depuis 1619. L’esclavage a offert aux Américains blancs tous les bénéfices de cette industrie barbare et prédatrice. Et même si les Black Wall Streets furent bâties sur des idéaux de vie durables - la liberté, la poursuite du bonheur et la propriété privée - ces quartiers furent détruits car ceux qui les avaient construits n’étaient pas blancs. Un même système, des fruits très différents. 
Des groupes civiques estiment que l’écart racial de richesse aux États-Unis nous a coûté 16 trillions de dollars ces 20 dernières années. Laissons infuser cela. De l’argent qui aurait pu être injecté dans l’économie ne le fut pas à cause du racisme systémique définissant qui peut bénéficier de la croissance de l’Amérique. 
Inutile de réinventer la roue. Si nous souhaitons que l’Amérique soit aussi bonne que sa promesse, nous devons appliquer les mêmes outils du capitalisme qui ont construit la prospérité des blancs pour faire prospérer les communautés modestes. Surtout - 
(Applaudissements) 
Surtout en termes de propriété et de développement immobilier, car les développements immobiliers dans les communautés modestes américaines sont aujourd’hui de deux sortes. D’abord, il y a l’entretien de l’indigence, où l’on constate des phénomènes comme la concentration de choses comme les centres de soins, les HLM, pardon, les habitations de location, les pharmacies, le flot de subsides philanthropiques et publics, et où l’industrie des ONG semble considérer la pauvreté comme une sorte d’attribut culturel authentique de la zone. On est le témoin de toutes sortes de programmes conçus pour gérer la pauvreté, mais les communautés ne s’améliorent pas. De l’argent sera fait, beaucoup d’argent, mais pas par les personnes de ces quartiers. On pourrait même dire que de nombreux de ces programmes bien intentionnés comme l’extraction des talents, car les talents en devenir sont encouragés à grandir et devenir quelqu’un, mais certainement pas dans leur quartier. 
(Applaudissements) 
L’autre sorte est l’expropriation par la gentrification. Quand la population urbaine augmente, même certains hommes politiques et activistes vont s’opposer à une plus grande densité. On aura une demande en croissance et une offre limitée. Alors, les prix augmentent. La gentrification rime souvent avec l’arrivée de nouveaux venus dans la communauté afin d’en développer une nouvelle, adaptée à leur besoins et désirs, et cela n’a rien à voir avec les besoins et désirs des citoyens de la communauté d’origine. Mais, soyons réalistes, cela ne doit pas forcément être mutuellement exclusif, car les citoyens de ces communautés souhaitent des choses sympas aussi. C’est certain. Voilà d’ailleurs pourquoi ils déménagent dès qu’ils le peuvent. Donc, le capitalisme peut nourrir la gentrification et l’expropriation autant que l’entretien de l’indigence, mais hélas, aucune de ces stratégies n’aident les personnes de ces communautés à vivre dans le quartier où nous méritons tous d’habiter. 
Et si nous considérions que les communautés modestes sont des entreprises en difficulté ? Comment les remettrions-nous à flot ? Comment le modèle de rétention des talents peut-il fonctionner dans un quartier ? Les villes offrent des bonnes conditions pour retenir les entreprises car elles pensent que l’activité économique qu’elles génèrent vaut la subvention qui est offerte. Nous devons faire pareil dans les communautés modestes vis-à-vis des ceux à qui on a fait croire qu’ils devaient mesurer leur succès par la distance qui les éloigne de leur quartier d’origine. On ne peut obliger personne à rester. Mais on peut les y pousser avec une infrastructure de vie, le genre de choses que les études de marché nous disent que les gens souhaitent. Des endroits comme des cafés, des bars, des librairies, un marché local, le genre d’endroits où vous aimez vous rendre, et moi aussi. Ils permettent des interactions positives dans la communauté et font que les gens se sentent cool. Un autre coup de pouce, c’est un véritable accès à la propriété immobilière, à l’entrepreneuriat, car cela engage les gens dans leur quartier. Cela agit comme des avantages, des stock-options, par exemple, et quand la communauté se porte bien, ses habitants aussi. Ils sont comme les employés d’une start-up qui a le vent en poupe. Comment garantir que ces avantages et ces stock-options arrivent dans les bonnes mains, celles qui apprécient la valeur que cela leur apporte ? 
Aux États-Unis, si on est accusé d’un crime et qu’on ne peut se permettre un avocat, un avocat pro bono nous est commis d’office. On peut faire pareil avec les propriétaires locaux. Avant qu’une transaction immobilière soit signée dans une communauté modeste, le vendeur devrait recevoir un conseil juridique et financier de qualité afin d’être pleinement conscient de la valeur de son bien et des moyens de la maximiser avec de nouveaux financements judicieux, en construisant des étages dédiés à la location, en améliorant l’intérieur des appartements, ou en utilisant cette valeur pour trouver des sources de financement. Ça finance l’université des enfants, ça permet d’entreprendre. Vous savez, les propriétaires devraient être vus comme une classe protégée par la Commission américaine de contrôle des marchés financiers pour protéger la richesse des personnes noires en particulier, et des autres communautés modestes des liquidations qu’elles continuent d’endurer. Car c’est encore très courant que les propriétaires dans les communautés modestes soient abordés constamment pour une offre en liquide rapide. Voici des exemples de publicités que j’ai reçues à la maison. Cela peut être très attractif pour qui n’a jamais été mené à penser qu’il y a de la valeur dans sa communauté. Et c’est légal. Et les entreprises immobilières, grandes ou petites, autant que le capital privé, ont réussi à accroître les inégalités de richesse aux États-Unis en dérobant des personnes financièrement vulnérables tout espoir de prospérité. Donc - 
(Applaudissements) 
La Commission a proposé de nouvelles règles récemment exigeant des entreprises qu’elles publient leurs émissions de gaz à effet de serre dans un but de plus de transparence vis-à-vis des investisseurs. Pourquoi ne pas faire cela pour les contribuables ? Le secteur immobilier et les fonds, ce n’est pas un secret, peuvent adopter des pratiques prédatrices aux dépens des contribuables en privatisant les bénéfices et en faisant porter les coûts par la société. Parce qu’un modèle commercial qui réduit les opportunités d’accès à la propriété crée aussi plus de locataires, exacerbe la concentration de pauvreté et augmente statistiquement les impacts négatifs de la pauvreté, dont les taux élevés de délinquance et d’incarcération ainsi qu’une richesse et un niveau d’éducation moindres. Leur message exclut les aspirants propriétaires du rêve américain. Et nous en supportons tous le prix. Cela devrait naturellement coûter bien davantage à ceux qui adoptent ces pratiques commerciales. 
Un autre problème est que certains locataires paient un loyer plus élevé qu’un remboursement d’un prêt. Mais la majorité de ceux qui ont besoin d’un prêt sont impuissants face à la rapidité des spéculateurs prédateurs. C’est tout. Une solution serait que des associations sans but lucratif acquièrent les biens à la valeur du marché quand les propriétaires veulent vendre, quand ils sont pleinement conscients de la valeur de leur bien mis en vente, et les mettent de côté pour que d’autres membres de la communauté aient le temps de trouver les financements pour les acheter. Ce tampon temporel est inestimable pour les personnes, car il leur procure la chance de faire partie du rêve américain. Et l’immobilisation de capital dans ce cas comporte peu de risque. 
Ce ne sont que quelques exemples comment développer une approche économique réparatrice du capitalisme. C’est bien du capitalisme, mais avec des règles et pratiques qui facilitent l’obtention de résultats souhaitables en tant que nation. 
Sur le terrain, on ne reste pas passifs. On est loin d’attendre le changement. À West Oakland, en Californie, Noni Session, citoyenne de troisième génération, dirige la coopérative immobilière East Bay Permanent. Ils ont acquis collectivement une propriété récemment pour développer un complexe permanent, abordable, et à usage mixte au service des propriétaires résidents. La coopérative organise des sessions de formation sur les temps de midi sur l’investissement et le développement. Il y a 500 membres de la communauté, des investisseurs, des résidents et salariés propriétaires. Ils ont levé jusqu’à présent cinq millions de dollars pour le fonds de leur communauté et son urbanisation. 
(Applaudissements) 
À Philadelphie, Jumpstart est un programme de développement communautaire initié par Ken Weinstein, un promoteur de biens immobiliers à usage commercial. Son programme offre des formations, du mentoring et des prêts aux personnes locales qui aspirent à la propriété, majoritairement des femmes et personnes de couleur. Depuis 2015, ils ont formé plus de 2 500 personnes, octroyé plus de 350 prêts équivalents à plus de 40 millions de dollars qui ont permis de réhabiliter plus de 350 biens, on parle d’une rénovation totale. Ces activités augmentent réellement la valeur des biens des uns et des autres. Et cela diminue la dégradation de Philadelphie quartier par quartier, depuis l’intérieur. Jumpstart est composée aujourd’hui de 13 communautés dans le pays. 
Dune Lankard est un membre de la tribu Eyak en Alaska. Il veille à garantir les moyens de subsistance pour les jeunes et les femmes amérindiens de sa région natale. Il développe pour cela la culture d’algues dans les eaux ancestrales. D’abord, l’algue est une source alimentaire traditionnelle. Mais c’est aussi un composant important pour les bioplastiques et la pharmacie. On l’utilise aussi comme complément alimentaire chez les bovins ; ça réduit le méthane. Les avantages sont incroyables. Mais il se bat contre les multinationales pour avoir un morceau de cette industrie émergente pour son peuple. Il est déterminé à se battre car sa cause est si importante. 
Dans le South Bronx, il y a une gare qui a attiré mon père, un bagagiste chez Pullman, dans le quartier où je suis née et ai grandi. Dans les années 40, c’était encore plus compliqué d’obtenir un prêt quand on est Noir. Mon père a gagné 15 000 dollars dans une course hippique, il a transporté cet argent dans une besace à travers tout le pays et a acheté une maison à proximité de la gare pour sa famille. Et cette gare vient d’être achetée par sa fille, moi, et, 
(Applaudissements et encouragements) 
et je la transforme en site multiusage, un hall pour les concerts et les mariages, des fêtes d’anniversaire ou des tournois de jeux. Et, 
(Applaudissements et encouragements) 
je concrétise les rêves les plus fous de mes parents. 
(Applaudissements et encouragements) 
Je ne dis pas que la rétention des talents va résoudre tous les problèmes liés au maintien de la pauvreté, de l’expropriation et de la gentrification, ni que cela va résoudre les aspects moins reluisants du capitalisme. Mais je sais que sans cela, on ne résoudra rien. C’est inutile d’entretenir les monuments qui honorent les pratiques honteuses à la base des inégalités subies par les communautés modestes. En utilisant les outils que nous offre le capitalisme, d’une manière plus réparatrice, on peut aider les membres des communautés modestes à envisager un avenir dans lequel ils n’ont plus besoin de s’évader pour vivre dans un endroit meilleur. 
Merci. 
(Applaudissements et encouragements) 
