Bonjour tout le monde, je suis ravi d’être là et je vous remercie de vous joindre à nous. En 2015, j’ai fait un TEDx Talk dans l’auditorium d’une école primaire, et à ma grande surprise, la conférence est devenue l’une des 10 les plus vues de toute l’histoire de TED. Mon discours portait  sur une découverte scientifique simple. On avait découvert que, lorsqu’on mène une étude sur des centaines de personnes durant toute leur vie adulte, on se rend compte que  les plus heureuses et en meilleure santé sont celles qui ont des rapports humains bienveillants et chaleureux. 
Aujourd’hui, je voudrais creuser le sujet avec vous et ainsi, voir comment les relations importent dans la vie et jouent un rôle sur la santé, et préciser quelles relations procurent le plus de bonheur, et quels outils on peut utiliser pour renforcer ces relations. 
Je dirige cette étude de Harvard sur le développement des adultes. À ma connaissance, c’est l’étude la plus longue jamais faite sur les mêmes personnes, puisqu’elle suit des gens depuis 1938. L’étude a suivi la vie des gens de l’adolescence jusqu’à la vieillesse, et elle suit maintenant celle de tous leurs enfants, des milliers de vies. Nous avons commencé à voir, il y a environ 30 ans, une corrélation surprenante entre les rapports humains chaleureux et le bonheur, le bien-être que l’on en ressent. Les relations sociales chaleureuses semblaient aussi permettre aux gens de mieux préserver leurs forces physiques et leur acuité intellectuelle en vieillissant. Au début, on ne croyait pas aux données. On se disait : comment est-ce possible que les relations sociales aient un lien avec le corps, avec la santé ? Puis d’autres études ont commencé à trouver la même chose. On observait que les gens étaient moins dépressifs, moins susceptibles d’avoir du diabète et des problèmes cardiaques, qu’ils guérissaient plus vite quand ils avaient de bonnes relations avec les autres. 
Alors on s’est demandé : comment est-ce possible, comment les rapports sociaux jouent-ils sur le bonheur et la santé physique ? 
Eh bien, une des meilleures théories, qui est maintenant plutôt bien prouvée, est basée sur le stress. Comme on le sait, le stress fait inévitablement partie de la vie. Le stress survient chaque jour, et on s’est rendu compte que de bonnes relations s’avèrent régulatrices de stress. Laissez-moi vous donner un exemple. Disons que quelque chose de frustrant m’est arrivé durant la journée et que je rumine à ce sujet, que j’y pense de manière négative. Je sens que mon corps  va vers la lutte ou la fuite, mon rythme cardiaque s’accélère, je commence à transpirer un peu et je ne me sens pas très bien. Ce qui se passe normalement, c’est que l’on revient à l’équilibre quand un facteur de stress disparaît. C’est comme ça que le corps est censé fonctionner. Mais qu’arrive-t-il si je rentre à la fin de ma journée frustrante et que j’ai quelqu’un à qui parler ? Quelqu’un au téléphone ou avec qui j’habite. Je sens littéralement  que mon corps se calme, que cette réponse de lutte ou de fuite s’évapore. 
Mais qu’arrive-t-il si je n’ai personne à qui parler, personne à appeler ? Ce qu’on voit, c’est que les gens isolés, tout seuls, n’ont pas ces régulateurs de stress issus des bonnes relations sociales, qu’ils restent en état chronique de lutte ou de fuite, que leur corps souffre de stress chronique, d’inflammation chronique et d’hormones de stress qui usent le bonheur et provoquent l’effondrement de différents systèmes de l’organisme. 
Quels types de relations sociales semblent essentielles au bien-être ? Voilà qui est intéressant. Nous nous sommes adressés aux personnes faisant partie de la première cohorte de notre étude. Nous leur avons demandé : « si, en pleine nuit, vous étiez malade ou aviez peur, qui appelleriez-vous ? » La plupart pouvaient lister plusieurs personnes à appeler en cas de problème. D’autres n’avaient personne, pas une seule personne sur Terre vers qui se tourner en cas de problème de santé ou d’angoisse. Ce que nous voyons, c’est qu’avoir au moins une personne dans la vie qui est vraiment là pour nous, vers qui on peut se tourner en cas de problème, c’est essentiel pour rester heureux et en santé. Quand nous avons demandé à ces mêmes personnes, quand elles avaient atteint 80 ans, d’analyser leur vie passée et de nous dire ce qui les rendaient les plus fières, presque toutes ont dit quelque chose ayant rapport avec les relations sociales. Elles n’ont pas dit « j’ai gagné plein d’argent » ou « j’ai gagné de grands prix ». Elles ont dit : « j’ai été un bon mentor », « j’ai été une bonne amie », « j’ai élevé des enfants en bonne santé », « j’ai été un bon partenaire ». Nous avons remarqué que ce qui semble importer le plus aux gens à la fin de leur vie, c’est la force et la chaleur de leur rapport aux autres. 
Voilà qui mène à la question : quels types de relations sociales sont bons pour le bien-être ? Certains ont demandé : « dois-je être intimement lié à quelqu’un pour mon bien-être ? » Absolument pas. Tous les types de rapports sociaux sont bons pour le bien-être : amitiés, connaissances, collègues de travail, contacts informels. La personne qui vous sert un café tous les matins au Starbucks ou au Dunkin’ Donuts, la personne à la caisse de l’épicerie, que vous voyez peut-être chaque semaine. Même parler aux étrangers est bénéfique. 
On a fait une expérience où on a demandé à des gens sur le point de prendre le métro de parler à un étranger, et on a demandé à d’autres gens de faire comme à leur habitude, d’être sur leur téléphone, d’écouter de la musique ou de lire. Les personnes qui devaient parler à des étrangers ne pensaient pas qu’elles aimeraient ça, mais à l’issue de l’expérience,  elles étaient plus heureuses que celles ayant juste pris le métro en solitaire. Donc, même parler aux étrangers nous donne un peu de bien-être, car c’est une relation sociale. 
On peut alors se demander : comment faire pour renforcer nos liens avec les autres ? C’est là que nous en sommes venus à penser à une sorte de forme sociale. Si on pense à la forme physique, on se dit : « je vais à la salle de sport, je m’entraîne, je fais une longue promenade, je fais quelque chose pour garder ma force et ma forme. » Puis on rentre, mais sans se dire : « c’est fini, je ne ferai plus jamais ça. » Nous savons que la forme physique découle d’une pratique qu’on doit maintenir dans la durée. Au final, c’est la même chose pour la forme sociale. En fait, nos amitiés, nos relations ne se maintiennent pas toutes seules, et même les bonnes relations ont besoin d’être soignées, d’avoir de l’attention. Il faut s’en occuper sans arrêt. 
Comment faire alors pour renforcer nos relations ? On peut agir de manière proactive, prendre l’initiative. Appeler un ou une amie et lui proposer une balade au lieu de passer deux heures de plus sur l’ordinateur portable en ce samedi après-midi. Établissez des habitudes avec les gens qui comptent le plus pour vous. Chaque samedi, passez un coup de fil ou prenez un café avec quelqu’un que vous tenez à voir régulièrement, rejoignez quelqu’un au centre sportif ou allez manger un midi avec un collègue. 
On peut aussi revigorer les relations de longue date, surtout avec les personnes avec lesquelles on vit. Vous savez, ces personnes  que l’on tient pour acquises. On peut leur proposer de faire quelque chose de nouveau : sortir en amoureux, faire une balade, si ce n’est pas déjà une habitude. L’autre chose qui fonctionne bien, surtout chez les personnes désireuses d’élargir leur cercle social, c’est de joindre un groupe  ayant des intérêts similaires. Devenez bénévole dans la communauté pour faire quelque chose qui vous tient à cœur. Cela peut être un club de jardinage, de bowling ou une cause politique. Il faut que vous ayez un intérêt, car vous serez avec des gens qui partage ce même intérêt, donc au bon endroit pour entamer des conversations qui pourront mener à des relations durables. Enfin, engagez de simples conversations de façon naturelle. Être à l’aise là-dedans, ça s’apprend, c’est un peu comme entraîner un muscle. 
Alors, maintenant, j’aimerais vous demander de faire une de ces choses, de faire un choix qu’on pourrait faire tous les jours. J’aimerais que vous fassiez ce choix maintenant. Voici mon défi pour vous : pensez à quelqu’un qui vous manque, que vous n’avez pas vu depuis longtemps, ou avec qui vous n’avez plus de contact, et avec qui vous souhaitez communiquer. Vous n’avez pas besoin d’avoir de raison précise. J’aimerais que vous preniez votre téléphone ou un autre appareil, maintenant, et que vous envoyiez juste un petit mot à cette personne. Cela pourrait être : « je pense à toi  et j’aimerais reprendre contact » ou vous pourriez dire quelque chose de plus personnel et attendre de voir ce qui arrive. Tant qu’à faire, on pourrait même avoir le temps de partager certaines des réponses que les gens recevront à la suite de cette démarche. Alors, pensez à quelqu’un et communiquez avec lui ou elle maintenant. L’objectif de ce simple exercice est de nous rappeler que même de petites actions peuvent avoir un effet domino qui joue sur notre bien-être. Ce sont des choses que vous pouvez faire chaque jour. 
Merci. 
Whitney Pennington Rodgers : Entrons dans le vif du sujet. Vous avez mentionné, au début de cette conférence que vous dirigez l’Étude de Harvard sur le développement des adultes et vous nous en avez donné un aperçu. Pourriez-vous nous parler de cette étude ? Sur quoi porte-t-elle ? Pourquoi a-t-elle commencé, qui en fait partie aujourd’hui ? 
Robert Waldinger : Bien sûr. L’étude a commencé en 1938 avec deux groupes : un groupe d’étudiants de premier cycle de l’Université Harvard et un groupe de garçons du centre-ville qui fréquentaient une école primaire ou secondaire et issus de familles à problèmes et très défavorisées. Dans chaque cohorte, on essayait de voir comment les gens arrivaient à suivre des voies de développement saines. L’idée n’était pas d’étudier ce qui n’allait pas bien dans leur vie, mais plutôt ce qui se passait bien, et voir quels facteurs étaient favorables au développement humain. Nous avons commencé avec des garçons, juste des personnes de sexe masculin, mais nous avons ajouté des femmes - aujourd’hui, plus de la moitié sont des femmes - et nous avons ajouté la deuxième génération. Nous avons commencé avec 724 personnes. Aujourd’hui, notre étude compte plus de 2 000 personnes et nous collectons encore des données. 
WPR : Ouah. Dans le livre dont vous parlez... les conseils que vous prodiguez et vos propos plein de sagesse ne sont pas seulement tirés de votre étude au vu du fait que vous venez juste d’y ajouter des femmes et des générations différentes. Pourriez-vous parler des autres biais et pourquoi il est important de se tourner aussi vers les autres études existantes sur la vie et le bonheur ? 
RW : Voilà qui est intéressant. Dans ce type de recherches, aucune étude à elle seule ne peut prouver quoi que ce soit. Il faut qu’il y ait plusieurs études sur plusieurs populations, sur des groupes ethniques  et culturels différents à des endroits différents. Il faut que plusieurs études pointent dans la même direction. Aujourd’hui, je peux vous faire de telles affirmations, car de nombreuses études en arrivent aux mêmes conclusions sur les bénéfices des relations humaines. 
WPR : Vous avez abordé le sujet de la santé en nous disant que certaines données montrent une forte connexion entre le bonheur et la santé. Plus exactement, qu’est-ce qui relie le bonheur à la santé ? 
RW : Ce que nous avons trouvé, c’est que le bonheur nous fait vieillir plus lentement et nous permet d’être autonome plus longtemps. Donc, les maladies de la vieillesse qui nous arrivent à tous, plus tard dans la vie, n’arrivent parfois jamais aux gens heureux éprouvant un sentiment de bien-être. C’est à cause de ce dont j’ai parlé il y a quelques instants, une sorte de baisse de l’inflammation et du stress chroniques. Ce que l’on a trouvé,  c’est que l’on ne peut garantir que l’on vivra plus heureux ou plus longtemps si on a de bons rapports humains, mais qu’ils font partie des ingrédients, tout comme prendre soin de sa santé, ne pas fumer, ne pas abuser d’alcool ou de drogues, faire de l’exercice régulièrement, se faire suivre par un médecin, avoir accès aux soins de santé, tous ces éléments qui comptent pour vivre en bonne santé. 
WPR : Vous commencez le livre avec une question. Vous dites : « Si vous deviez faire un seul choix de vie pour vous engager sur la voie de la santé et du bonheur, quel serait-il ? » D’après ce que vous venez de dire, on voit que la bonne réponse à la question est de favoriser les relations chaleureuses. Je voudrais revenir sur votre utilisation du mot « choix » et comprendre si le fait d’avoir ou non des rapports humains chaleureux est un choix délibéré. Autrement dit, y a-t-il des qualités intrinsèques qui permettent de socialiser facilement et qui font juste partie de la personnalité ? Peut-on décider de devenir sociable ? 
RW : C’est un point important, car nous sommes tous différents. Tout le monde n’a pas la même envie d’établir des liens. Certaines personnes sont introverties, et c’est très bien ainsi. C’est tout à fait normal. Les introvertis ne tiennent pas à avoir de nombreuses relations. Pour ces personnes, c’est épuisant de se trouver avec beaucoup de gens. Certaines ont juste besoin d’un ou deux liens relationnels. Tout le monde a besoin d’un peu d’interaction, et certains n’en ont pas besoin de beaucoup. Ce qui est préférable, c’est d’essayer de savoir ce qui est bon pour soi. Pour cela, il suffit d’être à l’écoute de soi-même pour se dire « voir du monde est très stimulant pour moi, c’est ça que je vais faire », ou bien « cela m’épuise de voir plein de gens. Avoir une conversation calme avec une seule personne est ce qui me stimule le plus dans mes relations interpersonnelles ». Chacun doit donc discerner ce qui lui convient. 
WPR : Quels sont les facteurs qui interviennent ? Y a-t-il des éléments liés à l’enfance susceptibles de faciliter les capacités relationnelles de l’adulte ? 
RW : Oui, les compétences relationnelles font partie du développement de l’enfant, que ce soit au sein de la famille, à l’école ou au terrain de jeux. On apprend à développer ces compétences, et à les améliorer une fois à l’âge adulte. Elles ne sont pas coulées dans le béton au sortir de l’enfance, c’est pourquoi il est important de trouver des moyens, comme ceux que j’ai suggérés, de pratiquer et d’améliorer ses compétences sociales parce que cela en vaut vraiment la peine. Cependant, si certaines personnes n’y parviennent pas, elles peuvent quand même  mener une belle vie, être heureuses et en santé sans pour autant être très sociables et extraverties. Je tiens à le mentionner pour que les gens ne se mettent pas à penser « je ne suis pas une personne extravertie, il n’y a rien à faire ». Ce n’est pas ça du tout. Dans l’étude, beaucoup de gens heureux ont mené une vie tranquille. 
WPR : Vous venez de nous donner des conseils sur la façon d’établir des relations chaleureuses, sur ce qu’il faut faire pour y parvenir dans cette idée de santé sociale. Je me demande comment on peut évaluer sa propre santé sociale, et comme vous le dites, savoir ce qui nous convient concernant le nombre d’amis à avoir. Est-ce possible d’entretenir des relations chaleureuses si on n’a pas l’intention de soigner sa santé sociale ? 
RW : La question de l’évaluation de la santé sociale consiste à se demander si on autant de relations sociales qu’on le voudrait. Si la réponse est non, qu’est-ce qui fait défaut ? Nos relations ne nous procurent pas toutes la même chose. Certaines de ces relations sont divertissantes, n’est-ce-pas ? Ce sont des gens avec qui on aime sortir et faire la fête. D’autres relations aident à apaiser les peurs, la peine ou l’inquiétude. Lorsque l’envie de parler se fait ressentir, on a besoin d’une bonne oreille, d’un bon conseil. Dans d’autres cas, on peut avoir besoin de quelqu’un qui va nous prêter un outil pour une réparation ou nous conduire chez le docteur. Donc, il faut que chacun évalue ce qui lui manque. Ensuite, il faut voir ce que l’on peut faire pour créer des liens avec des gens pouvant nous apporter ce dont on a le plus besoin. 
WPR : Justement, Tiana, une membre TED, demande comment on sait si une relation humaine est valable. Il faut comprendre ce que les voix nous disent, d’accord, mais y a-t-il d’autres choses à considérer pour savoir si la relation est saine, si elle est chaleureuse ? 
RW : On peut se dire que l’important, ce n’est pas d’avoir une relation toujours fluide, mais plutôt de sentir que l’on peut être authentique, que l’on peut rester soi-même dans la relation. Bien entendu, on ne se présente pas de la même façon au travail que devant sa propre soeur, par exemple. Cela dit, puis-je rester moi-même la plupart du temps ? Puis-je m’exprimer ? Et l’autre personne, peut-elle s’exprimer elle aussi ? Ce dont il s’agit en fait, c’est de se sentir reconnu, de se sentir vu, et non de sentir que l’on doit maintenir une façade derrière laquelle se cacher. Les meilleures relations sont donc celles dans lesquelles on peut rester soi-même. 
WPR : Vous avez parlé des relations amoureuses, amicales, et des fréquentations. Toutes ces relations sont importantes, mais pensez-vous que l’une d’elle compte plus que les autres, quel est votre point de vue là-dessus ? 
RW : Je vois ces relations comme des attachements sécurisants. L’attachement désigne le lien chaleureux qui rassure. C’est le : « qui appeler, en pleine nuit, si je suis malade ou effrayé ? » La façon dont je vois les choses ne dépend pas du rôle de la personne dans ma vie, comme un amoureux ou une patronne, mais dépend plutôt de : « ai-je le soutien de cette personne ? » C’est ce qui constitue, selon moi, le principal élément à prendre en compte dans le choix de nos relations. 
WPR : Nous recevons beaucoup de questions des membres, et je vais essayer d’en relayer quelques unes. Nancy, une membre TED, veut savoir si c’est possible qu’une personne foncièrement malheureuse puisse trouver le bonheur. 
RW : Oui. Merci d’avoir posé cette question. Dans notre livre, on rapporte quelques récits de vie. Il y a dans ce livre des histoires vraies de personnes dont les noms ont été changés pour des raisons de confidentialité. On raconte l’histoire de gens ayant vécu un changement majeur tard dans la vie. Des personnes isolées et pas vraiment heureuses qui ont, dans la soixantaine, découvert toute une communauté. À la salle de sport, un homme a joint un groupe dont il n’aurait jamais pu rêver. Voici le message que nous avons retenu de cette étude sur des milliers de vies : il n’est jamais trop tard. Ne pensez pas qu’il est trop tard pour vous, même si trouvez que cela ne vous a pas trop réussi avant. 
WPR : Bob, nous recevons des questions vous concernant. Je voudrais me tourner vers vous quelques instants. Je voudrais savoir si cette étude a changé votre façon de voir la vie et votre recherche du bonheur. 
RW : Oh, mon Dieu. Une des choses  qu’elle m’a aidé à comprendre, c’est que tout le monde a des problèmes. Voilà qui est très important pour moi, parce que je pourrais très bien me dire en regardant autour de moi qu’il y en a qui ont l’air de mener une vie facile et parfaite. Il est très utile de savoir qu’il n’y a personne sur cette Terre qui n’a pas de problèmes. Lorsque je comprends ça, je me sens moins seul. Voilà pourquoi, entre autres,  je veux faire passer ces messages, après avoir étudié des milliers de cas. Je pense aussi que mes priorités ont changé. En fait, je me rends compte qu’aujourd’hui, je peux décider de m’asseoir pour publier un autre article ou faire une autre tâche, ou bien je peux voir un ami que je n’ai pas vu depuis un mois. Je prends alors des initiatives pour m’occuper de mes relations sociales, et cela change beaucoup les choses. Voilà les deux aspects qui ont changé dans ma vie grâce à cette étude que je dirige. 
WPR : Nous avons une question d’une membre TED, Nesa. Elle demande : « Comme mère de deux jeunes enfants, j’aimerais savoir comment les aider à nouer des relations étroites et saines jusqu’à ce qu’ils soient adultes ? » 
RW : Comme parent, vous devez aider vos enfants à porter attention à la façon dont ils se sentent et à apprendre à utiliser leurs émotions de la bonne manière. Ainsi, ils apprennent à aimer ce qu’ils aiment et à s’y accrocher, même si ce n’est pas très en vogue. Un jour, une mère m’a dit que son enfant adorait la comédie d’improvisation. Il avait seulement 12 ans, et ses amis n’aimaient pas l’impro. Nous avons discuté de la manière de soutenir l’enfant pour qu’il aime ce qu’il aime et qu’il suive des cours d’impro. Donc, montrez à vos enfants que c’est correct d’aimer quelque chose, même si ce quelque chose n’est pas du goût de ses amis, pour qu’ils continuent à faire ce qu’ils aiment. Il faut apprendre aux enfants que c’est normal d’être triste que ça passera, que les émotions vont et viennent. C’est normal de ne pas être d’accord. Les familles et les parents peuvent servir de modèles pour les enfants. On peut ne pas être d’accord. On peut y travailler et continuer d’entretenir de bons rapports même en cas de désaccord. Une des plus belles choses à apprendre à nos enfants, c’est de faire bon usage de ses émotions, plutôt que les laisser nous dominer ou nous manipuler. 
WPR : Je me demande jusqu’où vous irez avec votre étude. 
RW : On collecte encore des données, à l’instant même, on recueille des données des descendants. Presque tous nos participants originaux sont décédés, et leurs enfants sont quasiment tous des baby boomers. Donc nous amassons des informations, y compris sur leur vie durant la pandémie. On veut aussi savoir quelle utilisation ils font des médias sociaux, un sujet qui suscite beaucoup d’intérêt. En ce qui concerne l’avenir, nous voudrions rendre ces données disponibles à de plus en en plus de chercheurs. Nous voulons collaborer, ce que nous faisons déjà, avec d’autres groupes de recherche. Nous leur proposons d’utiliser nos données et de poser des questions que nous n’aurions pas pensé poser. Nous disposons d’un trésor d’informations sur des milliers de vies, et nous comptons mettre en ligne les données publiques puisque le plus gros du travail a pu se faire grâce au gouvernement fédéral, au NIH, avec l’argent des contribuables. C’est pourquoi nous pensons qu’il est de notre devoir de rendre les données accessibles aux autres chercheurs qui veulent poser leurs propres questions sur nos données. 
WPR : Bob, vous avez parlé de tant de choses intéressantes pour tous les gens qui nous écoutent, qui essaient de comprendre. Pour finir, que voudriez-vous qu’ils retiennent ? Quant à ceux qui n’ont pas tout suivi, quel message voulez-vous transmettre avant que l’on ne se quitte ? 
RW : Si vous voulez faire seul un choix, aujourd’hui, pour être en meilleure santé et plus heureux, portez attention à l’amélioration de vos liens avec les autres. Vous en recueillerez les bénéfices pour les années à venir. 
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