Je jouis d’un des plus grands honneurs que je puisse possiblement avoir, d’avoir été élu maire de la ville où je suis né et où j’ai grandi. Voici Bristol, en Angleterre. 
Merci. 
(Applaudissements) 
C’est une lourde tâche. L’éducation, le logement, les budgets, la collecte des déchets, les manifestations et contre-manifestations. Les villes sont des organismes complexes. Elles peuvent être tumultueuses et pleines de contradictions. En tant que maire, je suis la personne responsable de Bristol. Il n’y a personne à qui refiler le bébé. Et cela, même pour des sujets sur lequel j’ai finalement peu ou pas de contrôle. Mais c’est bien ainsi. C’est la vie. 
J’ai aussi une autre circonscription à laquelle rendre des comptes, dans les murs de ma ville, mais dont les frontières la dépassent. C’est la planète et les 7,9 milliards de personnes qui en dépendent pour leur survie. Nous nous sommes mis dans une situation où nous avons besoin de 1,7 Terres pour soutenir notre mode de vie actuel. Quelque chose doit changer. Et nous savons que nous n’avons pas plusieurs Terres, n’est-ce pas ? Donc, c’est forcément nous qui devons changer. Quand on observe et écoute les négociations internationales et à la trop fréquente inaction nationale, nous sommes nombreux à nous demander comment relever ce défi et à nous demander même si nous allons réussir. Et je comprends cela, tant de personnes dans le monde perdent tout espoir. Mais je suis venu vous dire qu’il y a de l’espoir et qu’il est sous notre nez. Je suis convaincu que nos villes fourmillent d’un espoir immense. 
Prenez ces quatre chiffres. Trois, 55, 75, 80. 
Les villes occupent moins que 3 % de la surface terrestre de la Terre. Notre empreinte géographique est dont petite. Si on collait les villes les unes contre les autres, l’Inde pourrait les contenir. 
Pourtant, les villes abritent plus de la moitié - 55 % - de la population mondiale. Selon les prévisions, deux tiers de la population seront des citadins d’ici la moitié du siècle. 
Les villes sont responsables d’environ 75 % des émissions de CO2. Nous sommes aussi de prodigieux émetteurs de dioxyde d’azote et de méthane. 
Enfin, les villes consomment 80 % de l’énergie mondiale. 
Mais réfléchissez un moment au fait que ce sont les caractéristiques des villes, leur étendue, leur dimension, leur densité, la proximité étroite de leurs dirigeants avec les citoyens, leur flexibilité et leur capacité à se réinventer, qui font que nous pouvons prévoir de gérer ces chiffres. Dès lors, à travers nos villes, il est possible de planifier pour faire davantage, pour plus de gens, avec moins. Voilà pourquoi je pense que les villes sont un des moyens les plus optimaux à notre disposition pour mobiliser plus d’efficacité dans notre relation avec la terre, l’énergie et les déchets. 
À travers nos villes, on peut améliorer l’efficacité de pour plus de vies humaines plus vite que via toute autre forme d’organisation humaine. Par exemple, nous pouvons abriter et employer plus de personnes sur moins de surface terrestre, minimisant ainsi la pression de l’urbanisation en compétition avec la terre et la nature, tout en minimisant les distances à parcourir pour assouvir les besoins fondamentaux. Dans les villes, on peut partager l’énergie en partageant des bâtiments grâce à des innovations intelligentes comme les réseaux de chaleur. La densité urbaine rend le transport public plus accessible à moindre prix. De plus, avec nos villes, nous pouvons transformer notre relation avec l’énergie. Aujourd’hui, nous avons besoin de sécurité énergétique. Or les villes offrent des marchés d’une telle ampleur qu’elles rendent les investissements en énergie renouvelable plus attrayantes. Pensez aussi aux opportunités liées aux déchets. On peut optimiser la collecte et le traitement des déchets tout en introduisant des principes d’économie circulaire à l’échelle afin de recycler les ressources, de réutiliser les biens et de traiter les déchets inévitables pour en faire de l’énergie, par exemple, faire des engrais avec les déchets alimentaires. Pensez au potentiel mondial d’un réseau mondial de villes qui monteraient en échelle leur efficience pour la moitié et bientôt deux tiers de la population mondiale. 
Voici donc mon espoir : Aucune raison pour que ça reste du domaine du rêve. De Freetown à Los Angeles, de Kampala à Londres, et toutes les villes ailleurs, les maires et les dirigeants des villes sont montés au front et agissent pour vaincre les défis actuels. Malmö, par exemple, est une ville d’un peu moins que 350 000 habitants. Ils ont développé un réseau de chaleur alimenté par la chaleur générée par le traitement des déchets. Ils ont l’intention d’avoir une énergie renouvelable à 100 % ou recyclée d’ici 2030. Oslo subventionne les véhicules électriques et les points de recharge. Ils ont introduit un système de gestion circulaire des déchets. Ils ont acquis une centrale de biométhanisation où ils recyclent presque 50 % de leurs déchets alimentaires. 
(Applaudissements) 
Singapour est une des villes les plus denses au monde, mais ils nous montrent le chemin en matière de planification durable. Ces dernières années, ils ont créé d’immenses réserves d’eau fraîche et des parcs urbains qui agissent comme les poumons de la ville. Je nourris aussi beaucoup d’admiration pour Bogota, une des villes les plus denses en Amérique latine. Ils ont mis en place un système de transit rapide en bus. Ils rendent la marche et le vélo plus facile et gèrent la plus grande flotte de bus électriques de l’Amérique latine. 
Puisque je suis sur scène, j’aimerais vous parler de ma ville, Bristol. Elle abrite 465 901 citoyens et un est ici aujourd’hui. Notre réputation est fantastique en tant qu’une des villes les plus vertes d’Europe. Nous avons une crise du logement et nous devons construire des habitations. Mais nous sommes très conscients que le type de maisons que nous construisons et où nous les construisons font partie des éléments les plus décisifs sur le prix que notre planète paie pour notre croissance. Nous veillons exclusivement à construire des maisons passives de haute densité, sur d’anciennes friches industrielles au centre de la ville. Ainsi, nous soulageons la pression liée à la croissance urbaine. Nous pouvons concevoir des parcours de mobilité active et éliminer toute dépendance à la voiture. Nous avons même des mesures pour gérer les conséquences sur le climat de nos lieux d’aisance. Dans tout notre parc immobilier, nous rénovons les toilettes et nous en profitons pour remplacer la plomberie avec des alternatives moins consommatrices en eau, les douches, les éviers, les robinets et les toilettes. Certes, toutes nos actions en faveur du climat ne sont pas glamour. 
Mais nous, les maires, ne sommes pas uniquement concentrés sur ce qu’il se passe à l’intérieur de nos villes. De nombreux maires dans le monde ont une vision au-delà de leur zone d’autorité et se réunissent en réseaux internationaux pour fixer des objectifs de décarbonation pour lesquels ils se considèrent mutuellement responsables. Il y a des centaines de tels réseaux solidaires entre les villes dans le monde, actuellement. La Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie est un réseau d’environ 12 000 villes. Ils se sont engagés collectivement à agir pour réduire les émissions en 2030 de presque 2 milliards de tonnes par an par rapport à ce qu’aurait été l’ancienne trajectoire. Et en tant que maires, nous agissons pour influencer les organisations internationales et leurs politiques mondiales afin qu’ils encouragent notre action. C40 est un réseau de 100 maires environ qui dirigent les plus grandes villes au monde. La diplomatie urbaine est au cœur de leur travail. Les membres participent aux négociations nationales et internationales pour influencer les décisions et rendre possible des engagements mondiaux. 
J’ajouterai également que quand un maire s’engage, il veille à ce que les engagements mondiaux se transforment en actions. Notre proximité avec nos citoyens fait que nous devons directement rendre des comptes sur un changement tangible que nos citoyens peuvent voir et reconnaître. 
Mais là se trouve un autre obstacle. On ne peut pas atteindre le réseau mondial de villes efficientes indispensable sans un investissement important. Nous n’aurons pas un réseau mondial de villes décarbonées parce que c’est ce qu’il faut, ce qu’on veut, ou parce qu’on a quelques envolées lyriques à ce sujet. On y arrive seulement si on les planifie et qu’on les finance. Or les dirigeants des villes dans le monde ont des difficultés à obtenir le type de financement nécessaire pour développer le potentiel de leur ville. Pour autant, on ne se tourne pas les pouces. En Angleterre, je fais partie de la Commission des villes pour les investissements dans le climat dont l’objectif est que les grandes villes du pays aient accès aux financements nécessaires pour développer leur potentiel. On a identifié 206 milliards de livres sterling en opportunités de décarbonation en Angleterre : modernisation, renouvelable, transition vers des flottes électriques. Et nous veillons à ce que les investisseurs publics et privés en prennent connaissance partout en Angleterre. 
En réalité, les maires et dirigeants des villes n’ont pas le temps pour des débats stériles ou des grandes déclarations. Nos citoyens veulent un changement maintenant. Ils le voulaient pour hier. La crise du climat que nous traversons exige du leadership. Et tous les maires dans le monde que je rencontre s’engagent avec détermination pour tenter de la résoudre. Nous souhaitons et avons besoin que nos gouvernements et les organisations internationales travaillent avec nous, soient derrière nous et nous soutiennent. Mais nous n’avons pas le luxe de les attendre. Les plus grands scientifiques du monde disent que nous avons 10 ans pour enrayer la situation. Et à cause d’un passé fait d’inaction, de sous-performance, de prise de décision ampoulée, nous devons aujourd’hui miser gros, et nous devons faire le pari d’interventions d’envergure qui conduiront au changement à grande échelle et rapidement. Je pense que les villes sont notre meilleur espoir. 
Voici mon appel à l’action. Les maires du monde doivent travailler ensemble pour développer un plan urbain mondial pour décarboner et inclure l’efficacité dans les villes existantes et pour garantir que les processus futurs d’urbanisation maximiseront l’efficacité urbaine. Et pour moi, mondial signifie vraiment mondial. C’est un projet qui doit transcender les frontières nationales. Il doit inclure l’hémisphère nord, et l’hémisphère sud, où 90 % de l’urbanisation à venir aura lieu. Et un tel plan doit nous obliger à envisager les choses au-delà de notre simple intérêt national. Nous devons considérer les villes du monde comme des biens internationaux plutôt que des possessions nationales. Nous devons arriver à comprendre qu’investir dans une efficacité accrue des villes dans le monde est central à notre avenir. C’est la clé pour déployer notre potentiel. Et c’est un investissement dans notre bien commun mondial. 
Quand j’ai été élu maire de Bristol en 2016, ma compréhension du rôle mondial de ma ville était étroite. Et en conséquence, je nourrissais une vision limitée de niveau de responsabilité qui m’incombait désormais en tant que maire nouvellement élu de la ville de Bristol. Depuis lors, j’ai pris conscience que les villes, la façon dont elles sont planifiées et dont elles fonctionnent, la façon dont elles se développent et innovent, joueront un rôle central dans notre réussite ou pas face au défi d’endiguer le changement climatique mondial. Si nous pouvons libérer tout le potentiel de nos villes, nous pourrons minimiser le coût payé par la planète pour nous abriter en plus grand nombre. Je pense que les villes efficientes font partie de nos meilleurs moyens. Je vous propose donc de travailler ensemble pour les développer. 
Merci. 
(Applaudissements) 
