De nombreuses personnes ici dans le public ont déjà reçu une, deux, trois, voire quatre doses de vaccin à ARN Messager. Avec des milliards de doses inoculées, clairement, cette nouvelle manière de faire des vaccins est à la fois sûre et terriblement efficace. 
Mais saviez-vous que ce n’est pas le vaccin lui-même qui nous protège ? C’est nous. Car le corps humain a le pouvoir incroyable de prévenir et soigner les maladies en fabriquant ses propres médicaments. Il suffit de savoir quel médicament fabriquer. C’est le rôle des vaccins. C’est un ensemble d’instructions comment se protéger contre le SARS-CoV-2. 
Le vaccin est le point de départ. Je l’ai dit, l’arrivée des vaccins ARNm ouvre la voie vers une nouvelle ère de médicaments. L’ARNm nous donne non seulement la capacité de prévenir la maladie, mais il peut aussi traiter des troubles auparavant incurables. Mais avant d’évoquer ce sujet, parlons de ce qui est innovant dans ces nouveaux traitements. Tout est lié aux protéines. 
Les protéines évoquent souvent un aliment que nous devons manger, essentiel dans notre régime alimentaire, dont le rôle est central dans le développement musculaire. Mais on ne trouve pas des protéines uniquement dans les muscles. Elles constituent une grande part de l’écosystème hyper compliqué qu’est notre corps. On pourrait dire que nos fonctions physiologiques sont identiques à celles d’une métropole : des centaines de bâtiments, reliés entre eux par des tunnels, et beaucoup de structures différentes. Tout comme le mot «bâtiment » ne rend pas la variété incroyable de structures qui composent une ville, le terme «protéine » n’offre aucun indice sur la variété incroyable des architectures moléculaires au niveau moléculaire, justement. Comme les bâtiments, les protéines ne sont pas monolithiques. Notre corps en produit beaucoup. Par exemple, le collagène dans notre peau qui rend la robuste mais souple, ou l’actine et la myosine dans nos muscles qui nous permettent de bouger. Notre sang est rempli d’hémoglobine, qui transporte l’oxygène partout. Les anticorps nous protègent des maladies et les anticoagulants cicatrisent nos blessures. Et si vous avez jamais lu un livre de biochimie, ceci devrait vous être familier. C’est le tableau métabolique du corps humain. Il s’agit de toutes les réactions corporelles qui nous permettent de rester en vie et en bonne santé. Chacune de ces réactions est catalysée par une protéine différente dont le nom apparaît en bleu. Les protéines ne sont pas uniquement ce qui constitue notre enveloppe charnelle, mais elles sont à la base du bon fonctionnement de notre corps. 
En reprenant l’image des bâtiments, leur structure peut sembler très différente au final, mais ils sont tous construits avec un nombre limité de matériaux. Et la façon de les utiliser, de les organiser et de les souder les uns aux autres confère aux bâtiments leur forme finale. C’est pareil avec les protéines. Au niveau moléculaire, on peut voir que les protéines, en analysant leur structure tridimensionnelle, sont de longues lignes de briques. Ces briques ont des formes différentes et des propensions variables à interagir les unes avec les autres. C’est donc le type de brique utilisé et l’ordre dans lequel on assemble la chaîne qui confère à la protéine sa forme tridimensionnelle. Je vous montre trois protéines ici, mais créer et entretenir la santé d’un humain nécessite l’action combinée de plus de 100 000 sortes de protéines que notre corps fabrique toutes. Nos corps sont donc des usines à protéines en puissance. Au niveau moléculaire, le nombre est époustouflant. Les 30 trilliards de cellules qui composent notre corps - c’est un trois suivi de 13 zéros - contiennent entre un et 10 milliards de molécules de protéines. Ça signifie qu’il y a autant de molécules de protéines dans notre corps que d’étoiles connues dans l’univers. 
Les différentes sortes de cellules du corps produisent des protéines distinctes, un ensemble distinct de protéines, comme les bâtonnets et les cônes dans mes yeux qui détectent la lumière et les neurones dans mon cerveau qui interprètent cette lumière et me permettent de vous voir maintenant. Ces cellules sécrètent un ensemble précis et unique de protéines. Et comme dans tous les projets architecturaux complexes, vous imaginez aisément que le processus de synthèse des protéines est forcément régulé avec minutie pour que les bonnes protéines soient produites au bon moment, au bon endroit. Naturellement, quand une chose est si complexe, il n’est pas surprenant de trouver des erreurs occasionnelles, une erreur dans l’algorithme. 
Regardons à nouveau notre tableau métabolique. On estime qu’un nouveau-né sur mille naît sans la capacité de produite une de ces protéines reprises dans ce tableau. Ils vivent donc toute leur vie avec des complications causées par ces erreurs métaboliques. Prenons un exemple : la maladie de von Gierke, appelée aussi la maladie du stockage du glycogène de type I. La protéine, encerclée en rouge, manque alors qu’elle a pour rôle de libérer les sucres stockés afin de maintenir un taux normal de glycémie entre les repas. Les patients atteints par cette maladie ne peuvent donc pas jeûner. Ils doivent constamment manger des glucides en petites quantités, toutes les une ou deux heures, même la nuit, où ils se lèvent pour ingérer de l’amidon. Imaginez le fardeau pour les parents. S’ils manquent un de ces repas, leur enfant pourrait tomber en hypoglycémie sévère, faire une crise et peut-être même mourir. Même si ces patients parviennent à tenir le rythme de tels cycles alimentaires, leur vie est pavée de complications de santé, dont une puberté en retard, des infections fréquentes, des maladies rénales et le risque du cancer du foie. 
La maladie de von Gierke est un parmi de nombreux exemples de troubles que nous savons causés par l’absence d’une protéine. Et si nous pouvions rendre à ces patients la capacité de sécréter cette protéine ? Nous pourrions vraiment soigner leur maladie et ne plus seulement gérer les symptômes. C’est là que l’ARNm entre en jeu. Et moi aussi. J’ai consacré la plus grande partie de ma carrière dans le monde académique et ma curiosité m’a menée à faire de la recherche sur les principes fondamentaux des mécanismes de production des protéines. L’ARN messager, c’est ma spécialité. Comme les protéines, il s’agit de molécules en forme de longue chaîne composées de briques. Les quatre briques qui composent l’ARN messager composent ce que l’on appelle le code génétique. Comme son nom l’implique, l’ARNm transporte des messages : des messages que notre corps traduit pour fabriquer des protéines. On peut donc dire que l’ARNm est la langue de la vie. Et le corps humain a beaucoup de choses à dire. 
Comme les protéines, nos cellules sont pleines à craquer d’ARN messager. Chacune de nos 30 trilliards de cellules possèdent des centaines de milliers de molécules ARN messager. C’est un composant essentiel des organismes vivants. Quand on ingère des aliments riches en protéines, on ne fait pas que manger des protéines, on mange aussi beaucoup d’ARN messager. Notre corps absorbe cet ARN messager présent dans notre alimentation, le décompose en petits composants et construit de l’ARN messager spécifique à nos besoins. Ce cycle perpétuel de destruction et de reconstruction est une caractéristique que l’on trouve dans presque toutes les protéines et l’ARN messager de notre corps. Prenons le cycle circadien. C’est l’horloge dans notre corps qui nous dit quand nous devons être actif et quand dormir. Les protéines de cette horloge apparaissent et disparaissent chaque jour avec une régularité remarquable. Le mécanisme est le suivant : notre corps produit l’ARN messager qui encode ces protéines qui apparaissent et disparaissent tous les jours. Chaque jour de toute notre vie, on a une dose quotidienne d’ARN messager de notre horloge biologique qui produit les protéines de cette horloge. 
Les traitements médicaux doivent avoir trois propriétés pour être «bons». Les effets sont limités dans le temps, les effets sont dépendants de la dose et administrés à maintes reprises, ces médicaments produisent le même effet. L’ARNm est éphémère. Le volume de protéine produit dépend du volume d’ARNm présent. Et on peut les utiliser à de multiples reprises pour produire un effet identique. C’est simple, n’est-ce pas ? Pour soigner une maladie liée à l’absence d’une protéine, il suffirait d’inoculer quelques copies de l’ARNm au corps pour qu’il se mette à produire cette protéine. Si le besoin de la protéine est ponctuel, une seule dose peut suffire. Si le besoin est récurrent, on peut inoculer une dose d’ARNm à de multiples reprises. Et c’est exactement ce qu’il se passe. J’ai regardé le site des études cliniques du gouvernement américain ce matin : il y a 175 études cliniques en cours qui utilisent des traitements à base d’ARNm en cours de recrutement de patients. 54 autres études cliniques sont en attente d’approbation, prêtes à démarrer. On peut donc s’attendre à un tsunami de traitements basés sur l’ARNm. 
En 2021, Moderna et AstraZeneca ont publié des résultats positifs d’une étude clinique sur des patients ayant subi une chirurgie à cœur ouvert et à qui on a injecté une dose d’ARN messager dans le muscle cardiaque pour lui donner l’instruction de produire de nouveaux vaisseaux sanguins pour contourner les artères bouchées. Dans d’autres études cliniques, on injecte de façon répétitive à des patients atteints de troubles métaboliques un traitement pour soigner leur maladie. Une de ces études cliniques en cours de recrutement concerne la maladie de von Gierke. On développe des vaccins personnalisés pour des patients atteints du cancer. Ces vaccins sont conçus pour apprendre à leur corps, à leur système immunitaire, à attaquer leurs cancers. Ce sont des traitements vraiment personnalisés, un vaccin conçu pour une personne. 
Pour que l’efficacité de ces vaccins contre le cancer soit optimale, on doit les fabriquer pour le patient le plus rapidement possible. On a pour objectif 45 jours. En janvier 2020, nous avions déjà produit, contrôlé et livré des vaccins personnalisés contre le cancer à plusieurs dizaines de patients. Nous avions donc le savoir-faire et la capacité de produire des vaccins rapidement. Dès lors, quand la séquence du virus SARS-CoV-2 fut rendue publique sur un serveur web le 10 janvier 2020, on s’est directement mis au travail. En deux jours, nous avions trouvé un accord avec nos collègues de l’Institut National de la Santé quelle forme de la protéine spike incorporer dans le vaccin. Comme nous avions déjà fait cela très souvent auparavant, cela a pris à notre équipe de conception d’ARNm une heure seulement pour concevoir l’ARNm que nous avons immédiatement - 
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que nous avons immédiatement envoyé dans notre processus de fabrication. On a pu alors produire de l’ARN, passer un contrôle de qualité, embouteiller et envoyer cela à l’INS pour un essai clinique, tout ça en 45 jours. Ce que je trouve - 
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ce que je trouve particulièrement remarquable est que la séquence d’ARNm que nous avons conçue en une heure est la même séquence que celle qui vous fut inoculée, qui se trouve dans Spikevax, notre vaccin approuvé. Une heure pour concevoir un traitement qui a sauvé un nombre incalculable de vies. 
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Ça me donne toujours la chair de poule quand j’évoque ce sujet. 
Quel sera l’avenir alors ? J’ai évoqué la médecine régénérative et les vaccins personnalisés contre le cancer. Pour les cancers, on peut injecter directement de l’ARNm dans les tumeurs, envoyer des instructions à la tumeur pour qu’elle s’auto-détruise, ou pour qu’elle émette des signaux à notre système immunitaire et l’inviter à attaquer la tumeur. Pour les patients atteints de troubles auto-immunes, on peut envoyer un signal pour atténuer le système immunitaire emballé. Et nous et de nombreux autres, développons rapidement d’autres vaccins ARNm. De par leur production rapide, les vaccins ARNm sont très bien adaptés aux nouvelles maladies émergentes et aux autres virus, comme celui de la grippe, qui varie chaque année, ce qui oblige à adapter les vaccins. 
Mais une des choses enthousiasmantes de ces traitements sur base d’ARNm, c’est que nous ne sommes pas limités à envoyer des instructions pour une protéine à la fois. Les traitements ARNm peuvent aisément viser de multiples pathologies. C’est pour cela que nous travaillons sur une combinaison de vaccins contre le Covid, la grippe et le virus respiratoire syncytial, VRS : toutes des causes d’hospitalisation et de mortalité chez nos aînés. Nous espérons que ce sera un vaccin annuel, comme celui que l’on reçoit contre la grippe. 
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En conclusion, la taille très modeste de l’équipement de production pour fabriquer de l’ARN messager signifie qu’on peut le produire presque partout dans le monde. Et pour aller encore plus loin, le ministère de la Défense des États-Unis a démarré un programme en 2019 auquel nous contribuons pour miniaturiser l’entièreté du processus et le faire entrer dans un simple container pour le déployer rapidement partout dans le monde. Donc - 
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pour conclure, j’espère vous avoir convaincus que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la médecine. Maintenant que nous avons appris la langue de la vie, la langue de l’ARNm, nous pouvons l’appliquer pour créer des traitements destinés à une personne, des vaccins personnalisés contre le cancer, par exemple, et nous pouvons produire des traitements et les distribuer rapidement dans des populations entières, comme on l’a fait avec le vaccin contre le Covid-19. Et le plus beau dans tout ça ? C’est qu’on utilise les ressources de notre propre corps pour qu’il fabrique ses propres traitements. 
Merci. 
(Applaudissements) 
