Pour beaucoup de gens, un endroit de rêve ressemble à ceci. Mais pour moi, ça ressemble à ça. 
(Rires) 
Chimiste spécialisé dans les produits naturels, j’ai toujours été inspiré par les merveilleuses substances chimiques présentes dans la nature, en particulier les substances chimiques fabriquées par des organismes vivant dans des environnements froids. Aujourd’hui, permettez-moi de vous faire découvrir mon incroyable voyage à la découverte du trésor moléculaire qui se cache dans les plantes et autres organismes poussant dans le froid. 
Certes, je sais ce que vous devez penser. « Norman, ce n’est pas mon truc. La chimie était ma pire matière à l’école, et je déteste le froid. Pourquoi continuer à écouter ? » 
(Rires) 
Ce à quoi je réponds : soyez patient car je suis convaincu que d’incroyables substances chimiques se cachent dans le Nord. Peut-être que le prochain médicament miracle destiné à traiter des maladies graves qui affligent les humains n’attend que d’y être découvert. Mais on pourrait ne pas le découvrir sans votre aide. Vous êtes intrigués ? Public : Oui ! 
Bien. D’abord, avant de passer à la chimie, je voudrais vous donner une brève leçon de géographie. Lorsque nous parlons du nord du Canada, nous parlons du territoire situé au nord du 55e parallèle. Cela inclut la plupart des régions du Nunavik et du Nunavut. Cette terre est célèbre pour ses paysages magnifiques. Elle est célèbre pour ses ours polaires. Elle est célèbre pour ses aurores boréales et elle est célèbre pour... le père Noël. 
(Rires) 
Mais malgré ces célèbres icônes, le Grand Nord, blanc et enneigé, est encore largement inexploré. Et c'est particulièrement vrai au niveau moléculaire. Mon équipe et moi émettons l'hypothèse que l’écosystème nordique doit produire de fantastiques produits chimiques inconnus et aux propriétés fascinantes. Pourquoi ? À cause des conditions difficiles et des stress uniques auxquels les plantes, les champignons et les organismes sont soumis dans le Nord. Ils doivent produire des produits chimiques pour s’en protéger. 
Par exemple, imaginez le coup de soleil que vous prendriez lors d’un bain de soleil de plus de 20 heures par jour pendant un mois. Pour survivre, vous auriez besoin d’un très bon écran solaire. C'est exactement ce que contiennent les lichens dans l'écosystème nordique. Pour se protéger des rayons UV, ils fabriquent un produit chimique de défense qui bloque les UV avec une efficacité redoutable. Et ce n’est qu’un des produits chimiques de défense que nous connaissons. Or nous pensons qu’il y en a beaucoup d’autres qui se cachent là-bas. 
Depuis quelques années, avec mon groupe, nous nous efforçons de le prouver. Je vais maintenant vous emmener à Umiujaq, au Nunavik, un petit village inuit situé sur la côte de la baie d’Hudson. Nous nous y sommes intéressés, nous avons collecté et étudié un lichen grisâtre qui a été très peu étudié, le Stereocaulon paschale. Aujourd’hui, ce lichen ne se trouve que dans des écosystèmes soumis à des conditions climatiques très rudes. Et à l’époque, on ne savait presque rien de son contenu chimique. Nous avons donc pensé que c'était une excellente espèce à étudier. Même si le Stereocaulon paschale est abondant au Nunavik, nous avons essayé de minimiser notre empreinte. Nous n’avons donc prélevé que 100 grammes de lichens pour les ramener à notre laboratoire de l’Université Laval à Québec. Là-bas, nous l’avons nettoyé puis broyé  à -190 °C, en utilisant de l’azote liquide. Cette étape est essentielle pour libérer les substances naturelles présentes dans les cellules du lichen. Nous avons ensuite transformé l’échantillon en pâte à l’aide de différents solvants dans le cadre d’un processus appelé macération. Après avoir filtré l'échantillon et évaporé les solvants, nous avons obtenu ce que nous appelons un extrait de lichen brut. Pour un chimiste comme moi, c’est là qu’on commence à s’amuser. 
(Rires) 
Grâce à une séparation chromatographique minutieuse, à de nombreuses autres techniques et des années de travail, nous avons pu séparer, purifier et identifier pour la toute première fois treize substances naturelles dans le Stereocaulon paschale. 
Et là, je vois que vous êtes tous époustouflés. 
(Rires) 
Attendez, il y a mieux. 
(Rires) 
Sur ces treize substances, onze avaient déjà été identifiées dans d’autres lichens, mais deux se sont révélées uniques au monde. Réfléchissons-y un moment. Sur plus de 340 000 substances chimiques naturelles connues sur la planète, le Stereocaulon paschale du Nunavik en produit deux uniques, ce qui montre clairement que les organismes soumis à des stress dans l’écosystème nordique produisent des substances chimiques uniques. 
Quelles sont les propriétés de ces substances naturelles ? Nous ne le savons pas encore. Les recherches sont toujours en cours. Pour moi, et je l’espère pour vous aussi, c’est la partie la plus excitante. Qui sait si la prochaine génération d’anti-inflammatoire, d’anti-cancéreux ou même de remède contre la maladie d’Alzheimer sera inspirée par une substance chimique issue des lichens du Nunavik ? Waouh. 
Je vais maintenant vous emmener plus au nord. Au Nunavut, sur la magnifique île de Baffin. L’histoire a commencé là lorsqu’un groupe de microbiologistes canadiens a identifié pour la première fois dans les sédiments de la magnifique et froide baie de Frobisher un champignon microscopique. Le champignon faisait partie du genre Mortierella. C’est ainsi qu’ils l’ont appelée, sans grande originalité, Mortierella. 
(Rires) 
Mais ils ont également découvert que ce champignon à l’apparence étrange synthétisait des substances naturelles uniques, les « mortiamides ». Pourquoi un champignon d’apparence plutôt étrange produit ces substances, ça reste un mystère. Cela a toutefois éveillé notre curiosité. D’après des recherches antérieures, nous savions que des substances naturelles présentant certaines similitudes avec le mortiamide, un composé issu du jatropha d’Afrique, possédaient des propriétés antipaludiques car elles étaient capables de neutraliser le parasite responsable de la majorité des cas de paludisme. Les mortiamides pourraient-ils posséder les mêmes propriétés ? Pour le savoir, nous sommes retournés au laboratoire. Nous avons synthétisé une quantité suffisante de tous les mortiamides et nous avons étudié leur activité antipaludique. Et devinez quoi ? L’une de ces substances, le mortiamide D, a neutralisé efficacement le parasite du paludisme. Mais ce n’est pas fini. Il y a encore mieux. Il a pu neutraliser une souche du parasite résistante à de très nombreux médicaments antipaludiques actuellement utilisés. N'est-ce pas incroyable ? Vous obtenez des substances naturelles produites par un champignon microscopique provenant des sédiments de la baie de Frobisher, dans le grand Nord canadien, qui peuvent apporter une réponse à l’une des plus terribles infections tropicales. Le monde est petit, après tout. 
(Rires) 
Non ? Public : Oui ! 
Eh bien, il est temps de parler de ce qui fait peur. Le Nord subit malheureusement des transformations à un rythme alarmant. Il se réchauffe plus rapidement que partout ailleurs sur la planète. Et cela conduit à un phénomène appelé verdissement de l’écosystème nordique. Et c'est particulièrement vrai pour le Nunavik. Un arbuste, le bouleau glanduleux, progresse très rapidement vers le Nord. L’une des conséquences immédiates de ce développement rapide est que l’arbuste réduit la lumière sur les plantes inférieures et les lichens. Cela modifie l’ensemble de la chaîne alimentaire et modifie également le mode de vie traditionnel de la communauté autochtone. Et, inévitablement, cela entraînera une perte de biodiversité. Et l'une des conséquences cachées de la perte de biodiversité est la perte de la chimiodiversité. Je crains qu’en raison de la disparition de plantes, de lichens et de champignons, certaines substances naturelles fascinantes et inconnues ainsi que des médicaments potentiellement miraculeux ne disparaissent également. 
Voilà. C’est pourquoi nous pensons que notre travail est important et tombe au bon moment. C'est pourquoi j'espère que vous êtes maintenant convaincu que vous avez une bonne raison de contribuer à la protection du Grand Nord. Pour ma part, je vais continuer à rechercher des trésors moléculaires dans le Nord dans l’espoir de trouver de nouveaux arguments pour fournir aux parties prenantes et aux politiciens de bons arguments pour mettre en œuvre des mesures visant à atténuer le changement climatique. Pour votre part, souvenez-vous de l’histoire du mortiamide D, découvert dans le Nord et pouvant sauver des vies sous les tropiques ? Nous sommes tous reliés. Quel que soit l’endroit de la planète où vous viviez, vous devez faire votre part pour sauver la Terre mère, une molécule à la fois. 
(Français) Merci beaucoup. Merci. 
(Applaudissements) 
