Je voudrais vous parler de méditation. Mais d’abord, je vais vous poser  une question très simple. Pouvez-vous voir ma main ? Levez la main pour dire oui. 
Audience : oui. 
Yongey Mingyur Rinpoche : Pouvez-vous m’entendre ? 
Audience : oui. 
YMR : oui ? Super. C’est ça, la méditation. Voilà, terminé. Ma conférence TED est finie. 
(Rires et applaudissements) 
Je plaisante, bien sûr. Mais en un sens, ce n’est pas faux. Pourquoi ? L’essence de la méditation,  c’est la conscience. Et qu’est-ce que la conscience ? C’est savoir ce que vous pensez, sentez, faites, voyez, entendez. C’est tout. 
Donc en réalité, la méditation est quelque chose de très simple, que beaucoup de gens trouvent difficile. Pourquoi ? Il y a deux malentendus à propos de la méditation. 
Le premier, c’est de penser que méditer, c’est ne penser à rien, s’arrêter de penser, se concentrer. Ah. 
(Rires) 
Chut ! Je médite, silence ! 
(Rires) 
Plus vous essayez d’arrêter de penser, plus vous pensez. Faisons une expérience, d’accord ? S’il vous plaît, arrêtez de penser à une pizza. 
(Rires) 
Pas de pizza. Pas de pizza. Que s’est-il passé ? Avez-vous pensé à une pizza, ou pas ? Levez la main pour dire oui. 
(Rires) 
Eh oui. 
(Rires) 
En fait, on n’a pas besoin  d’arrêter de penser. Il faut juste se connecter  avec la conscience. 
Un autre malentendu à propos de la méditation est ce qu’on appelle “s’épanouir”. Chercher la paix, le calme, la joie, se détendre. 
(Rires) 
Plus vous essayez de vous détendre, plus la paix, le calme, la joie,  la détente vous échappent. 
Et donc... Laissez-moi vous raconter  mon expérience personnelle. Quand j’étais jeune,  j’avais des attaques de panique. Bien que né en plein centre  des montagnes himalayennes, dans une région, un village magnifiques, la panique me suivait comme une ombre. J’avais si peur des étrangers, que je  n’osais pas sortir de chez moi. Il y a beaucoup d’orages dans l’Himalaya, du tonnerre, des tempêtes de neige. Ces orages me rendaient fou. 
À l’âge de neuf ans, j’ai demandé à mon père de m’apprendre la méditation. Par chance, il était  un excellent professeur de méditation. La première chose qu’il m’a dite, c’est : “ne cherche pas à te battre avec la panique.” “N’essaie pas de t’en débarrasser.” “En fait, dit-il, ce n’est pas nécessaire. – Pourquoi ? “La conscience, c’est comme le ciel  au-dessus de la montagne, et la panique, c’est comme l’orage,  les nuages au-dessus de la montagne. Peu importe la violence d’un orage, il ne change pas la nature du ciel. Le ciel est toujours là, pur, calme.” De la même façon, la qualité fondamentale de notre esprit, la conscience, est toujours là, pure, calme. Le problème, c’est que nous ne savons pas  comment nous connecter à la conscience. Ce qu’on voit, c’est seulement des pensées, des émotions. 
Selon mon père, on peut se connecter  à la conscience en trois étapes. Première étape : utiliser un objet. Un support pour se connecter à la conscience. C’est l’une des premières techniques de méditation apprises de mon père. Si vous voulez essayer,  détendez vos muscles. Si vous ne pouvez pas vous détendre ce n’est pas grave, vous avez le droit. 
(Rires) 
Fermez les yeux, et écoutez ce son. 
(Ding) 
Et quand vous entendez le son, à travers vos oreilles et votre esprit... 
(ding) 
C’est ça, la méditation. Laissez la panique aller et venir. Laissez la pizza aller et venir. 
(Ding) 
Et deux pizzas, trois pizzas, dix pizzas. Tant que vous gardez le son présent à l’esprit, vous pouvez gérer la pizza. 
(Ding) 
(Ding) 
(Ding) 
Alors, c’était comment ? Avez-vous entendu le son ? Levez la main pour dire oui. Super. C’est ça, la méditation. Très facile. Juste entendre, c’est tout. Vous n’avez rien à faire. Si la panique arrive, laissez-la  aller et venir, ne vous en souciez pas. Écoutez simplement le son. Si l’Eprit Singe se manifeste, bla bla bla... laissez-le aller et venir,  écoutez simplement le son. 
C’est donc ce que j’ai fait. Mais j’avais un gros problème. J’étais paresseux. 
(Rires) 
J’adorais l’idée de méditer, mais je n’aimais pas pratiquer  la méditation. Pendant cinq ans,  j’ai été plus ou moins assidu. En Inde, quand on a 13 ans, on peut commencer une retraite traditionnelle qui dure trois ans. Je me suis dit que ce serait bon pour ma paresse et que je devais m’inscrire. Et je me suis inscrit. Le premier mois, c’était merveilleux, je n’étais pas paresseux. Le deuxième mois, la paresse est revenue. 
(Rires) 
Alors, que s’est-il passé ? Ma paresse et ma panique sont devenues bonnes amies. 
(Rires) 
Ma vie dans la retraite  est devenue un désastre. Je me suis dit qu’il fallait  que je parte. Mais j’avais honte de partir parce que j’avais dit à tous mes amis que j’étais capable de faire la retraite. Je ne voulais pas perdre la face. Mais si je restais, j’avais encore presque trois ans à tenir. Je ne savais pas quoi faire. Finalement, j’ai décidé d’apprendre à vivre avec la panique. 
C’est là qu’intervient la deuxième étape qui consiste à méditer n’importe où, n’importe quand,  avec n’importe quel support. On peut même méditer avec la panique. Comment ? C’est comme écouter un son. Quand vous écoutez le son, il devient le support de votre méditation. Maintenant, vous allez  visualiser la panique. Si vous la voyez, c’est super. Si vous voyez la rivière, c’est que vous êtes en dehors de la rivière. Si vous voyez la montagne, vous n’êtes pas sur la montagne. La conscience l’emporte sur la panique, sur la dépression, sur le stress, sur l’Esprit Singe, etc. Laissez-les aller et venir. C’est donc le premier bienfait. Le deuxième bienfait,  c’est quand la sagesse se produit. Quand vous regardez la panique, elle n’est plus un bloc solide. Elle est tombée en morceaux. La sensation ici, l’image effrayante là,  la voix, la croyance... Et si vous enlevez l’un de ces morceaux, vous ne trouvez plus la panique. Ce que j’appelle la panique devient  comme la mousse à raser, qui a l’air d’une masse solide,  mais qui est en fait pleine de bulles. La troisième étape,  c’est ce que j’appelle l’acceptation, être bon envers soi-même, s’aimer  soi-même, avoir de la compassion pour soi. Laisser la panique aller et venir, c’est ça, la vraie acceptation,  n’est-ce pas ? Trois en un, donc : conscience, amour et compassion, sagesse. C’est ce que j’appelle parfois  “trois pour le prix d’un”. 
(Rires) 
Une bonne affaire, n’est-ce pas ? Et tout cela grâce à la panique. Et donc, la panique  devient votre professeure, votre meilleure amie. 
Je me suis entraîné et au final, ma panique et moi sommes devenus bons amis. Quelques semaines plus tard, ma panique avait disparu. J’ai perdu mon amie. J’ai terminé ma retraite,  qui s’était très bien passée. Ensuite, j’ai eu envie de partager cette merveilleuse technique avec le monde J’ai enseigné la méditation  un peu partout, j’ai écrit trois livres, des bestsellers, j’ai eu des étudiants, je suis  devenu abbé dans plusieurs monastères. Et que s’est-il passé ? Un nouvel ego est apparu en moi. Je me suis dit : attention ! Alors j’ai décidé de faire quelque chose de très particulier, qui s’appelle une retraite vagabonde. Ça consiste à tout laisser derrière soi, à marcher dans les rues sans rien sur soi. C’est ce que j’ai fait. En 2011, j’ai quitté mon monastère,  mes étudiants, mon merveilleux lit douillet, tout ce que j’avais, et je suis descendu  dans la rue avec quelques roupies indiennes, dépensées en quelques semaines. À ce moment-là, j’étais obligé de mendier ma nourriture. Et j’ai eu une intoxication alimentaire. Je vomissais, j’avais la diarrhée. J’étais seul dans la rue, et j’allais mourir. Je me suis demandé quoi faire. 
C’est là que la troisième étape  est entrée en jeu, ce qu’on appelle la méditation  en conscience ouverte. Conscience : être avec la conscience. Ciel : être avec le ciel. Plus besoin de support. Seulement d’être la conscience elle-même. J’ai pratiqué cela. Et que s’est-il passé ? Mon corps se déteriorait, je ne pouvais ni voir, ni entendre. Mais mon esprit était devenu si présent, plus que libre. Je restai dans cet état pendant quelques heures. J’eus la chance de ne pas mourir, de revenir à moi. Quand je revins à moi, la rue était devenue comme ma maison. Quand je regardais un arbre, cet arbre devenait un arbre d’amour. Le vent qui soufflait sur ma peau était une grande joie. Le reste de ma retraite  se passa très bien. J’appris beaucoup. 
J’aimerais partager cette méditation  en conscience ouverte, mais elle est difficile à expliquer. Je veux quand même  faire quelque chose de spectaculaire. C’est quelque chose que j’ai appris de mon père. Disons que ce mala (chapelet) est  l’Esprit Singe, bla bla bla... La méditation en conscience ouverte, c’est ne rien faire. Seulement être. C’est tout, pas besoin de méditer. Le sentiment d’être présent, d’être,  mais pas d’avoir perdu quelque chose. Soyez libre. Soyez présent. 
Merci beaucoup. 
(Applaudissements) 
