Je suis auteur de comédies pour la télévision depuis près de 25 ans. J’ai écrit des sketches, des émissions animées et des sitcoms, mais depuis dix ans, ma véritable passion est l’étude de l’éthique. 
C’est un préambule classique, non ? Vous partez à Hollywood, vous êtes séduit par les lumières et les voitures, et du jour au lendemain, vous lisez de la philosophie allemande du 18e siècle. 
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J’ai toujours été un fervent adepte des règles. À la maternelle, notre institutrice nous demandait de nous mettre en rang, ce que je faisais, puis je voyais les autres continuer à faire les fous, et je me disais : « Qu’est-ce qu’ils font ? Elle a dit de se mettre en rang. » Je me fais un bain de bouche pendant au moins 30 secondes tous les soirs, parce que sur l’étiquette, il est écrit : « Utiliser pendant 30 secondes. » Je sais, je m’agace aussi. 
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Mais la vraie raison pour laquelle j'ai commencé à m'intéresser à l'éthique est qu'en 2005, j'ai royalement et épiquement foiré quelque chose. 
Donc, en 2005, ma femme JJ, dans un bouchon, percute le type qui la précède. L’agent de police fait le tour du véhicule, ne voit rien, ils échangent leurs numéros et se séparent. Quelques jours plus tard, nous recevons un courrier nous demandant 836 dollars car, selon l’autre conducteur, l’aile entière doit être remplacée. Cela se passe pendant l'ouragan Katrina. JJ et moi venions de faire un voyage à la Nouvelle-Orléans, nous étions vraiment tombés amoureux de la ville, qui était littéralement noyée. J'étais très énervé. Cela m’avait fait vraiment mal. Je suis allé voir la voiture du type, et en m'approchant très près, et en plissant mes yeux, j’ai à peine pu voir une petite rayure. Ça ressemblait à une marque faite avec un crayon sur le mur quand on essaye d’accrocher un tableau. 
J’ai donc dit au gars, en gros, qu’il ne devrait pas se soucier de ça et que c’était à cause de ça que les assurances auto à Los Angeles étaient si chères, que les voitures subissent des petits chocs tout le temps, qu’il était stupide de s’en soucier. et qu’il y avait des choses plus importantes dans la vie, comme l'ouragan Katrina. 
Puis je lui ai fait une offre : je ferais un don de 836 dollars au fonds de secours de la Croix-Rouge pour Katrina, à son nom, s’il acceptait de ne pas déposer plainte et de réparer sa voiture. Il a dit qu'il allait y réfléchir. 
Je suis donc retourné au travail, et comme les gens très confiants ont tendance à le faire, j’ai commencé à dire à tous mes amis à quel point j’étais génial. 
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Mais ils se sont mis à promettre de plus en plus d’argent s’il acceptait de ne pas réparer sa voiture. C’est passé à 2 000 dollars, puis 5 000 dollars. En un jour et demi, j'ai eu des promesses de centaines de personnes, dans tout le pays, de plus de 25 000 dollars si ce type acceptait de ne pas faire de déclaration et ni réparer sa voiture. D’ailleurs, il ne savait pas ce qu’il se passait. Je ne lui avais rien dit du tout. J’ai commencé un blog, que je mettais à jour toutes les heures - 
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Vous commencez à comprendre à quel point c’est une mauvaise idée. J’ai commencé un blog, que je mettais à jour, j’ai reçu des demandes de différents médias, de NPR. Je rêvais de sauver la Nouvelle-Orléans à moi tout seul, 
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avec rien d’autre que mon ordinateur et un déluge de colère bien-pensante. Et puis j’ai commencé à me sentir mal. Et JJ aussi, exactement au même moment. Nous avons tous les deux été soudainement envahis par l'horrible sentiment que nous faisions quelque chose de très mauvais, mais nous n'arrivions pas à savoir ce que c'était. Je me souviens juste avoir pensé : « D’accord, je me fiche que les voitures aient des petits chocs et des bosses, mais ce gars-là, oui. Est-ce que c'est mal ? Je ne pense pas que ce soit mal. Donc cette petite, minuscule négociation dans laquelle nous sommes vaut-elle vraiment toute cette fureur, cette rage et cette honte que je déverse dans sa direction ? Je pense que non. » 
Alors, j’ai fait ce que toute personne rationnelle ferait dans cette situation. J’ai pleuré et je me suis caché sous mon lit. 
(Rires) 
Puis, j’ai commencé à lire de la philosophie, à appeler des professeurs de philosophie et à leur demander d'en parler avec moi. Et ce faisant - Oui, ils m’ont tous répondu, parce que les professeurs de philosophie adorent parler de philosophie. Il suffit d'un rien pour qu’ils parlent de philosophie avec vous. 
Ainsi, j’ai appris toutes ces théories incroyablement merveilleuses que les personnes les plus intelligentes qui aient vécu ont développées au cours des 2 500 dernières années et qui nous aident à prendre de meilleures décisions et à devenir meilleur. Par exemple, j’ai découvert Emmanuel Kant et l'impératif catégorique. Lorsque nous sommes sur le point de faire une chose, nous devons concevoir une règle ou une maxime que nous pourrions vouloir universelle. Nous devons imaginer : si tout le monde faisait ce que nous allons faire qu’arriverait-il au monde ? Ça irait bien ou ça se gâterait ? La maxime que je suis en train de concevoir est donc : chaque fois que deux personnes sont en train de négocier, l'une d'entre elles peut introduire dans la négociation une calamité mondiale sans aucun rapport 
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et dire à l’autre qu'elle ne devrait pas se soucier de ce qui l'intéresse, mais plutôt de la calamité. Ce monde serait nul, non ? Par exemple, vous demandez à votre sœur les 5 dollars qu’elle vous a empruntés : « Comment oses-tu te soucier de 5 dollars alors que la banquise fond ? » Personne ne veut vivre dans ce monde, pas vrai ? Kant dit aussi d’ailleurs qu'il faut traiter les gens comme une fin en soi, et non comme un moyen - ne pas les utiliser pour obtenir ce que l’on veut. Eh bien, c'est ce que je faisais. 
J’ai aussi découvert Aristote et l’étude de l’éthique de la vertu : il y a certaines qualités que nous devrions tous avoir, des qualités comme la générosité, le courage, la gentillesse et la douceur. Il veut que nous les pratiquions tous les jours pour que non seulement nous les ayons, et ce, en juste quantité. Nous n'en manquons pas, et nous n’en avons pas trop non plus. L’éthique de la vertu peut être d’une imprécision exaspérante, mais au moins, il était assez clair que je faisais preuve d'un excès de colère et peut-être d'un manque d'amabilité. Je n'y arrivais pas, voilà le problème. Je n'y arrivais vraiment pas. 
Puis j'ai appris l'utilitarisme, rendu célèbre par Jeremy Bentham et John Stuart Mill. Et cela m’a donné l’espoir que je faisais quelque chose de bien, car les utilitaristes ne se soucient que des résultats, de créer plus de bonheur et de plaisir que de douleur et de souffrance. Alors oui, je suis odieux et moraliste, et je cause une certaine douleur à ce type, mais une énorme quantité d'argent va être donnée à des personnes dans le besoin. La quantité de bonheur que je crée l'emporte donc sur la quantité de douleur et de souffrance. Mais les utilitaristes postulent également que, lorsque nous calculons la quantité de bonheur ou de douleur créée, nous ne pouvons pas seulement penser à une seule personne, mais tenir compte du fait que tout le monde sait désormais que cela s’est produit et craint que cela puisse lui arriver un jour. Et puisque nous avons déjà vu quel monde terrible et puant j’essayais de créer, tous les membres de notre société seraient un peu déprimés et tristes par ce que j'ai fait, et donc la quantité totale de douleur et de souffrance pourrait en fait l’emporter sur le bonheur. 
Je n’ai jamais obtenu de réponse claire, évidemment, parce qu'Aristote n'a jamais écrit sur les accrochages impliquant des voitures tirées par des chevaux dans l'Athènes antique. Mais au moins, j'ai eu l'impression que Jeremy Bentham et John Stuart Mill auraient été un peu déçus par moi. J’ai bien senti qu’Aristote serait un peu ennuyé qu’Emmanuel Kant me ferait un signe de désapprobation. Et si tous les plus grands philosophes du monde sont d’un côté, et vous de l’autre côté... 
(Rires) 
vous avez merdé, c’est tout. 
(Rires) 
(Applaudissements) 
Donc j’ai appelé le gars, je me suis platement excusé, je lui ai raconté toute l'histoire. Il a été très gentil et indulgent, ce qui a été un énorme soulagement pour moi. Je lui ai dit que je lui avais déjà fait et envoyé un chèque. Je suis retourné sur le blog, j’ai tout raconté à tout le monde. La plupart, pas tous, mais la plupart, a pensé que c’était une issue plutôt heureuse. Je les ai encouragés à donner de l’argent de toute façon - donner de l’argent aux victimes d’ouragan est une bonne chose - et au final, plus de 25 000 dollars ont effectivement été donnés à la Croix-Rouge pour secourir les victimes de Katrina. N'applaudissez pas cela, car c'est le résultat heureux d'un mauvais événement. 
Alors pourquoi l’erreur embarrassante et misérable que j’ai commise m’a-t-elle donné envie de continuer à étudier la philosophie morale ? Si je vous disais que vous alliez passer à Jeopardy, comment vous prépareriez-vous ? Vous liriez des livres et compulseriez un atlas. Si je vous disais que vous alliez tirer du milieu du terrain lors d’un match de basket pour tenter de gagner 50 000 dollars, comment feriez-vous ? Vous prendriez un ballon, vous iriez au gymnase et vous vous entraîneriez à tirer du milieu du terrain. Eh bien, vous n’irez probablement jamais à Jeopardy, vous n’allez probablement jamais tirer lors d’un match de basket pour tenter de gagner 50 000 dollars, mais je vous garantis qu'à un moment donné, vous vous retrouverez embarqué dans un dilemme moral compliqué, déroutant, laid et déchirant. C’est la vie. Il y aura un dilemme dans lequel il n’y aura pas de règle claire à suivre, juste le sentiment vague que tout ce que vous faites semble mal. Alors comment s'y préparer ? En lisant les théories de l'éthique et en comprenant ce qu'elles disent, ce qu'elles signifient, comment elles prétendent aider à prendre de meilleures décisions et à devenir meilleur. 
Et d'ailleurs, la simple lecture de ces théories ne garantit pas que vous ferez vraiment le bon choix lorsque vous serez confronté à un de ces dilemmes complexes. Vous pouvez vous entraîner au gymnase tant que vous voulez, lorsque vous poserez le pied sur le terrain de basket, et qu’il y aura 15 000 fans déchaînés, vous allez quand-même probablement rater le panier, non ? Mais si vous vous êtes préparé, la probabilité d’y arriver est plus élevée. Vous augmenterez vos chances de réussir votre tir ou, au moins, d’approcher la balle suffisamment près du panier pour ne pas vous ridiculiser et devenir un mème. 
(Rires) 
Comprendre les théories éthiques, c'est augmenter nos chances de réussir à être simplement des êtres humains qui doivent négocier avec d’autres êtres humains. Et pour moi, il n'y a rien de plus important que cela. 
Merci. 
(Applaudissements) 
