Il y a quelques mois, j’ai donné le mot de passe de mon compte Twitter pour permettre à une personne paralysée de tweeter ses pensées. Mais je le dis littéralement. Philip O’Keefe ne peut pas taper avec ses doigts comme vous et moi, mais grâce à un minuscule implant cérébral, il a pu envoyer les tweets suivants. 
« Bonjour le monde ! Court tweet. Progrès monumental. 
Pas besoin de taper ou de parler. J'ai créé ce tweet juste en le pensant. 
Mon espoir est que j’ouvre la voie pour que les gens puissent tweeter par la pensée. Phil. » Vous pensez sans doute qu’il y a des gens 
qui ne devraient pas être autorisés à tweeter directement depuis leur cerveau. 
(Rires) 
Je suis d'accord. Mais pour les paralysés ou les handicapés, cette technologie peut changer leur vie. 
Je suis très heureux de vous présenter Philip et Rodney. Ils sont atteints d’une maladie neurodégénérative, la SLA, qui les empêche de bouger leurs mains ou de parler distinctement. Ils peuvent désormais envoyer des SMS grâce à une interface cerveau-machine ou ICM. Voici les signaux du cerveau de Philip sur l’écran. Ils sont connectés à leur ordinateur par Bluetooth. Le dispositif est entièrement internalisé, invisible pour le monde extérieur, et ils apprennent à contrôler le clavier avec des clics provenant directement de leur cerveau. 
Les ICM évoquent des images de science-fiction, comme « Matrix », avec un câble relié à votre cerveau par un trou dans votre crâne. Mais je vais vous montrer que l’avenir peut être beaucoup plus élégant que cela. 
Nous avons lancé une discussion de groupe, ce qui semblait une bonne idée jusqu’à ce qu’on commence à m’asticoter au sujet de TED. 
(Rires) 
Ce qu'ils ont trouvé hilarant. Merci pour le soutien, les gars, foutus Australiens. 
(Rires) 
Vous voyez que taper de cette façon est encore assez lent, mais c’est comme l’accès à Internet au tout début. C'est une nouvelle loi de Moore. Nous ne faisons que commencer. 
(Rires) 
(Applaudissements) 
Voici Philip. 
C’est le rêve des patients, des soignants, des médecins et des scientifiques, depuis des décennies, et pour de bonnes raisons. Par exemple, quelqu’un qui a perdu l’usage de ses mains à la suite d’un AVC, d’une lésion de la moelle épinière, d’une sclérose en plaques ou d’une paralysie. Il existe plein de cas différents, du handicap mineur au danger de mort. Pendant mon internat en neurologie, j’ai soigné un homme qui avait la quarantaine. Il avait eu une attaque et développé un syndrome d’enfermement. Il ne pouvait plus bouger son corps, sauf ses yeux de gauche à droite. Son cerveau fonctionnait toujours. Il pouvait voir, entendre, penser et ressentir comme d’habitude, mais il ne pouvait plus bouger ni parler. Dans des circonstances horribles, nous avons soutenu son souhait de ne plus être maintenu en vie. Depuis, je me demande s'il n'y avait rien d'autre à faire. 
La connexion est un besoin humain fondamental. Tant de nos patients ont perdu la capacité de parler, sans parler de taper, pendant des années, et ils veulent si désespérément renouer avec leur famille, avec leurs proches. Vous savez quelle demande nous recevons le plus ? Les SMS. Et puis les emails. Le contrôle de leur smartphone. Et, horreur, les médias sociaux. Nous avons beaucoup parlé ces derniers temps des défauts de ces technologies, mais pour les personnes paralysées, c’est un retour à la vie. Les ICM rendent tout cela possible. 
Une partie du problème est que les ICM nécessitent généralement une chirurgie invasive. Voici l'Utah Array. Il est conçu de la même manière que tous les autres ICM en développement, qui nécessitent de planter des aiguilles directement dans le cerveau. C'est la base de la recherche fondamentale de ces 20 dernières années et la première preuve que cette technologie peut vraiment fonctionner. Mais pour les patients, cela signifie une opération à cerveau ouvert, qui implique d’ouvrir le crâne avec une scie. Il n’y a qu’environ 150 neurochirurgiens en activité aux États-Unis qui sachent effectuer cette procédure. Outre le fait que la récupération est délicate, le cerveau n'aime pas vraiment qu'on lui plante des aiguilles. Il développe cette réaction immunitaire de rejet des tissus étrangers avec le temps. 
Je me demande donc s'il n'y a pas une autre porte d'entrée dans le cerveau. Et il y en a une, une porte secrète. Les vaisseaux sanguins sont les autoroutes naturelles du cerveau. Ce sont des tubes creux qui relient tous les recoins du cerveau. La plus grosse veine, en haut, est juste à côté du cortex moteur. L’endroit précis auquel nous voulons nous connecter pour rétablir le contrôle du monde extérieur. C’est cool, non ? 
Nous savons déjà comment voyager dans les vaisseaux sanguins. On le fait depuis 40 ans, surtout pour aller vers le cœur. Si quelqu’un ici a eu une crise cardiaque, il y a de fortes chances qu’on lui ait posé un stent. Un stent est un échafaudage métallique délivré par un cathéter, qui s’ouvre comme une fleur dans le vaisseau sanguin. Des millions de stents sont posés chaque année, pas au bloc opératoire, mais dans un « Cath lab », ou laboratoire de cathétérisme. Il est désormais courant dans un cath lab de naviguer jusqu’au cerveau en passant par les vaisseaux sanguins. Et il y a 2 500 médecins qui peuvent maintenant naviguer jusqu'au cerveau. Mais ce qui est vraiment étonnant, c’est que pour les ICM, nous savons déjà qu’elles peuvent être laissées à l’intérieur d’un vaisseau sanguin, que les cellules se développent dessus, l’incorporent comme un tatouage sous la peau, et que nous sommes protégés de cette réaction immunitaire. C’est en partie pourquoi notre équipe est devenue la première à recevoir le feu vert de la FDA pour mener des essais cliniques sur une ICM implantée de façon permanente. 
(Applaudissements) 
Nous devions donc trouver un moyen de placer un capteur, relié aux liaisons transversales du stent, qui pourrait enregistrer cette activité cérébrale. Pour ce faire, nous avons dû complètement revoir la fabrication du stent. Voici le résultat final. Je pense que c'est très beau. Ensuite, nous l'avons relié à un câble qui fait sortir l'information du cerveau et nous avons fait en sorte que le tout puisse être délivré dans le cath lab. Ainsi, nous pouvons rendre l’ICM accessible non pas à des milliers, mais aux millions de personnes qui ont besoin de cette technologie. 
Donc ce n’était pas facile, ça nous a pris dix ans, mais je suis très excité de vous le montrer. Nous l'avons appelé le Stentrode. 
(Applaudissements) 
Graham Felstead, un être humain incroyable, souffrant de SLA, est devenu la 1e personne à recevoir et à utiliser une de ces interfaces cerveau-machine. Et il a très généreusement offert à vous, au monde entier, une chance de voir à quoi ressemble l’intérieur de son cerveau. Voulez-vous voir ? 
Public : Oui ! 
TO : Voir cette vidéo pour la 1e fois a été l’un des moments les plus incroyables de ma vie. J’étais dans le cath lab, le Dr Peter Mitchell venait de terminer l'opération et vous pouvez voir le contour du dispositif à l'intérieur du vaisseau sanguin. Cela s'est affiché à l'écran et j’ai eu l’impression d’être témoin de quelque chose de nouveau. J’ai eu des frissons dans le dos, je les ai encore en y repensant. Je me suis tourné vers mon collègue et ai dit quelque chose de poétique et profond : « Pete, putain de merde ! » 
(Rires) 
Une chose encore plus étonnante s’est produite 2 heures après. Graham s’est réveillé, et a demandé : « Suis-je vivant ? » Notre infirmière a fondu en larmes de soulagement. C'était un moment phénoménal. 
Une fois qu’elle est en place, l’ICM est connectée à cette minuscule antenne, sous la peau, dans la poitrine. Elle recueille les données du cerveau et les envoie sans fil hors du corps pour les connecter à des appareils externes. Il est toujours allumé. Un peu comme votre cerveau est censé fonctionner. 
Voici comment cela fonctionne. Nos ingénieurs travaillent avec le patient pour décoder des mouvements spécifiques. Donc on lui dit : « Appuyez sur votre pied. » Et il va appuyer sur son pied de façon répétée. Vous ne verrez pas le pied bouger parce qu’il est paralysé, mais nous avons pu déterminer quels signaux cérébraux sont généralement liés à « Appuyez sur le pied ». La ligne pointillée noire représente l’instant où il appuie, et vous pouvez voir que le signal cérébral est différent avant et après, ce qui signifie que nous pouvons transformer cela en interrupteur. On répète ça avec différents types de mouvements, par exemple ouvrir-fermer la main ou faire la pince avec ses doigts. Cela peut sembler peu, mais ces mouvements deviennent la base de chaque interaction nécessaire au contrôle d’un appareil numérique. Convertis en clic, haut, bas, gauche, droite, menu, retour, etc. Ce qui est vraiment étonnant, c’est que dans une certaine mesure, ce processus et les signaux de notre cerveau sont universels. Le signal cérébral pour « Appuyez sur votre pied » est le même chez moi que chez vous. Nous sommes en train de créer un dictionnaire du cerveau pour tous les humains. Cela va permettre de répandre largement l’ICM. 
Comme me l’a dit un jour Philip : « C’est un peu comme apprendre à faire du vélo. Il faut un peu de pratique, mais quand vous roulez, cela devient naturel. Maintenant, il me suffit de regarder sur l’écran où je veux cliquer et me voilà en train de twitter. » Graham a déclaré, alors que sa SLA progressait, que cela lui apportait un réconfort de savoir que même si son corps était défaillant, il serait toujours en mesure de dire à sa femme qu’il l’aimait. 
À l'avenir, je suis enthousiaste à l’idée des percées que l’ICM apportera à d’autres maladies comme l’épilepsie, la dépression et la démence. Mais au-delà de ça, qu’est-ce que cela va signifier pour l’humanité ? Ce qui m’a vraiment fait réfléchir à l’avenir de la communication. Prenez l'émotion. Avez-vous déjà pensé à quel point il est difficile de l’exprimer ? Vous devez réfléchir, formuler votre émotion en mots, puis utiliser les muscles de votre bouche pour les prononcer. Mais vous voulez simplement que quelqu'un sache ce que vous ressentez. Pour certains malades, c'est impossible. Que se passerait-il si, au lieu d’utiliser vos mots, vous pouviez envoyer votre émotion pendant quelques secondes seulement ? Et faire en sorte qu'ils ressentent vraiment ce que vous ressentez. À ce moment-là, nous aurions compris que l’utilisation des mots pour exprimer un état d’esprit serait toujours insuffisante. Tout le potentiel du cerveau serait alors libéré. 
Mais pour l'instant, l’ICM consiste à redonner vie à des millions de personnes paralysées. Après des années où elles se sont senties piégées, cette technologie promet le retour de l'autonomie et de l'indépendance. Mais je parle surtout de dignité. 
Merci. 
(Applaudissements) 
