Je dois faire un aveu. Je me sens coupable de voyager en avion. Je sais que je ne suis pas la seule. J’adore voyager, mais je suis consciente que ça nuit à l’environnement. 
Quand j’avais six ans, j’ai déménagé à Taiwan. Avec ma famille, nous sommes montés à bord d’un jet régional en Iowa et 30 heures plus tard, nous débarquions d’un 747 à Taiwan. Les avions nous avaient propulsés de l’autre côté du monde. J’ai été émerveillée par un monde nouveau. Le transport aérien, il construit des ponts et il nous connecte. Il permet à tous de vivre des vies et des expériences nouvelles. Mais il y a un prix à payer, et c’est le climat qui le paye. 
Quand j’ai commencé à m’intéresser au secteur de l’aéronautique, j’ai rapidement découvert qu’il représentait environ 2 % des émissions mondiales de CO2. Ce chiffre n’a l’air de rien, mais il pourrait atteindre 20 % en 2050 si aucune mesure n’est prise. Pour ceux d’entre nous qui prennent souvent l’avion, cela peut être la plus grosse partie de notre empreinte carbone individuelle. Ce voyage que j’ai fait à six ans, si je devais le refaire aujourd’hui, je devrais ne pas manger de viande pendant presque quatre ans pour compenser le carbone et les autres émissions du trajet. Ça explique pourquoi je suis partagée, et ça explique pourquoi je travaille dans l’aéronautique : je veux trouver comment décarboner le plus rapidement possible. 
J’ai ensuite appris ceci : la décarbonation de l’aéronautique n’est pas une tâche facile. Le kérosène standard fait parfaitement son travail. Il ne coûte pas cher et il est riche en énergie. C’est pourquoi les moteurs, les avions, les aéroports, l’approvisionnement et les réglementations se basent tous sur des avions qui volent d’un point A à un point B grâce au kérosène. Ces avions qui fonctionnent au kérosène sont en service 20 à 30 ans en moyenne avant d’être mis au rebut. Un avion commandé aujourd’hui volera donc jusqu’en 2050 environ. Les moteurs et les avions ne suffiront pas à nous en sortir. Si nous voulons une chance d’atteindre notre objectif «zéro émission», nous devons dès maintenant trouver la combinaison de solutions. 
Il y a trois vastes thèmes que nous devons aborder. Le premier concerne la conception et le pilotage des avions. Le second concerne les carburants utilisés pour les propulser. Le troisième concerne les nouvelles technologies qui peuvent complètement changer la donne. 
Commençons avec la façon dont nous concevons les avions. La conception de base d’un avion ne diffère pas tellement d’une génération à l’autre. L’amélioration de l’aérodynamique, la réduction du poids de la cabine et l’augmentation du rendement des moteurs permettent à chaque génération d’appareils de consommer 20 % moins de carburant que la précédente. C’est formidable, mais le renouvellement prend du temps et nous pouvons faire plus. Il est possible de piloter les avions autrement. Cela implique de modifier l’organisation des aéroports, le contrôle du trafic aérien et même le comportement des pilotes. Si un avion passe moins de temps sur la piste avant le décollage, les émissions sont réduites. Si un avion suit un itinéraire plus direct au lieu de contourner les frontières, les émissions sont réduites. Enfin, si les pilotes dosent l’accélération au décollage, les émissions sont aussi réduites. Ces changements ont l’air simples, mais ils ne le sont pas. C’est bien connu, essayer de modifier les comportements ne prend pas toujours. Quant à transformer les aéroports et le trafic aérien, la route est encore très longue. Mon équipe estime que si nous agissions vraiment en premier sur la conception et le pilotage, les émissions de CO2 seraient réduites de 30 à 40 % d’ici 2050. Nous devons le faire. 
Mais il faut aller plus loin. Nous avons besoin de biocarburants. Il faut, pour ces carburants durables du secteur aérien, des budgets et des matières premières. D’abord les matières premières. La base des biocarburants est organique : céréales et graines oléagineuses, résidus de bois, huile alimentaire usagée et même déchets solides communaux. Il est possible de transformer des ordures en carburant de manière à réduire nettement les émissions. Oui mais voilà, il n’y a pas beaucoup de résidus de bois, et il n’y a pas beaucoup de terres qu’on pourrait ou devrait convertir en cultures pour les carburants sans affecter les chaînes logistiques alimentaires mondiales. Ensuite le budget : les biocarburants sont chers. Ils coûtent plus cher que le kérosène standard et augmenteraient les prix des tickets de 10 à 20 % pour les usagers. Il faut aussi un investissement initial important pour construire des sites de production capables d’alimenter la filière. C’est le problème classique de l’œuf et de la poule, car les prix sont élevés et la demande est nulle. Sans demande, il n’y a pas d’approvisionnement. Et sans approvisionnement, pas de baisse de prix et pas de demande, et ainsi de suite. Heureusement, nous sommes en train de casser ce cercle vicieux. La Commission européenne vient de proposer un mandat pour les carburants alternatifs de 5 % d’ici 2030 et 20 % d’ici 2035. Une pression s’exerce même pour accélérer les choses. On est très loin du 0,01 % de biocarburant consommé en 2018. Mon équipe estime qu’en se concentrant vraiment sur les biocarburants, les émissions de CO2 seraient réduites de 10 à 30 % d’ici 2050. Il nous manque 30 %. Ce n’est pas suffisant. On n’atteindra pas les objectifs et ça n’éliminera sûrement pas ma culpabilité quand je songe à prendre l’avion. 
La troisième chose dont nous avons besoin réside dans la découverte, l’innovation et l’invention. Les carburants synthétiques sont comme les biocarburants, adaptés aux moteurs et aux conceptions actuels. Les carburants synthétiques ou le e-kérosène « prennent » du CO2 dans l’air le combinent à de l’hydrogène, séparé écologiquement de l’eau, pour être produits. La science est remarquable. Ce ne sont que les prémisses, c’est limité et c’est cher. Il y a aussi les avions hybrides et les avions électriques, ces petits avions fonctionnant sur batteries. D’ici 2050, ces avions pourraient parcourir de courtes distances. Il y a aussi l’hydrogène, l’hydrogène vert. Il y a les piles à combustible, ces batteries à hydrogène ; ou les moteurs à hydrogène, utilisant de l’hydrogène comme carburant. Ceux-ci sont prometteurs et nous devons continuer à investir. Les nouveaux carburants se marient bien avec le design des nouveaux avions, comme le fuselage intégré sans ligne de séparation évidente entre le fuselage et les ailes de l’appareil. Ces avions pourraient consommer au minimum 20 % de carburant en moins qu’un appareil classique. Ils permettent de repenser l’emplacement pour le carburant et d’adopter de nouvelles sources comme l’hydrogène. Alors ! 
Certaines de ces innovations fonctionneront et d’autres non. Nous allons peut-être devoir compter sur une très bonne élimination comme le captage et le stockage du carbone. Une chose est certaine : si nous voulons une chance d’atteindre le zéro émission, nous aurons besoin de ces technologies et probablement d’autres. Il y a des défis à relever : garantir la sécurité de ces technologies, investir des milliards et des milliards de dollars dans les sites de production et les chaînes logistiques de biocarburants et de carburants synthétiques, et s’assurer que chaque pays apporte sa contribution. Si cela semble difficile, c’est parce que ça l’est. Mais ce n’est pas impossible. Je pense qu’on peut y arriver. Le travail a déjà commencé. Le secteur innove, investit et collabore et ce dur travail doit se poursuivre et s’intensifier. 
Pendant que cela se produit, je resterai partagée. J’ai envie de voyager. J’ai envie de voir mes amis, ma famille et mes collègues. Alors je fais certaines choses. Je me demande : «Ce voyage est-il vraiment nécessaire ?» Mon travail en entreprise consiste à promouvoir les biocarburants, pour essayer de briser la spirale de l’œuf et de la poule. J’essaye de ne voler qu’avec les compagnies qui respectent le plus le climat et qui consomment le moins. 
C’est bien connu, les choix individuels peuvent conduire à une action collective. Ce secteur, comme beaucoup d’autres, est un secteur où tous les acteurs se doivent de travailler ensemble si nous voulons atteindre notre objectif. 
Merci. 
(Applaudissements) 
