Combien d’argent avons-nous besoin pour éliminer une grande partie du dioxyde de carbone présent dans notre atmosphère ? Et quels sont les mécanismes que nous devrions utiliser pour dépenser tout cet argent ? 
Je suis directrice de la durabilité chez Shopify, une entreprise peut-être peu connue, mais avec laquelle vous interagissez chaque jour car notre technologie alimente des millions de détaillants en ligne. En 2019, nous avons décidé de devenir une entreprise neutre en carbone et de rendre des comptes pour toutes nos émissions passées. Plutôt que d’acheter des crédits carbone classiques qui paient simplement quelqu’un d’autre pour qu’il ne pollue pas autant que nous, nous avons vraiment voulu éliminer nos émissions. Il est rapidement devenu évident que les technologies d’élimination du carbone, ces solutions qui capturent le dioxyde de carbone de l’atmosphère et le stockent en sécurité, étaient onéreuses et rares. Ainsi, dans le but de stimuler ce marché presque inexistant, nous avons lancé notre fond durable et nous sommes engagés à investir un minimum de cinq million de dollars, chaque année, dans les solutions les plus prometteuses. 
Alors, nous avons bien entendu besoin de réduire fortement nos émissions, ce n’est pas la question. Mais en même temps, nous devons tout mettre en œuvre pour que le monde soit capable d’extraire 10 gigatonnes de dioxyde de carbone de l’atmosphère chaque année, d’ici 2050. 
À l’époque, cinq millions représentait une grosse somme, d’autant plus que la technologie n’en était qu’à ses débuts. Nous pensions que notre action avait un impact. Mais nous nous sommes retrouvés dans une impasse. Nous ne pensions même pas à la bonne échelle. Nous devons développer des infrastructures massives pouvant extraire un million de tonnes de dioxyde de carbone de l’air chaque année, et nous devons en construire des milliers. Et pour y arriver, chaque projet d’unité a besoin d’un financement d’un milliard de dollars. 
Pour mettre cela en perspective, notre budget annuel de cinq millions de dollars pourrait financer l’élimination de 10 000 tonnes de carbone. C’est infime. C’est seulement un pourcent de la capacité annuelle d’une unité dont on a besoin. Comme je le disais, nous avons besoin de milliers d’unités. Nous avons donc appris que pour agir pour le climat et construire l’infrastructure requise, nous avons besoin de plus d’argent, beaucoup plus d’argent. Et pour y arriver, nous avons besoin de collaborations et de structures qui exploitent le pouvoir considérable du capital pour créer des effets encore plus importants. 
J’aimerais vous parler de ce que l’on a fait ensuite. C’est un mécanisme que nous avons lancé avec quatre autres entreprises. C’est un AMC, c’est-à-dire une garantie de marché. Cet accord est conçu pour garantir un marché futur pour l’élimination du carbone en réduisant les risques de l’investissement en R&amp;D et des dépenses nécessaires à la mise à l’échelle et à la croissance de l’industrie. 
Alors, je pense que c’est une approche prometteuse parce qu’elle n’est pas nouvelle. les AMC ont été utilisés auparavant dans le secteur de la santé pour inciter et accélérer le développement des vaccins. Ils ont fonctionné essentiellement en garantissant la viabilité économique de la production en fixant un prix à l’avance. De cette manière, les entreprises ont pu justifier les ressources de R&amp;D nécessaires au développement du vaccin ainsi que les coûts associés à sa mise sur le marché. Elles devaient juste savoir que quelqu’un allait acheter leur produit à un prix fixe. Cet AMC emprunte l’idée d’un achat garanti pour essayer d’accélérer le développement et la mise à l’échelle de l’élimination du carbone. 
Et pour ce faire, nous avons mis en place un fond, et c’est un fond plutôt important. Il représente presque un milliard de dollars, et il s’appelle Frontier. Mais Frontier doit surmonter les différences importantes entre le développement de vaccins et l’élimination du carbone. 
Premièrement, les vaccins sont développés depuis longtemps, ce qui a permis de mettre au point la chaine d’approvisionnement, l’infrastructure, les questions opérationnelles et règlementaires. Mais l’élimination du carbone est une industrie relativement nouvelle qui fait face à ces obstacles. Par exemple, beaucoup de technologies d’élimination du carbone ont besoin d’électricité propre, car si ce n’est pas le cas, elles émettent plus de carbone qu’elles n’en capturent. Mais l’électricité propre n’est pas encore à l’échelle par rapport au besoin. 
Deuxièmement, les vaccins sont développés par des entreprises établies disposant d’équipes de R&amp;D et d’une grande expérience. Aujourd’hui, l’élimination de CO2 existe sur papier, en laboratoire ou au stade de démarrage. Seule une poignée d’entreprises dans le monde, à l’heure actuelle, vont un peu plus loin. 
Troisièmement, les usines de production de vaccin existent déjà à grande échelle. Mais pour l’élimination du carbone, la plus grande installation en activité est l’usine Orca de Climeworks en Islande. Elle a une capacité annuelle de 4 000 tonnes, soit plusieurs ordres de grandeur de moins que nos besoins. Cela signifie qu’aujourd’hui, il n’existe aucune entreprise ou installation en activité qui puisse répondre à la demande de Frontier. 
Pour résumer, tout ce dont les entreprises avaient besoin comme motivation pour le développement de vaccins était des dollars. Elles avaient tout le nécessaire pour agir et répondre. Mais aujourd’hui, l’élimination du carbone a besoin de bien plus. Bien qu’il existe de nombreuses approches différentes, je crois qu’il s’agit d’un signal de marché important que Shopify,  aux côtés de Stripe, Alphabet, Meta et McKinsey Sustainability se soient engagés à acheter ensemble presque un milliard de dollars du produit. Mais l’écosystème de l’élimination du carbone est sous-développé. Même si Frontier aide principalement à garantir tout l’investissement nécessaire pour développer l’élimination du carbone, il s’agit d’une application imparfaite du mécanisme de garantie de marché, parce que l’écosystème de l’élimination du carbone est sous-développé. Cependant, c’est exactement ce que nous devons faire pour booster le progrès en accélérant l’innovation. Il est tellement important de prendre le risque et d’expérimenter. Et en tant qu’acheteurs de l’élimination de carbone, nous avons l’opportunité de se démarquer et de faire notre part pour construire l’avenir et c’est ce que fait cet engagement. 
Maintenant, nous avons Frontier, qui crée la demande en fournissant des capitaux et des ressources par le biais du mécanisme de la garantie de marché. Mais qu’en est-il de l’autre partie de l’équation ? Nous avons aussi besoin d’une stimulation de l’offre. Pour commencer, en plus du lancement des nouvelles entreprises dans le secteur du climat, nous avons aussi besoin d’entreprises issues d’industries existantes avec des compétences transférables, prêtes à sauter le pas et développer l’élimination du carbone. Je veux parler, et ne vous fâchez pas, d’industries comme le pétrole et le gaz, l’exploitation minière, les industries de production, les infrastructures et l’électricité, qui ont toutes une grande expérience dans la construction d’importants projets. C’est l’énorme échelle dont nous avons besoin et dont je parlais au début. En plus de cela, nous devons aussi construire un système de gestion solide pour s’assurer que ces technologies d’élimination de carbone éliminent plus de dioxyde de carbone qu’elles n’en émettent. C’est un peu dans la lignée de l’assurance qualité, du contrôle qualité et des procédures d’essais sur lesquels nous nous appuyons pour s’assurer de la sûreté des vaccins et de leur efficacité. Mais surtout, nous devons mettre la chose en pratique plutôt que d’essayer de la rendre parfaite sur papier. Si nous n’essayons pas, nous ne pouvons pas apprendre, et si nous n’apprenons pas, nous ne pouvons pas itérer et améliorer. Cet AMC ne filtre pas les technologies. Frontier crée la demande, mais ne précise pas quelle technologie devrait être utilisée pour y répondre. Elle précise la norme de qualité attendue afin d’assurer qu’une élimination réelle et permanente du carbone a été effectuée au prix convenu. 
Nous espérons que cet accord encourage l’expérimentation et des itérations rapides qui devraient vite séparer les solutions prometteuses de toutes les distractions. J’aimerais maintenant ancrer cela dans la réalité avec trois exemples solides d’entreprises qui sont sur la bonne voie et dont certaines sont en train d’éliminer du carbone. 
Nous avons d’abord Climeworks en Islande. Ils utilisent des machines de capture directe pour filtrer le dioxyde de carbone de l’atmosphère et le stocker. Ils ont maintenant développé leur prochaine installation à grande échelle qui devrait être capable d’éliminer 36 000 tonnes de CO2 de l’air. 
Ensuite, nous avons Running Tide, qui fait pousser du varech dans l’océan pour emprisonner du carbone qui a été capté par photosynthèse. Ils travaillent actuellement sur leur premier déploiement à échelle, et construisent en même temps tous les systèmes de mesure, de quantification et de surveillance. 
Et troisièmement, nous avons Heirloom, qui projette d’accélérer la capacité naturelle du calcaire à réagir avec le dioxyde de carbone pour le capter et le stocker. Ils planifient de le faire en accélérant les taux d’absorption naturels de la roche d’environ un an à juste quelques jours. Ils sont sur le point de lancer leur première installation à l’échelle commerciale aux États-Unis en 2023. 
Il existe beaucoup d’autres entreprises qui commencent à émerger et que j’aurais pu mentionner. Toutefois, dans les trois exemples cités, vous pouvez voir la diversité des solutions. Et nous ne filtrons aucune solution. Tout ce qui compte, c’est qu’elles atteignent les résultats dans le cadre des paramètres fixés. 
Maintenant, avant de terminer, je dois répondre à la question de nos propres opérations. Pour commencer, Shopify est une entreprise neutre en carbone. Nous nous sommes engagés à stimuler le marché de l’élimination du carbone. Notre métier est d’aider des millions d’entrepreneurs à réussir. Et aujourd’hui, ils sont confrontés à de nombreux défis. Nous avons l’opportunité de les aider à devenir neutres en carbone et à tirer profit de l’élimination du carbone pour protéger leurs activités de l’avenir, ce qui, en retour, protège la nôtre. Maintenant, tous n’ont pas d’équipes dédiées au climat. Mais nous avons l’opportunité de partager notre expérience et expertise avec eux. 
Ce qu’on essaie de faire, c’est de prendre tout ce qu’on a appris sur la réduction et la gestion des émissions de Shopify, sur la sélection et l’achat des produits d’élimination du carbone de haute qualité et de prendre ces leçons et de les mettre sur notre plateforme pour les rendre disponibles à tous nos marchands. Cela contribuera non seulement à réduire les émissions, mais aussi à créer le marché sur lequel s’appuieront toutes ces nouvelles entreprises d’élimination du carbone qui se développent en réponse à la demande de Frontier. C’est une boucle de rétroaction qui stimulera l’innovation et favorisera le développement de l’élimination du carbone à l’échelle dont le monde a besoin. 
Merci. 
(Applaudissements) 
