Ça devrait être une évidence : toutes les communautés devraient avoir le droit à un environnement sain. Il y a pourtant des « zones sacrifiées ». Des « zones sacrifiées » où des communautés sont en première ligne des risques environnementaux. La bonne nouvelle, c’est que nous avons une opportunité exceptionnelle de contrer la pollution historique en construisant ensemble un climat juste et équitable pour le futur. 
Cette histoire parle de communautés en crise, surtout des personnes noires ou de couleur et des populations indigènes. Ce sont souvent des communautés à faible revenu. Mais la race est le facteur déterminant. Des études montrent qu’une famille noire à revenu moyen, gagnant 88 000 euros par an, a de grandes chances de vivre dans un environnement plus pollué qu’une famille blanche gagnant 22 600 euros par an. 
Mon association, « WE ACT for Environmental Justice », fait partie d’un mouvement qui en compte des centaines dévouées à la justice environnementale ici et à l’étranger, qui remédient aux effets disproportionnés que la pollution a sur nos communautés. 
Je parle de justice environnementale. Il s’agit d’une analyse des droits civils et humains sur les prises de décision où l’attention est portée sur les autorisations ; le processus d’autorisation permettant aux pollueurs de polluer en respectant les normes réglementaires, que ce soit pour l’air, l’eau ou le sol. Ces autorisations sont des faveurs qui sacrifient la santé des membres des communautés. Les effets cumulés de nombreuses installations situées dans une communauté émettant de hauts niveaux de pollution à proximité immédiate des habitations. Cela contribue à de flagrantes disparités en matière de santé. À l’université d’Harvard, on examine les Noirs américains qui habitent dans des endroits comme Harlem ou le sud du Bronx. Ces communautés n’ont pas besoin de normes sur la qualité de l’air établies par l’Agence de protection de l’environnement. Ces études ont montré que la mortalité due au COVID-19 chez les Noirs américains est supérieure aux autres car ils habitent dans des communautés où l’air est pollué. 
Rien d’étonnant, car la majorité des gens qui habitent dans les endroits où la qualité de l’air ne satisfait pas aux normes sont les Latinos et les Noirs américains. C’est le cas dans cette zone appelée « l’Allée du Cancer ». Une chanson de Nat King Cole avait pour titre « Inoubliable ». C’est ce qu’est « l’Allée du Cancer ». Elle est inoubliable. Pour les pires raisons. C’est un couloir long de 120 km entre la Nouvelle-Orléans et Baton Rouge. C’est un continuum d’usines de production de plastique et pétrochimiques sur des hectares où se trouvaient auparavant des plantations. Ces installations ont créé une histoire intergénérationnelle de décès dus au cancer où le taux de cancer de certaines communautés est supérieur au taux national. 
Les communautés ressentent les risques environnementaux et l’exposition à la pollution de façons différentes. Dans les zones urbaines, le problème vient des sources mobiles et des sites contaminés et d’habitude les autorités locales gèrent les infrastructures polluantes. Mais pour les petites villes et les zones rurales, les industries, les raffineries de pétrole, les décharges et les incinérateurs sont généralement le problème. À certains endroits, comme au Texas et en Californie, il se peut qu’il n’y ait pas de zonage pour séparer les zones industrielles des zones résidentielles. 
L’injustice et le racisme environnementaux sont le fruit d’un héritage complexe de ségrégation résidentielle, de discrimination dans le zonage et l’usage des sols, et de politiques et de mises en oeuvre injustes. Il y a des décennies, des politiques, comme le redlining, ont refusé des prêts immobiliers aux personnes de couleur de certaines communautés. Cette politique gouvernementale a renforcé la ségrégation raciale dans les villes et a détourné les investissements loin de ces communautés, créant ainsi de fortes inégalités dans l’accession à la propriété et des environnements à forte chaleur urbaine. Très peu d’arbres et pas d’espace ouvert. Nous vivons encore aujourd’hui avec l’héritage de ces politiques racistes. 
J’ai commencé à soulever des questions sur ces problèmes comme élue démocrate, cheffe du district  dans mon quartier de l’ouest d’Harlem. En 1988, j’ai co-fondé « West Harlem Environmental Action » connu sous le nom de « WE ACT for Environmental Justice ». Nous avons commencé à nous organiser, à faire comprendre à nos voisins les effets de la disproportion des autorisations et de l’implantation des installations polluantes dans nos communautés. Nous avons commencé en poussant la ville de New York à réparer la station d’épuration de North River sur l’Hudson qui détériorait notre qualité de vie en émettant des vapeurs toxiques. Nous nous sommes alors posé un certain nombre de questions. Comment pourrions-nous faire passer le parc de bus diesel de New York à un parc de bus à carburant propre ? -Les dépôts abritaient plus de 740 bus dans les quartiers résidentiels.- Comment pourrions-nous avoir un parc près de l’eau le long du joli fleuve Hudson au lieu d’un parking ? Comment mettre la justice environnementale sur le programme de la ville de New York et faire investir l’État et le gouvernement fédéral dans la durabilité pour nos communautés ? 
Je sais qu’une seule personne suffit pour réimaginer le possible et que certains changements politiques prennent des décennies. On a mis 18 ans a passer à des bus hybrides pour le parc de la ville de New York. En revanche, il n’a fallu que quelques mois pour analyser le plomb dans l’eau potable de toutes les écoles de New York. Beaucoup de choses sont possibles si c’est le bon moment politiquement. Mais afin d’en bénéficier, nous devons mobiliser beaucoup de gens pour créer un véritable changement et surveiller que nos politiques soient mises en œuvre de la façon voulue. Des groupes de justice environnementale y sont déjà parvenus de plusieurs façons. 
Nous avons créé des groupes de travail et des campagnes parmi les gens réellement concernés par les conséquences, ceux les plus affectés par les dommages ou les nouvelles politiques. Nous les motivons à prendre des décisions concernant l’environnement. Ces gens sont ceux qui ont le vécu et donc les meilleurs conseils sur l’adaptation au climat et sur la préparation à la résilience. Si leurs points de vue avaient été connus et pris en compte dans la préparation des mesures d’urgence faite par les institutions pour l’ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans, des milliers de familles n’auraient pas été bloqués sur leur toit à attendre les secours ou n’auraient pas dormi dans un stade. En effet, la ville aurait déjà su que les familles à faible revenu vivant dans les zones inondables n’avaient ni voiture pour quitter la ville ni carte de crédit pour se payer une chambre d’hôtel. 
Une autre tactique consiste à impliquer les gens dans des ateliers éducatifs pour les aider à mieux structurer l’information et à témoigner lors des audiences. Nous formons les résidents aux sciences participatives, où ils recueillent leurs données sur la qualité de l’air et de l’eau pour influencer les décideurs politiques et les élus. Ces responsables devraient donner les moyens à chaque communauté de développer un plan d’action pour le climat qui expose les problèmes et les mesures au niveau local face aux événements climatiques extrêmes. 
Nous avons élaboré de vigoureux programmes au niveau municipal, étatique et fédéral qui sont basés sur les points de vue et l’expérience de la communauté ainsi que l’évolution de la transition pour sortir des combustibles fossiles. Ces tactiques peuvent servir localement dans n’importe quelle communauté. En basculant vers les énergies renouvelables, on sait que l’insécurité énergétique touchera des millions de foyers en plus à cause de l’augmentation des factures. Pour décarboner les bâtiments, un investissement initial sera nécessaire pour moderniser les immeubles résidentiels des communautés en première ligne avant que tous les bâtiments ne soient pourvus d’électricité. 
Je vous mets au défi de créer le changement nécessaire en intégrant de l’impartialité et du vécu dans toutes les politiques gouvernementales et publiques. J’ai pour ambition d’agir sur la pollution historique en aidant les communautés en première ligne non pas à agir sur la pollution, mais à devenir des zones vertes. Des zones vertes où on encourage le solaire collectif, l’électrification, l’entreprise verte, les emplois décents et les coopératives de travail. Nous sommes aujourd’hui à un point d’inflexion où il est possible de réaliser cette ambition. L’administration Biden s’est engagée à mettre la justice environnementale au centre de toutes les politiques au moyen d’un décret qui redirige au moins 40 % des bénéfices des investissements fédéraux vers les énergies propres en faveur des communautés défavorisées. Il y a donc une opportunité de mettre en œuvre un processus de transformation responsable pour une distribution juste et équitable des bénéfices de l’initiative Justice40 aux communautés en première ligne, c’est-à-dire les personnes noires, de couleur et indigènes. Nous devons nous assurer que les investissements et les bénéfices reviennent aux communautés visées, vu la partialité et l’ambivalence de nombreux gouvernements. Si c’est bien fait, cela pourrait conduire à une transformation et briser le cycle de l’exploitation et de l’extraction. 
Chaque communauté, chaque communauté a le droit à un environnement sain. Il n’est pas nécessaire d’être un défenseur de l’environnement ou un leader de la justice climatique pour comprendre cette valeur. 
J’en appelle à votre compassion pour donner la priorité aux voix et aux points de vue de ceux qui sont les plus affectés par les risques environnementaux et le changement climatique. Nous pouvons laisser à tous un héritage basé sur la qualité de l’environnement et sur la résilience face au climat. Nous pouvons le faire et nous le devons. 
Merci. 
(Applaudissements) 
