(En innu-aimun: Bonjour). Je suis Valérie Courtois et je viens de la communauté ilnue de Mashteuiatsh, située à Pekuakami ou Lac Saint-Jean, le cœur de ce qui est maintenant le Québec. C’est un honneur d’être ici  avec vous ce soir. Ma collègue et bonne amie, l’honorable Ethel Blondin-Andrew, la première femme autochtone  à être élue au parlement du Canada et à faire partie du gouvernement, a partagé avec moi  des paroles sages : « On reconnaît un bon leader s’ils quittent une pièce  remplis de plus d’espoir que lorsqu’ils sont arrivés. » Je suis ici avec vous ce soir pour tenter de réaliser cette aspiration. Pour vous laisser de l’espoir. Nous en avons besoin plus que jamais. Notre maison, notre magnifique mère commune, notre planète est en pleine crise écologique. Nous, les humains, la transformons à un tel point que nous risquons la survie de millions d’espèces. En conséquence, nos sociétés connaissent aussi une crise analogue alors que nous nous efforçons de nous adapter au rythme et à l’ampleur anormaux du changement. 
Mes terres, appelées Nitassinan, subissent aussi ces changements. C’est une zone rude mais d’une beauté saisissante de la forêt boréale. Nitassinan est au maximum de sa forme quand il fait froid. Cependant, nous observons des changements extrêmes dans la glace et chez des espèces importantes comme les caribous. Quand j’allais dans le Labrador, il y a 20 ans, je devais m’arrêter sur la route 500 pendant des heures alors que la harde de caribous traversait. Ils étaient des centaines de milliers dans la harde à l’époque. Maintenant, il n’en reste que 8 000. 
Je vois de mes propres yeux l’impact du changement climatique et la perte de biodiversité de ma terre du Nitassinan et à travers ce qu’on appelle maintenant le Canada. Mais j’ai aussi vu autre chose, une chose qui me donne de l’espoir. Ce n’est pas une nouvelle technologie. Ce n’est pas une action d’Ottawa ou de Washington. C’est une compréhension fondamentale qui est reflétée par notre savoir, par nos anciens et nos gardiens du savoir de cette manière : si nous prenons soin de la terre, la terre prend soin de nous. 
Je répète. Si nous prenons soin de la terre, la terre prend soin de nous. 
C’est une relation, une histoire d’amour réciproque. 
(Applaudissements) 
Ce n’est pas un hasard si 80% de la biodiversité restante dans le monde sont situés sur des terres gérées et aimées par des Autochtones. Nous avons une relation avec les plantes et les animaux de nos terres et de nos eaux depuis des millénaires. Nous prenons soin les uns des autres. Les Innus aiment, préservent et vivent en harmonie avec leurs paysages depuis presque 10 000 ans. Nous avons assurément des valeurs,  des idées, des stratégies et des savoirs à offrir au reste du monde par rapport à la façon de faire partie et de prendre soin de notre environnement. Ce savoir est essentiel en ce moment. Il peut aider les gens et la terre à  guérir des crises écologiques et de la colonisation. Il peut aider à restaurer la planète et il peut aider à nous sauver tous. En respectant et en reconnaissant  les façons de faire des Autochtones, nous pouvons aider à la création d’un avenir meilleur pour tous. 
A quoi cela ressemble-t-il ? Ça ressemble aux gardiens autochtones. Vous connaissez les « Gardiens de la galaxie » ? Ces gardiens font un travail bien plus important ici sur Terre, mais sans la bande originale. 
(Rires) 
Ce sont des spécialistes qui travaillent au nom de leurs nations autochtones. Ils sont nos yeux et nos oreilles sur le terrain. Ils contrôlent la qualité de l’eau, ils s’occupent des zones protégées et conservées par les Autochtones, mènent des recherches sur les impacts climatiques et aident à réintégrer des espèces telles que le caribou, le saumon et l’orignal. Leur travail est ancré dans les sciences autochtones et occidentales et leur formation inclut tout, de la cartographie GPS au temps passé avec les anciens et les gardiens du savoir. Nous en avons plus que jamais besoin. 
Les gardiens font aussi quelque chose de plus personnel. A plusieurs reprises, j’ai entendu des gens dire qu’être un gardien a changé leur vie. Je pense au jeune Jarett Quock, un jeune homme de la Première Nation Tahltan dans ce qu’on appelle la Colombie-Britannique. Jarett était conducteur d’engins de chantier travaillant sur des sites loin de sa communauté. Il a subi du racisme  de personnes non-autochtones et sans rapport les unes avec les autres. Malheureusement, il a eu des problèmes d’addiction. Quand un poste fut ouvert avec les gardiens Tahltan Wildlife, il décida de le prendre. Il déclara : « Etre un gardien m’a aidé à traverser les moments difficiles de ma vie. Etre connecté à la terre et parler aux anciens m’a aidé à surmonter mes addictions. Ça m’a rendu fier. Finalement, je pourrais partir en étant fier de faire partie des Premières Nations. » 
(Applaudissements) 
Je sais ce qu’il veut dire. En tant que personne qui a été témoin et qui a ressenti le traumatisme intergénérationnel de la colonisation et les horreurs des pensionnats ou écoles résidentielles, où les enfants autochtones étaient enlevés de force de leur foyer et envoyés dans des soi-disant « écoles » pour être endoctrinés dans la société canadienne dominante je n’ai pas trouvé meilleure stratégie pour guérir que nourrir notre relation avec notre terre. J’ai vu les pouvoirs de guérison de la terre en action maintes fois. La terre guérit et je souhaite cette expérience à tous  ceux qui vivent avec des traumatismes. Ethel Blondin-Andrew, la leader que j’ai déjà mentionnée, dirige des centres de formation pour les gardiens dans les Territoires du Nord-Ouest. Elle a déclaré : « Les pensionnats ont causé énormément de douleur et de traumatisme parce qu’ils nous ont appris que nous ne méritions pas d’être aimés. » Mais nous méritons d’être aimés. Les gamins en formation le comprennent. Ils savent que c’est en étant sur la terre qu’ils sont les meilleurs êtres humains, qu’ils peuvent le devenir. 
Des chercheurs ont montré les effets des programmes de gardiens. Ils peuvent réduire l’incarcération,  augmentent la santé et le bien-être. La santé des gens s’améliorent sur le territoire parce qu’ils y sont, parce qu’ils sont actifs physiquement et parce qu’ils sont heureux. Les gardiens ont développé des compétences, ont des revenus plus élevés et sont fiers de leur connaissance culturel. Une étude de 2016 décrit les effets de ces programmes de gardiens et montre que pour chaque dollar investi, il y a un retour sur investissement de 2,5 dollars en bénéfices sociaux, économiques et environnementaux. Avec un financement durable, ce retour sur investissement  atteint presque quatre dollars. C’est pour cela que je crois que les programmes autochtones pourraient beaucoup mieux guérir les conséquences de la colonisation que n’importe quel autre programme. 
Les gardiens aident à honorer notre responsabilité envers la terre et ils peuvent créer un meilleur avenir pour tous. Car être gardien n’est pas juste bon pour les gardiens, c’est bon pour tout le monde car la terre prend soin des gardiens et les gardiens prennent soin de la terre. 
Les gardiens prennent soin  des terres les plus saines, des terres les plus riches du continent. Beaucoup sont dans la forêt boréale qui s’étend de l’Alaska à Terre-Neuve-et-Labrador. C’est l’une des plus grandes forêts  encore intactes sur la planète. Avoir des gardiens sur le terrain  nous aide à préserver tellement d’espèces comme le caribou, le saumon, l’orignal, le glouton, le lynx, les passereaux, les plantes médicinales et bien d’autres espèces, des espèces malheureusement menacées dans le reste du monde. Ils aident aussi à protéger certaines des plus grandes zones protégées de la planète. Vous ne le savez peut-être pas, mais certains des plus ambitieux plans de protection des zones au Canada sont menés par des Autochtones. 
(Applaudissements) 
Beaucoup d’entre eux créent des zones autochtones protégées et conservées. Ces zones qu’ils créent sur la base de leurs propres lois et cultures et souvent en partenariat avec les gouvernements de la couronne ou canadiens, pour les Américains dans la salle. Vous savez, en fait, trois de ces zones dans les Territoires du Nord-Ouest s’étendent sur 50 000 kilomètres carré. C’est la taille du Costa Rica. Les Kaska Dena en Colombie-Britannique prévoient de créer une zone protégée de la taille de la Suisse. Dans le nord du Manitoba, quatre nations Dénés et Cris  travaillent ensemble pour protéger le bassin de la rivière Seal, habitat des caribous, des bélugas, des ours polaires et de milliers de passereaux. Cela fera presque cinq fois la taille du parc national de Yellowstone. 
(Applaudissements) 
Il y a des douzaines de zones protégées en cours de création, dans tout le Canada. Nombre d’entre eux protégeront certains des plus grands entrepôts de carbone de tous les écosystèmes terrestres de la planète. Souvenez-vous quand j’ai dit que mes terres étaient en forme dans le froid. Sa capacité à capturer et emmagasiner  le carbone depuis des siècles est garantie par ce froid car quand la matière organique et les déchets tombent au sol, ils se décomposent très lentement dans les sols profonds. La forêt boréale contient deux fois plus de carbone que les forêts tropicales  du monde entier par hectare. 
(Applaudissements) 
Oui, vive la forêt boréale ! 
(Rires) 
C’est pour ça que je suis ici. 
(Rires) 
Cette zone protégée du bassin de la rivière Seal, contient 1,7 milliard de tonnes de carbone, l’équivalent de huit années d’émissions de gaz à effet de serre, rien qu’au Canada. Protéger le bassin va aider à  garder ce carbone en place. C’est ce genre de terres dont les gardiens prennent soin. 
Ils aident aussi à guérir et restaurer des espaces. Les gardiens Innus, par exemple, s’occupent et contrôlent la plus grande mine de nickel du monde à Voisey’s Bay dans le Labrador. Ils s’assurent que, lorsque le développement a lieu, cela se fait avec le consentement éclairé de nos nations. Que les projets n’aient pas d’effets négatifs sur nos droits et titres. Et que nos nations et communautés peuvent bénéficier ou maximiser les bénéfices de ces changements. Qu’ils contrôlent la plus grande mine de nickel du monde ou qu’ils préservent des entrepôts de carbone géants, les gardiens aident à honorer notre responsabilité envers la terre. Et les bénéfices se répercutent à grande échelle. Comme Gloria Enzo, une gardienne Déné Ni Hat’Ni des Territoires du Nord-Ouest le dit : « Nous préservons nos territoires traditionnels pas seulement pour nous, mais pour le monde entier. » 
En honorant et respectant les façons de faire des Autochtones, nous pouvons créer un avenir meilleur pour tous. Vous savez, il y a un rôle à jouer pour chacun dans ce modèle. Chaque personne, famille, communauté, nation est essentielle pour faire face aux crises que nous vivons en tant que peuples et planète. Toutes actions, grandes et petites, qui contribuent à relever ces défis nous aiderons à atteindre cet objectif. En fait, j’aimerais vous demander de rejoindre les Autochtones en aidant à protéger et créer un avenir meilleur, où nous garantissons notre avenir collectif en tant que peuples sur cette planète. 
Nous pouvons faire tellement de choses ensemble. En particulier, étudiez l’histoire des nations autochtones avec des territoires traditionnels dans les lieux où vous vivez et travaillez. Parlez avec des amis non-autochtones a propos de l’initiative des Autochtones sur le territoire. Créez des espaces pour les voix autochtones et élevez-les. Soutenez nos communautés et respectez nos savoirs. Assurez-vous d’utiliser  vos voix politiques et de votez pour des dirigeants qui soutiennent cette vision car les gardiens autochtones peuvent assurer que nous avons tous un futur sur cette  planète que nous méritons et désirons, pour que nous continuions tous à avoir  cette histoire d’amour qui se développe avec nos terres, avec nos eaux que l’on appelle maison. Nous pouvons tous guérir la planète en puisant dans le savoir de nos ancêtres et en le mélangeant avec les meilleurs outils du monde moderne. Si nous prenons soin de la terre, la terre prendra soin de nous pour toujours. 
(En innu-aimun: Merci). 
(Applaudissements) 
