On me demande tout le temps ce qui est le plus dur quand on grandit dans une famille d’accueil. 
J’avais 11 mois quand on m’a placé dans une famille d’accueil. Quand j’ai eu neuf ans, on m’a adopté. On m’a offert une nouvelle famille pour toujours. Mais ce fut loin d’être une famille aimante. On m’avait surnommé le nègre. Le frigo était hors d’atteinte. Ma famille veillait mieux au paiement qu’elle recevait qu’à moi. 
Quand j’ai eu 15 ans, j’en ai eu marre. Je savais que je devais prendre les choses en main. Alors, après avoir regardé « New York, police judiciaire » - 
(Rires) 
merci capitaine Olivia Benson - 
(Rires) 
j’ai compris une chose. Je devais trouver des preuves sur ce qu’il m’arrivait. Alors, j’ai fait des enregistrements avec un petit enregistreur que je collais sur ma poitrine et j’ai obtenu les preuves indispensables pour retourner dans le placement familial. 
Même s’il n’y a pas d’abus, le placement familial est une expérience difficile. On ignore ce qu’il va nous arriver. On nous place chez des inconnus pour créer une famille avec eux. Mais si on ne s’intègre pas, si on est un peu turbulent, on se retrouve dans une nouvelle maison, une nouvelle école, des nouvelles règles, on recommence à zéro 
Quand j’ai réintégré le placement familial à 15 ans, j’ai cru que c’était la fin de mes tourments. Mais ce fut le début de nouveaux tourments. Je ne suis pas retourné à la maison, je suis allé dans différentes maison, mais contrairement à beaucoup d’autres, on m’a placé dans un programme d’ONG où je me suis préparé à vivre seul. 
Le placement familial ne remplit pas bien sa mission d’éducation des enfants. La jeunesse placée non suivie a deux à trois fois plus de risque de subir des conséquences négatives telles que le sans-abrisme, l’incarcération ou le trafic sexuel. Le coût mental est grave. En comparaison avec les anciens combattants, la jeunesse placée présente deux fois plus de risque que ceux-ci de vivre avec et souffrir de TSPT. 
C’est pour cette raison que j’ai lancé « Think of Us » [Pense à nous], face à ce résultat affligeant du placement familial. Le système est mal conçu. Alors, on aborde le problème sous un autre angle. On fait participer ceux qui sont concernés. On pose des questions, on écoute. L’expérience collective de milliers de personnes touchées par le placement sont autant de données et de connaissances qui font que nous savons désormais ce qui ne fonctionne pas et nous permettent de déterminer par où commencer. On travaille avec des dirigeants de tout le secteur, des personnes qui ont l’expérience, pour définir de nouvelles solutions. Ensuite, on fait tout ce qu’il faut pour mettre en œuvre ces solutions. 
Voici un exemple. Beaucoup d’adolescents placés dans des familles d’accueil nous ont dit avoir été mal placés dans des foyers collectifs. C’est comme si le système n’avait aucune solution de placement pour ces enfants. Alors, on a envoyé nos chercheurs investiguer. Et on a découvert que la majorité de ces enfants avait en fait des membres de la famille élargie auprès desquels ils auraient pu vivre. 
De surcroît, ils avaient également traversé des expériences très traumatiques. On a réuni ces voix ensemble pour les faire entendre. Les vibrations de la vérité qu’ils nous ont relatée étaient si fortes que cela nous a permis d’ester un procès auprès de la division des Droits civils du département de la Justice des États-Unis. Cela a permis de nourrir un dossier d’enquête par le Sénat américain sur les abus institutionnel perpétrés par ces foyers à but lucratif. Cela a permis de préparer un amicus curiae qui fut transmis à la Cour Suprême des États-Unis. Tel est le pouvoir de l’expérience vécue. C’est la clé de la transformation. 
Ces huit dernières années, nous avons écouté des milliers de jeunes personnes. Et il est manifeste qu’il y a un élément central que nous devons transformer. C’est la personne avec laquelle les enfants placés vont devoir vivre. Les proches. Nous pensons qu’ils peuvent transformer le vécu du placement familial. 
Une prise en charge par la famille de sang est possible quand un enfant peut vivre avec un membre de sa famille élargie ou un adulte qu’il connaît déjà, un adulte qui les aime. Il peut s’agir d’un membre de l’église, ou d’un ami proche de la famille. 
Et nous savons désormais, et cela est appuyé par la recherche, que quand les enfants sont placés chez des proches, ils s’en portent mieux, du point de vue de la santé mentale, de leur stabilité ou de leur scolarité. Pourtant, seulement 35% des jeunes qui sont placés dans des familles le sont chez des proches. Mais il pourrait en être autrement. 
Dans un État et en partenariat, nous avons proposé et mis en œuvre des solutions simples, comme demander aux jeunes avec quels adultes de leur famille ils devraient vivre. 
(Rires) 
J’aurais aimé vous dire une chose moins simple. Mais c’est une solution. 
(Rires) 
On demande, on avance et on demande des assistants sociaux des approbations supplémentaires s’ils proposent de placer un jeune ailleurs que chez un proche. Quel est le résultat ? Le premier placement de jeunes dans une famille d’accueil qui s’avère être un proche, est passé de 3% à 40% en deux ans seulement. 
(Applaudissements) 
On a étudié un autre État et constaté que, dans un comté, ils avaient été capables de trouver des proches pour accueillir 80% des enfants placés. Alors, l’idée que les jeunes n’ont pas d’adulte dans leur vie pour les accueillir, n’est pas vraie. 
Voici ce que cela signifie : quand le système est convaincu que les enfants devraient grandir dans leur famille, devinez ! Les enfants sont vraiment élevés dans leur famille. 
J’avais presque 30 ans quand ma sœur m’a téléphoné alors que je visitais New York. Elle m’a annoncé que dans trois heures, la famille du côté paternel allait organiser une réunion de famille. Or ils ignoraient mon existence. Et j’ignorais la leur. 
Alors, je me suis précipité à Harlem, j’ai traversé le parc en scrutant toutes les familles présentes et me demandant laquelle était la mienne. Quand je suis enfin arrivé, aucun mot ne peut décrire cet instant. Ils furent gentils. Ils furent accueillants. Ils furent curieux de qui j’étais. 
Et en 90 minutes, tout a changé. J’ai découvert que j’avais quatre tantes et oncles, qui accueillaient des jeunes depuis bien avant ma naissance. Alors, tout ce que j’ai pu faire, c’est aller dans ma poche, sortir mon téléphone, ouvrir Google Maps et localiser ma dernière famille d’accueil. 
C’était à à peine 100 km. Toute ma vie, j’ai vécu à 100 km et faute de quelques questions sans pouvoir être élevé par des personnes qui auraient pu m’aimer, qui auraient pu être ma famille. 
Le plus triste dans cette histoire, c’est que je ne suis pas un cas unique. Chaque année, des centaines de milliers d’enfants entrent dans le système de placement familial mais sans rejoindre leur famille. Pour autant, cela pourrait être autrement. Le système consacre annuellement plus de 30 milliards de dollars pour moins d’un million de familles. C’est amplement suffisant pour veiller à trouver une famille, les aider, et pour que chaque enfant vive dans une famille aimante. 
Aujourd’hui, une grande occasion se présente de changer le système, avec une décision fédérale qui permettra facilement aux personnes qui ont un lien avec un enfant de se présenter et dire : « Je suis prêt à le faire » et obtenir le soutien. Si cette décision est entérinée, on sera témoin d’un glissement de trois milliards de dollars du système traditionnel de placement vers un accueil par les proches. Quand on travaille avec ces idées folles que sont : « faisons une norme de l’accueil par les proches », cela devient possible. 
Je souhaite vous quitter avec trois sujets de réflexion. Numéro un : je suis venu sur cette scène avec une idée vraiment très simple. Les enfants devraient être élevés dans leur famille. Comment remplacer la majorité des placements par un accueil par les proches ? 
Numéro deux : Comment utiliser ceux qui ont été touchés, ceux qui ont vécu le placement, à faire de l’accueil par les proches la nouvelle norme au moment de la concevoir et dérouler ? 
Et enfin, je tiens à vous dire que nous avons besoin d’aide. Nous avons besoin d’alliés. Nous avons besoin de vous pour défendre ensemble notre cause. Pas besoin d’être spécialiste du sujet pour savoir quel est le pouvoir de la famille et que chaque enfant devrait être élevé par sa famille ou quelqu’un qu’il connaît quand cela est possible. 
Je l’affirme sans crainte : nous avons atteint un momentum. Et si on exerce une toute petite pression supplémentaire, maintenant, on pourra devenir témoin d’une nouvelle réalité où quand un enfant doit être placé en famille d’accueil, la première chose à laquelle on pensera, ce sera la famille élargie et les personnes qu’il connaît. Et si on atteint cet objectif, on pourra garantir littéralement à des millions d’enfants de sortir du bus scolaire, de rentrer à la maison, de regarder les membres de sa famille, les personnes qu’il connaît, et de dire : « On m’aime. » 
Merci. 
(Applaudissements) (Encouragements) 
